Le couple franco-allemand

60ème Sommet franco-allemand à Bonn (4 décembre 1992) - Conférence de presse conjointe

POURSUITE DES RATIFICATIONS DE MAASTRICHT - ELARGISSEMENT


Notre détermination à poursuivre le processus de la ratification sans se laisser détourner de l’objectif à atteindre, cette détermination a été réaffirmée de la manière la plus claire. A quoi s’ajoute, on vient de le dire, le problème, qui n’en est pas un, de l’élargissement ; tout au plus aura-t-on certaines objections qui viendront d’autres pays pour que la cohérence et les fonds structurels, tout ce qui peut contribuer à équilibrer les différentes régions d’Europe, soient au moins concomitants avec l’arrivée de nouveaux partenaires.

GATT : POSITION FRANCAISE


Le Chancelier KOHL s’est exprimé sur le GATT, je n’ai rien à ajouter. Insisterai-je sur l’aspect global et équilibré, terme qu’il a lui-même employé. Je me souviens d’avoir dès le point de départ opposé cet argument, l’argument global d’équilibre à Bonn même en 1985, il y a sept ans lorsque le Président REAGAN m’en a parlé pour la première fois et sa proposition m’a paru à ce point incomplète et donc inacceptable que je lui ai dit : "mais le GATT ce n’est pas l’agriculture, c’est beaucoup d’autres choses encore".

Si l’on ne traite pas les autres choses, eh bien on ne traitera pas l’agriculture ou du moins on ne concluera pas. Nous avons nous, Français constamment maintenu cette ligne de conduite et si les négociateurs européens -qui ne sont pas Français en la circonstance- ont eux abouti à un accord ou à un projet de compromis (qui ne fait pas foi d’ailleurs tant que les instances européennes ne se sont pas prononcées), celà s’est toujours fait en désaccord avec la position française étant bien entendu que nous aussi nous désirons vivement que le GATT réussisse. Nous sommes convaincus qu’un bon accord qui ne sacrifierait pas au passage tel ou tel pays partenaire, ou tel ou tel type de production, contribuera au réveil de l’économie mondiale. Seulement voilà, cela ne peut se faire simplement avec négligence ou désinvolture sans chercher à tirer tout ce qui doit l’être des moyens de l’agriculture européenne et particulièrement française. Si on a eu tort -du côté des négociateurs, pas du côté de la France qui a dénoncé constamment cette méthode- de se laisser fixer sur le dossier agricole par nos partenaires américains, il n’est pas trop tard pour rétablir ce bon équilibre que je demande. Qu’il soit bien clair que nous sommes favorables à une bonne issue de la négociation, que nous souhaitons qu’elle ait lieu le plus tôt possible, pas aux conditions qui nous sont proposées.

Tout le reste a été dit rapidement et clairement. Donc, j’attendrai les questions des membres de la presse pour préciser tel ou tel aspect de nos débats. Je vous remercie.

ALLEMAGNE - GATT


QUESTION : L’économie allemande, qui n’est pas tellement contente de la position française sur le GATT, aurait souhaité que ses représentants rencontrent des membres de votre délégation, vos collaborateurs, peut-être M. BEREGOVOY. Pourquoi cette rencontre n’a-t-elle pas eu lieu ?

LE PRESIDENT - Vous me "posez une colle". Ils ne m’ont pas demandé rendez-vous ! Je suis convaincu que M. BEREGOVOY qui est là, mais qui me laisse m’exprimer, recevra les industriels allemands qui le souhaiteront dans son bureau à Paris. Des rendez-vous de circonstance ou de hasard alors que nous sommes très occupés par le sommet franco-allemand, ne seraient pas exactement de circonstance. Nous n’arrêtons pas de parler de cette question, on parle du GATT depuis sept ans, pratiquement tous les mois vous savez, et on n’a pas fini d’en parler !

(...) La délégation pourrait être mixte, parce que la réaction des industriels français ressemble aux réactions des industriels allemands !

MAASTRICHT - PROBLEMENT DANOIS


QUESTION : La présidence britannique a écrit au gouvernement danois et M. SCHLULTER a été d’accord avec cette lettre. Est-ce que vous avez traité de cette question ? Que pensez-vous de cette lettre ?

(...) LE PRESIDENT - Je crois que c’est la présidence anglaise qui écrit au Danemark et en janvier, c’est la présidence danoise qui écrira aux Anglais !

FRANCE - ELARGISSEMENT DES COMMUNAUTES


QUESTION : A quel degré la France a-t-elle changé son avis, son attitude, au sujet de l’élargissement de la Communauté ?

LE PRESIDENT - Comme je ne connais pas la nature de ces changements, il faudrait que vous me le précisiez.

Nous sommes partisans de l’élargissement. Nous avons toujours été partisans de cet élargissement. Nous insistons même sur l’urgence. Bien entendu, cette urgence ne peut pas être telle qu’on voie de nouveaux pays, -ceux qu’on a cités notamment, les demandeurs, les plus proches de l’adhésion : l’Autriche, la Suède, le cas échéant la Finlande, la Norvège, etc... (la Suisse se détermine actuellement sur un autre sujet, mais enfin montre des dispositions qui sont les siennes à l’égard de l’adhésion future)- sans que les Douze, les membres actuels, soient bien d’accord sur le contenu de leur accord et notamment sur Maastricht, puisque nous demanderons aux nouveaux adhérents d’accepter toutes les clauses du traité. Donc, il y a là un désir d’aller vite, mais en même temps de faire chaque chose en son temps. J’espère qu’en 1993, ces choses seront faites.

FRANCE - PROCESSUS DE PAIX AU MOYEN-ORIENT


QUESTION : M. le Président, vous êtes allé au Moyen-Orient, est-ce que vous pensez qu’il y aura bientôt une solution pacifique dans cette région ? Deuxièmement, vous plaidez pour une conférence pour la Yougoslavie, à nouveau, qu’attendez-vous d’une conférence de ce genre ? Troisièmement, vous voulez envoyer des troupes en Somalie, est-ce que cela ne va pas devenir un deuxième Liban ? Merci.

LE PRESIDENT - En effet, j’ai fait ce voyage en Israël et en Jordanie. J’ai pu constater l’évolution des esprits au sein du gouvernement d’Israël ; il y a eu des élections récentes, un changement de gouvernement sur un programme de nature différente par rapport aux problèmes de la paix et de la guerre là-bas. Donc, la différence est sensible. Un pronostic, je n’en ferai pas. Ce n’est pas à moi d’en faire à la place de ceux qui sont sur le terrain dans des conditions difficiles. Beaucoup de journalistes m’ont constamment posé le problème de l’OLP, du côté palestinien -ce n’est pas moi qui aussi souvent, par une sorte de manie, ait évoqué ce problème, mais la question m’a été posée du matin jusqu’au soir- ; j’ai donc répété ce que je dis depuis longtemps, parce que je l’avais dit il y a dix ans lors d’un premier voyage officiel en Israël : il sera difficile d’aboutir à la paix sans discuter avec les gens avec lesquels on se bat. Et je constate d’ailleurs que le gouvernement israélien vient de faire adopter une loi qui, sans aller jusque là, amorce tout de même un certain itinéraire dans cette direction.

Du côté de la Somalie et de la Yougoslavie ? Une conférence ? Pour l’instant nous soutenons les efforts des deux négociateurs, MM. VANCE et OWEN. Ne compliquons absolument pas leur tâche.

EX-YOUGOSLAVIE - AIDE HUMANITAIRE


Nous constatons, pour l’instant, la vanité des efforts accomplis pour en revenir à des négociations pacifiques ; nous le déplorons. Il y a d’ailleurs un texte que vous trouverez dans nos délibérations d’aujourd’hui. Il y a l’aspect humanitaire, mais vous voyez bien que même cela ne parvient pas au terme voulu. Nous avions fait adopter, notamment à Lisbonne, au sein de la Communauté, le projet d’une garantie militaire, d’une force militaire d’accompagement, pour permettre à ces approvisionnements d’arriver là où ils doivent arriver, c’est-à-dire chez les habitants qui souffrent du siège, notamment à Sarajevo, mais aussi dans d’autres villes de Bosnie.

SOMALIE - UNE INTERVENTION EXEMPLAIRE - UN PRECEDENT D’INGERENCE HUMANITAIRE DANS LE DROIT INTERNATIONAL


La nature du terrain, la nature des combats en Yougoslavie ne permettent évidemment pas ce que le terrain somalien va nous autoriser à accomplir dans les jours et les semaines qui viennent.

Nous nous engageons. La France avait pris des initiatives de ce genre et nous nous sommes concertés avec les Etats-Unis d’Amérique, M. BUSH et moi-même. La France disposera d’un contingent on a cité entre 1.500 et 2.000 hommes sur le terrain - pour participer à cette entreprise qui relève de la décision des Nations Unies. L’intention est d’y rester le temps nécessaire pour débloquer une situation tragique. Elle n’est pas d’y rester, aussi souhaite-t-on fixer un terme assez rapide à cette opération qui aurait valeur exemplaire.

Une comparaison avec le Liban, comme d’ailleurs avec la Bosnie, c’est très difficile à faire, parce qu’il ne s’agit pas du tout du même terrain, ni même de la même nature de conflit. Là-bas en Somalie, ce sont des bandes qui se disputent on ne sait quoi, on ne sait quel butin, peut-être tout simplement le pouvoir, ou le plaisir d’agiter des armes, en tuant, en pillant et en détruisant toutes les ressources de ce malheureux pays. Je pense qu’à partir du moment où nous procédons d’une façon aussi évidente, sous la garantie des Nations Unies, à une opération d’ingérence humanitaire ce qui est vraiment un phénomène tout à fait nouveau dans le droit international, c’est une opération dont on doit mesurer l’importance historique. Je pense que les conditions offertes par le conflit somalien, sont celles qui représentent le mieux notre capacité d’action. Voilà pourquoi nous le faisons là plutôt qu’ailleurs en attendant de pouvoir le faire ailleurs, si cela est nécessaire et si c’est dans nos moyens.

SOMALIE - BOSNIE - ACTION INTERNATIONALE


QUESTION : M. le Président, je reprends ce que vous avez énoncé entre la situation somalienne et la situation bosniaque : croyez-vous que l’opinion publique comprendra qu’on fasse dans un cas ce qu’on refuse de faire dans l’autre ?

LE PRESIDENT
- Vous allez sûrement nous y aider.

SME


QUESTION : M. le Président, avez-vous abordé la situation monétaire qui semble être assez délicate, même si en ce moment il n’y a pas de spéculation contre le franc. Avez-vous parlé de la parité franc-mark, du problème des taux allemands ?

LE PRESIDENT - Les ministres des Finances en ont beaucoup parlé, le Premier ministre français en a parlé au Chancelier et moi-même j’en ai dit un mot.

De toute manière ils ont tenu à affirmer "leur ferme attachement" -je lis- "au système monétaire européen et à son mécanisme de change". Un peu plus loin il est dit : "la parité entre le d.mark et le franc français est totalement justifiée par les données fondamentales des deux pays". Voilà la réponse que je peux vous faire. Bien entendu, nous n’avons pas été sans remarquer un certain nombre de secousses qui se sont produites récemment mais c’est une très bonne entente entre les gouvernants de l’Allemagne, le Chancelier et moi-même et le Premier ministre qui a permis de surmonter ces difficultés. C’est à l’épreuve que l’on mesure la solidarité.

ELARGISSEMENT DES COMMUNAUTES


QUESTION : M. le Chancelier, est-ce que j’ai bien compris qu’il n’y a pas de différence entre votre conception et celle du Président : vous voulez négocier tout de suite et le Président veut négocier seulement quand Maastricht sera ratifié ?

LE PRESIDENT - Si le sujet a été traité dans cet état d’esprit, c’était peut-être qu’à l’époque il était entendu que toutes les ratifications auraient eu lieu le 1er janvier 1993. Dans ce cas-là, on pouvait engager les conversations publiques, officielles, avec les pays candidats dès le début de l’année 1993. Je reste tout à fait sur cette position qui doit être d’ailleurs précisée encore. Moi, je suis favorable à ce que l’Europe continue de se former, de se structurer sur la base de Maastricht, quels que soient les obstacles qui se présentent au passage. Donc, précisément, il ne faut pas s’arrêter aux difficultés que nous connaissons aujourd’hui avant de poursuivre le chemin.

INITIATIVE EUROPEENNE DE CROISSANCE


QUESTION : Est-ce que vous avez parlé du projet de grande relance économique européenne et quelle est votre position sur ce projet ?

LE PRESIDENT
- On a parlé d’une initiative dite "de croissance" et nous sommes d’accord pour l’engager sur différents terrains qui ont été précisés. Ils sont tout à fait concrets.

SOMALIE - EX-YOUGOSLAVIE


QUESTION : Je voudrais revenir sur la Somalie, s’il vous plant. Comment véritablement pouvons-nous, pouvez-vous expliquer aux Français que nous devons, que nous pouvons aller en Somalie et que nous ne pouvons pas faire exactement la même chose pour l’ex-Yougoslavie ?

LE PRESIDENT - Je vous ai déjà rappelé qu’à Lisbonne nous avions adopté une résolution qui impliquait l’accompagnement militaire de la distribution des vivres et approvisionnements de toute sorte nécessaires à la population de Bosnie, particulièrement de Sarajevo et d’autres villes. Je vous l’ai déjà dit, ce principe a été accepté pour la Bosnie.

L’application s’est révélée extrêmement difficile mais cela est du ressort des pays qui ont cette charge. Ce n’est pas, pour l’instant, à moi de trancher sur la nature des difficultés rencontrées et sur l’absence, souvent, de réponse donnée à ces questions difficiles. Donc ce n’est pas une question de principe qui nous oppose : il serait bon que cela fut fait partout. Mais nous sommes en même temps comptables de la vie de nos soldats, de leur sécurité dans l’accomplissement du devoir que nous leur fixons, et les conditions de la Somalie seront difficiles mais permettrons sans doute de mener à bien, dans un délai raisonnable et limité, l’opération en question.

Les mêmes assurances ne peuvent pas être données aujourd’hui dans le cadre des guerres qui se déroulent dans l’ancienne Yougoslavie. Mais le principe n’est pas différent. Si nous pouvons agir dans un cas, on doit pouvoir agir dans l’autre, mais on est obligé de prendre des précautions dans l’intérêt de nos armées, de nos soldats et, finalement, de la population, selon le pays en question car les conditions n’y sont pas les mêmes.

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