Tribune de la Ministre de la défense, Mme Michèle Alliot-Marie, et du ministre allemand de la défense, M. Peter Struck, dans le quotidien « Le Figaro »

Un moteur pour la défense européenne

Les relations entre la France et l’Allemagne sont la preuve évidente que deux pays voisins qui se sont affrontés pendant une grande partie de leur histoire, ont pu trouver la voie de la réconciliation et de la coopération. Lors des cinquante dernières années, les plaies du passé ont été refermées. Nos nations se sont érigées en modèle pour les autres.

La signature, il y a quarante ans, du Traité de l’Elysée, le 22 janvier 1963, a été une étape importante sur la voie de la réconciliation. Volontairement imprégnée de l’esprit européen, la relation franco-allemande est devenue une force d’entraînement majeure pour la construction européenne. La relation que nous entretenons l’un à l’autre et la mise en œuvre de la vision européenne sont depuis longtemps deux processus indiscociablement liés.

Il est clair que la relation franco-allemande demeure l’épine dorsale de l’avenir de l’Europe. Cela est a fortiori vrai pour la nouvelle Europe, celle de l’élargissement et de l’intégration. La coopération franco-allemande en matière de défense et de sécurité joue à cet égard un rôle particulier. Elle constitue à la fois l’un des piliers du partenariat franco-allemand et l’assise de l’Europe de la défense.

Une contribution décisive a été apportée par le Conseil franco-allemand de défense et de sécurité, créé le 22 janvier 1988 à l’occasion du 25ème anniversaire du Traité de l’Elysée. Il a placé notre coopération sur un socle institutionnel élargi qui s’exprime sous la forme d’une concertation permanente à tous les niveaux et dans tous les domaines. Le Conseil a veillé à ce que les positions franco-allemandes demeurent la force motrice du développement de la PESD (Politique européenne de sécurité et de défense).

Notre coopération a atteint une profondeur et une étendue incomparable qui s’est plus particulièrement illustrée dans le Concept franco-allemand adopté le 9 décembre 1996. Sur le plan militaire, le Corps européen et la Brigade franco-allemande expriment une réussite tangible de la relation franco-allemande. Des soldats français et allemands, réunis côte à côte dans le cadre d’opérations de maintien de la paix, offrent la possibilité à des hommes et des femmes dans les Balkans et en Afghanistan d’envisager un avenir pacifique.

Ces succès nous poussent à renforcer et à poursuivre le développement de notre coopération. La commémoration du 40ème anniversaire du Traité de l’Elysée et du 15ème anniversaire du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité est l’occasion unique de donner à notre coopération une nouvelle dynamique avec la plus grande visibilité.

La France et l’Allemagne considèrent le développement de la PESD comme une responsabilité politique de premier ordre. A cet égard, les ministres de la Défense ont un rôle important à jouer pour ce qui concerne l’élaboration de concepts porteurs et le développement des capacités militaires nécessaires.

Notre priorité s’applique à l’amélioration de la capacité de réaction rapide. Nous donnerons à ce projet l’impulsion nécessaire en poursuivant l’harmonisation de nos planifications de défense respectives et la coordination de nos capacités militaires dans un cadre multinational. Nous souhaitons disposer à long terme de forces armées intégrées, interopérables avec l’Union européenne et l’OTAN. Nous atteindrons cet objectif en agissant en lien et en accord avec l’initiative capacitaire de l’OTAN. C’est ainsi que nous parviendrons à réaliser une Europe forte pour une communauté transatlantique forte.Nous devrons également procéder rapidement à une harmonisation des mécanismes de planification de l’OTAN et l’Union européenne afin d’associer le plus étroitement possible la future Nato Response Force et les forces de réaction rapide européennes. A cet effet, une initiative importante est l’utilisation du quartier général du Corps européen et de la Brigade franco-allemande pour des opérations impliquant les forces de réaction rapide européennes dans le cadre de la gestion de crise de l’Union européenne. Cette avancée nous permettra de mettre à la disposition des organisations qui ont fait leurs preuves dans les opérations internationales une capacité européenne pour la première phase, particulièrement délicate, des opérations de gestion de crise.

La France et l’Allemagne soutiennent la constitution d’un commandement européen du transport sur la base existante de la cellule de coordination du transport aérien. Elles exploreront de nouvelles voies de coopération en matière de formation des équipages et du personnel au sol pour l’avion européen de transport A400 M. En outre, elles mettront en œuvre leur intention de constituer dès que possible un escadron commun de transport aérien. Ces deux projets sont bien entendu ouverts à nos partenaires de l’Union européenne.

Nos deux pays associeront également leurs capacités dans d’autres domaines clés. A cet égard, des possibilités prometteuses existent notamment dans les domaines du commandement et de la reconnaissance, de la recherche et du sauvetage au combat ainsi que la protection contre les attaques nucléaires, radiologiques et chimiques. Par ailleurs, le rapprochement des doctrines, l’harmonisation des règles d’emploi opérationnel ainsi que l’extension et l’approfondissement de notre coopération en matière de formation veilleront à ce que les positions françaises et allemandes continuent de se combiner toujours plus étroitement et constituent en définitive le fondement des projets européens.

L’ensemble de ces initiatives pratiques consolide notre position commune exprimée au cours des consultations sur la Convention européenne : nous nous engageons à inscrire la perspective d’une Union européenne de sécurité et de défense dans la future Constitution de l’Union européenne. Par ailleurs, nous ferons en sorte que les fonctions d’une politique européenne de l’armement et la création d’une agence européenne de l’armement soient intégrées à ce document fondamental pour l’avenir de l’Union.

Seule une Europe politiquement unie et capable d’agir à l’échelon global peut faire valoir son poids dans un monde globalisé. En arrière-plan, la France et l’Allemagne contribuent de manière décisive au processus qui conduira l’Union européenne d’une puissance économique internationale à une union politique forte. Nos deux pays poursuivront en commun le développement de l’Union européenne dans le sens d’une plus grande cohérence et d’une plus grande responsabilité en matière de politique de sécurité et de défense. La France et l’Allemagne rempliront ainsi la responsabilité majeure qui incombe à nos deux pays en matière de protection de la paix - en Europe et au-delà./.

Source : MAE

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