Le couple franco-allemand

66ème Sommet franco-allemand à Baden-Baden (7 décembre 1995) - Point de presse

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères s’est exprimé sur les sujets suivants au cours du point de presse de ce jour :

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères s’est exprimé sur les sujets suivants au cours du point de presse de ce jour :

CONSEIL MINISTERIEL DE L’OSCE


OSCE - Conseil ministériel - Ex-Yougoslavie - Accord de Dayton - Diplomatie préventive
A Budapest, M. de Charette assistera au Conseil Ministériel de l’OSCE, l’organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. C’est la
cinquième réunion de ce type depuis le Traité de Paris de novembre 1990.

Cette réunion commencera le 7 décembre dans l’après-midi, mais le temps fort sera la matinée du 8 décembre bien que, formellement, la réunion se termine après le déjeuner du 8. C’est l’occasion pour les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’OSCE de se retrouver, de se parler. Il est clair qu’entre les débats, il y aura des entretiens à deux, à trois, à quatre, dont nous vous rendrons compte après qu’ils aient eu lieu.

A propos du déroulement de la réunion, un sujet va dominer l’ensemble des échanges, c’est l’ex-Yougoslavie. Les accords de Dayton ont prévu de confier à l’OSCE un rôle important pour le rétablissement de la paix en Bosnie-Herzégovine, puisque l’OSCE va être chargée de l’organisation des élections. Dans ce cadre, l’OSCE sera conduite à envoyer des observateurs.

(S’agira-t-il pour eux d’organiser ou de superviser les élections ?)

Ils vont servir de conseil, mais en même temps, ils seront là pour veiller, en coopération avec les autorités qui organiseront elles-mêmes les élections, à ce que ces élections soient démocratiques et pluralistes. Ce n’est pas les agents de l’OSCE qui, évidemment, vont présider les bureaux de vote. La mission de l’OSCE est une mission d’assistance et d’aide aux autorités bosniaques qui sont parfaitement indépendantes mais qui ont demandé la présence de ces observateurs de l’OSCE pour garantir l’authenticité du scrutin. Ce sont ces questions qui feront l’objet de l’essentiel des débats les 7 et 8 décembre à Budapest. Quelques textes pourraient être adoptés. Nous en parlerons lorsqu’ils le seront.

Le deuxième sujet des débats sera, selon l’expression qui commence à gagner en visibilité, le modèle de sécurité. Tout cela s’inscrit dans le contexte de la formation d’une architecture nouvelle de sécurité en Europe. L’OSCE est l’héritière de la CSCE, la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, et l’OSCE s’efforce de faire en sorte que les conflits ne se développent pas en Europe, que ces conflits soient prévenus par une diplomatie préventive.

Voilà ce que je voulais vous dire sur cette réunion ministérielle de l’OSCE, en ajoutant que pour cette année, la Hongrie présidait l’OSCE et que la succession de la Hongrie devrait être assurée par la Suisse.

FRANCE/ALLEMAGNE


France-Allemagne - Sommet franco-allemand - Construction européenne
(Que pouvez-vous dire du prochain sommet franco-allemand ?)
Le porte-parole de l’Elysée en a parlé hier. Je n’ai rien à ajouter à ce qu’il a dit. Le Sommet franco-allemand s’inscrit dans la continuité, maintenant depuis plus de trente ans, des rapports franco-allemands. Les deux pays font de l’excellence et de la qualité des relations avec l’autre partenaire la priorité de la politique étrangère aussi bien de l’Allemagne que de la France.

C’est une longue histoire. C’est un élément fondamental pour la stabilité et le développement de l’Europe. C’est le deuxième Sommet franco-allemand auquel participe M. Jacques Chirac, comme Président de la République française. C’est un Sommet qui se déroule à quelques jours du Conseil européen de Madrid. Il a été préparé par le séminaire gouvernemental franco-allemand, qui s’est tenu à Paris il y a un peu moins d’un mois. M. Kinkel et M. de Charette étaient intervenus devant la presse à l’issue de ce séminaire. C’est un sommet qui va redire, qui va de nouveau marquer que le moteur de la construction européenne reste l’axe franco-allemand.

La relation franco-allemande est une relation qui dépasse l’éphémère ou les accidents de l’actualité. C’est une relation profonde, tellement importante pour l’un et l’autre partenaire que si des accidents de parcours peuvent altérer cette relation, jamais, cette relation ne peut être mise en cause.

(Faîtes-vous là allusion à des événements récents ?)

Non, j’ai lu des articles sur les Sommets franco-allemands depuis qu’ils existent. Et à chaque fois, j’ai lu : ’’Cela ne va plus comme cela allait auparavant, cela ne marche pas, l’axe franco-allemand est en panne’’. Et puis cela continue, même s’il y a aujourd’hui encore des articles désabusés qui font référence à l’époque glorieuse d’il y a dix ans. Mais il y a dix ans, on disait : ’’Cela ne marche plus comme il y a dix ans. ’’ Et cela marche très bien !’’

ALLIANCE ATLANTIQUE


France-OTAN - Réforme de l’Alliance Atlantique - Pilier européen de Défense - UEO

(Pouvez-vous expliquer la décision annoncée hier par la France de se rapprocher de l’OTAN ?)

M. de Charette s’est exprimé hier à Bruxelles à ce sujet. En 1966, le Général de Gaulle avait pris un certain nombre de décisions, qui se sont avérées parfaitement justifiées par l’évolution des choses. Aujourd’hui, le Pacte de Varsovie a disparu. Tout le monde tient à l’Alliance Atlantique, personne ne réclame sa dissolution, son démembrement. Au contraire, des pays qui n’en étaient pas membres, souhaitent en devenir membres. La mission de l’Alliance Atlantique a changé parce que le contexte auquel elle répondait au moment de sa création en 1949 a changé. Il faut que l’Alliance Atlantique repense son activité, son organisation. C’est ce qui avait été décidé en 1994. La France estime que pour mieux participer à cette réforme de l’Alliance, il faut participer à un certain nombre d’organes dont on s’était éloigné en 1966.

Le principe fondamental de l’attitude du Général de Gaulle en 1966 était de faire en sorte que les soldats des armées françaises sortent de la chaîne de commandement intégré. Dans les nouvelles décisions annoncées hier, l’armée française ne revient pas dans la chaîne de commandement.

Il n’y aura pas d’officier américain commandant des soldats français, il n’y aura pas de base américaine en France.
(Pourtant en Bosnie, c’est un commandant américain qui va commander des troupes françaises ...)

Les décisions prises hier ne sont pas des décisions de réintégration dans la structure militaire intégrée. Ce sont des participations à des organismes comme le Collège de l’OTAN à Rome, le Collège militaire d’Oberammergau en Allemagne, qui sont des instances de consultation, de discussion.

Il y a trois éléments : le premier est la réforme de l’OTAN non pas parce qu’elle marche mal, mais parce qu’au contraire, elle a bien fonctionné. Ce pour quoi elle était faite, n’existe plus.

Deuxièmement, il y a l’élargissement de l’OTAN.

Troisième élément, la nécessité de faire émerger au sein de l’OTAN un pilier européen.

La France veut s’engager profondément dans ces trois processus qui ne sont pas des processus distincts, qui vont dans la même voie. C’est pourquoi elle a annoncé sa nouvelle participation à des organismes qui existaient, mais qui doivent évoluer. C’est parce que la France sera parmi eux, que nous espérons qu’ils évolueront dans un sens nous paraissant souhaitable pour l’Alliance, pour l’Europe et pour la France.

(Cet appel à l’émergence d’un pilier européen de la défense ne va-t-il pas à l’encontre de la vision américaine de la sécurité européenne ?)

Nous contournons cette question en faisant apparaître un pilier européen au sein de l’Alliance Atlantique.

(Selon vous, quel sera le rôle des instances européennes de sécurité ?)

C’est essentiellement l’UEO. D’ailleurs, le Traité de Bruxelles établit des liens très étroits entre l’UEO et l’OTAN. Le Traité de l’UEO fait, à de nombreuses reprises, référence au Traité de l’Atlantique nord. L’UEO demeure et doit travailler plus spécifiquement pour l’Union européenne, avec l’OTAN. Ce ne sera pas une attitude de confrontation ou de choix, mais de complémentarité, selon les nécessités du moment.

La Bosnie est l’illustration d’une action collective de l’OTAN à laquelle la France et d’autres pays, qui ne sont pas membres de l’Alliance, participent.

(L’UEO sera-t-elle donc une institution parallèle à l’OTAN ?)

Non.

Il y a beaucoup de liens entre l’UEO et l’OTAN. M. de Charette disait hier : ’’L’UEO, instrument naturel du développement de l’identité européenne de défense, doit pouvoir devenir sur le plan politique le cadre de concertation des Européens sur les questions de défense, en tant que composante de défense de l’Union et en tant que pilier européen de l’Alliance. Elle doit aussi pouvoir mettre en oeuvre les décisions du Conseil européen en utilisant, si nécessaire, les moyens de l’Alliance sans exclusive et sans condition rédhibitoire. Cette organisation doit enfin accroître ses moyens opérationnels, notamment pour ce qui concerne la gestion des crises.

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