Le couple franco-allemand

58ème Sommet franco-allemand à Bonn (15 novembre 1991) - Conférence de presse conjointe

PRINCIPAUX SUJETS ABORDES :

LA CONSTRUCTION DE L’EUROPE, LE TERRORISME INTERNATIONAL
LA POLITIQUE SPATIALE EUROPEENNE, LA SITUATION EN HAITI,
LE PROGRAMME DE TELEVISION FRANCO-ALLEMAND,
LA REPRESENTATION PARLEMENTAIRE ALLEMANDE AU PARLEMENT EUROPEEN,
L’AUTODETERMINATION, LES FRONTIERES ET LES MINORITES
DES REPUBLIQUES DE YOUGOSLAVIE, LA COOPERATION MILITAIRE
FRANCO-ALLEMANDE AVEC L’OTAN ET L’UEO, MAASTRICHT

PRINCIPAUX SUJETS ABORDES :

LA CONSTRUCTION DE L’EUROPE, LE TERRORISME INTERNATIONAL
LA POLITIQUE SPATIALE EUROPEENNE, LA SITUATION EN HAITI,
LE PROGRAMME DE TELEVISION FRANCO-ALLEMAND,
LA REPRESENTATION PARLEMENTAIRE ALLEMANDE AU PARLEMENT EUROPEEN,
L’AUTODETERMINATION, LES FRONTIERES ET LES MINORITES
DES REPUBLIQUES DE YOUGOSLAVIE, LA COOPERATION MILITAIRE
FRANCO-ALLEMANDE AVEC L’OTAN ET L’UEO, MAASTRICHT

(...) LE PRESIDENT - Je me contenterai de confirmer vos propos, les termes de nos accords, alors que nous terminons ce nouveau sommet, votre pays et le mien. Et je n’ai certainement rien à redire ou rien à ajouter à ce que vous venez d’énoncer.

Je pense que maintenant, ce sont les questions qui vont être posées qui permettront d’aller plus loin sur tel ou tel sujet.

QUESTION : M. le Chancelier, peut-on aujourd’hui raisonnablement envisager le sommet des Douze à Maastricht avec un peu plus de confiance ?

(...) LE PRESIDENT - Nous voulons construire l’Europe, c’est ce que vient de dire le Chancelier KOHL et vous savez à quel point j’en suis d’accord. Nous voulons construire l’Europe. Et nous savons en même temps qu’il y faudra beaucoup de volonté et de persévérance.

Cette volonté et cette persévérance n’ont pas manqué et la démarche entre l’Allemagne et la France continue d’être ferme et assurée. Pour le reste, ce sera la négociation qui vous apportera la réponse. Il ne s’agit pas d’être optimiste ou pessimiste ; nous pensons que les matériaux qui se sont accumulés au cours de ces derniers mois permettent de réussir.

QUESTION
 : M. le Chancelier, le Président américain BUSH vient de dire qu’il allait consulter les pays alliés amis, à propos de l’attentat de Lockerbie pour savoir quel type de réponse commune vous pourriez faire à la Lybie. Sans nous dévoiler vos réponses, bien sûr, au Président américain, est-ce que vous pouvez nous dire sur quelle longueur d’onde vous êtes sur cette question ?

LE PRESIDENT
- En effet, à Rome, j’ai été saisi par le Président BUSH, de l’état des procédures judiciaires engagées de leur côté. Il en va de même en Grande-Bretagne. D’autre part, il y a en France, une autre information sur un autre attentat, sur la destruction d’un autre avion. Et nous commençons d’avoir le résultat des réflexions, des investigations, et des conclusions du juge d’instruction. Elles semblent se confirmer mutuellement et laissent apparantre une responsabilité qui, en tout cas, émane de la Libye. A quel échelon, de quelle façon, pour quel objectif ? C’est précisément l’objet de ce qui reste à trouver pour les juges. Mais nous en savons assez pour estimer qu’il y a responsabilité. Et que cette responsabilité entrannera, bien entendu, un certain nombre de conséquences.

M. Roland DUMAS aura certainement l’occasion de s’exprimer à ce sujet dans les jours qui viennent, dès que l’on aura confronté les procédures, car elles ne sont pas exactement les mêmes, et le droit dans nos pays n’est pas non plus similaire. Le droit anglo-saxon et le droit français ont des différences assez sensibles. Vous savez fort bien que chez nous, il n’y a de coupable que celui qui est condamné. Cependant, nous en savons assez pour que la responsabilité politique puisse être assumée par la France.

Il s’agit de condamner absolument, sans la moindre nuance, tout acte terroriste, d’en tirer les conséquences à l’égard des Etats qui s’y livrent. Ce raisonnement s’applique à la Lybie, comme à tout autre.
Vous devez quand même attendre que nos trois pays se soient concertés à ce sujet. Il y a déjà discussion -puisqu’il s’agissait de Lockerbie- entre les Etats-Unis d’Amérique et la Grande-Bretagne. Il ne m’ont pas fait connantre, à l’heure actuelle, le point exact de leurs résolutions, c’est-à-dire des mesures de rétorsion qu’ils pourraient être amenés à prendre. Cette conversation a lieu, continuera d’avoir lieu, au cours des jours prochains. Je serais étonné que d’ici lundi, il n’y ait pas du nouveau sur ce terrain-là. Alors, vous le saurez la semaine prochaine.

QUESTION
 : Une question au Président MITTERRAND sur l’espace. Comment voyez-vous l’avenir de la coopération franco-allemande dans l’espace, alors que, pour le projet HERMES, comme le Chancelier l’a déjà dit, on ne pourra décider qu’au printemps de l’année prochaine. Donc il y a un certain freinage. Comment pensez-vous continuer cette coopération ?

LE PRESIDENT
- Le Chancelier KOHL l’a dit et j’ai là sous les yeux les textes. Les deux pays entendent poursuivre la politique spatiale européenne qui prévoit d’une part l’exploration humaine de l’espace et d’autre part l’étude de notre planète et de son environnement. Donc ces deux objectifs restent acquis.

Le problème est de savoir, en consultant surtout l’agence spatiale européenne, quels sont les meilleurs scénarios. Et d’autre part quels sont les partenaires qui peuvent se déterminer à nos côtés. C’est cette étude-là qui doit avoir lieu dans les mois prochains, pour permettre en 92 de persévérer dans l’action.

QUESTION : M. le Président et M. le Chancelier, je vous prie de m’excuser si je pose une question qui intéresse plus directement la diplomatie française mais qui concerne aussi les deux pays puisque Haïti aurait dû faire l’objet de l’aide commune de notre coopération. L’Ambassadeur français vient de faire l’objet d’une mesure d’expulsion, quelle est votre réaction ?

LE PRESIDENT
- Une dictature est une didacture. Elle vient de s’installer à la suite d’un coup d’Etat très sanglant. Je pense qu’en Haïti, les morts pour raisons politiques, ont dépassé le millier. Notre ambassadeur, dès le point de départ, s’est signalé à l’attention des nouvelles autorités, en essayant de défendre les droits, et en particulier la légalité. Il l’a fait à la manière d’un ambassadeur, c’est-à-dire, sans se mêler directement des affaires du pays mais pour sauver des vies. Je pense qu’il a contribué à sauver la vie du Président ARISTIDE en lui donnant asile dans les locaux de l’ambassade ; ce qui a été fait également pour diverses personnalités du gouvernement de M. ARISTIDE.

Tout cela, naturellement, a mécontenté les autorités actuelles d’Haïti. Dans le communiqué qu’elles ont publié, elles ont bien marqué qu’elles entendaient préserver l’amitié traditionnelle entre Haïti et la France. Tant mieux ! Mais elles ajoutaient que cet ambassadeur leur paraissait trop engagé dans la défense du droit. C’est leur affaire, nous n’y pouvons rien. Mais, évidemment, cela n’améliorera pas -si je puis ainsi m’exprimer- les relations entre ce gouvernement de coup d’Etat et la France. Alors, nous examinerons la suite en temps utile mais notre ambassadeur a mérité des félicitations, je ne les lui retire pas.

QUESTION
 : M. le Président, vous êtes, avec le Chancelier KOHL, le père spirituel d’un projet commun, le programme de télévision franco-allemand qui est, pour le moment, un peu limité dans ses possibilités de distribution. Il y a maintenant une fréquence terrestre multivilles qui pourrait être utilisée mais le ministre de la Culture, Jack LANG, apparemment, a d’autres intentions pour cette fréquence, est-ce que cela correspond à vos intentions ?

LE PRESIDENT
- Moi, je pense que le ministre de la Culture, Jack LANG, a d’excellentes intentions, c’est une négociation qu’il lui incombe de mener. Vous voulez parler sans doute d’un "élément musical" qui s’ajouterait à ce qui est déjà attendu pour le développement de la Sept ? J’espère que la synthèse sera réalisable, si elle est techniquement possible, c’est en discussion. Nous n’avons pas, en tout cas, de conflit avec les autorités allemandes à ce sujet. Ce sont les techniciens, pour l’instant, qui débattent.

QUESTION : L’Allemagne a demandé et obtenu une augmentation proportionnellement très importante de ses représentations au Parlement européen. Je voudrais savoir pourquoi la France a accepté cette augmentation qui n’était pas prévue dans les principes qui ont présidé à l’établissement de ce parlement, puisqu’il était prévu une représentation égale pour tous les grands pays ?

LE PRESIDENT
- J’ai l’impression que vous ne cherchez votre information que dans les dépêches de presse. Pourtant, vous devriez savoir de quoi il retourne car la France n’a pas adopté ce texte et M.DUMAS a fait les réserves d’usage. Comme nous ne sommes pas en conflit avec l’Allemagne et nous ne voulons pas organiser un conflit, bien que nous ayons une divergence sur ce sujet délicat, nous n’avons pas fait de publicité ni proclamé notre indépendance d’esprit. Simplement, le ministre ne l’a pas voté, contrairement à ce que vous venez de dire. Je sais qu’il y a une dépêche qui l’a affirmé. A vrai dire, nous comprenons très bien que l’Allemagne ait besoin de parlementaires supplémentaires puisqu’il y a une assez forte population de quelque 17 millions d’habitants qui vient de rejoindre la République fédérale. Simplement, le traité, dans son esprit, prévoyait une égalité de représentation à tous les échelons, dans les différentes institutions, sur une base étudiée entre les différents pays, avec l’égalité pour les quatre pays principaux, définis du temps où il y avait une Europe des Six, puis, lors de l’entrée de la Grande-Bretagne.

Ce principe me parant important. Pour l’instant il ne s’agit que du Parlement, ce qui n’est pas du tout péjoratif dans mon esprit, mais je veux dire que la question n’a été aucunement posée pour ce qui concerne les autres institutions. Ce sont les parlementaires qui ont voté ce texte dans un esprit d’équité à l’égard de l’Allemagne. Alors moi, je me contente de rappeler et je l’ai rappelé au Chanceliere KOHL, et nous continuerons d’en débattre au cours de ces prochaines semaines, que ce principe d’égalité me parant sain. Peut-on corriger l’effet initial de cette démarche par l’adjonction de parlementaires pour les autres pays aussi ? Ce serait le moyen le plus commode bien qu’un peu inflationniste, sur le plan de la représentation parlementaire. C’est une discussion qui s’engage. J’ai fait valoir mes observations au Chancelier KOHL et nous n’avons pas encore conclu, d’ailleurs nous ne pouvons pas conclure cela nous-mêmes. Cela concerne la Communauté tout entière et pour la question dont vous me saisissez, le Parlement européen qui, lui, s’est prononcé d’une façon très majoritaire dans ce sens.

Pour moi, l’esprit des traités c’est l’égalité entre les pays dont je viens de parler. Ce n’est pas la proportionnelle au gré de la démographie, sans quoi cela entrannerait de nouvelles retouches à l’égard de tous les autres pays. La présence des 18 nouveaux parlementaires, en soi, se comprend très bien. Comment peut-on désormais équilibrer les choses en retournant à l’esprit des traités ? C’est la question.

QUESTION
 : M. le Chancelier et M. le Président, est-ce que la France et l’Allemagne sont d’accord sur la manière de procéder pour la reconnaissance de la Croatie ? Quand cela aura-t-il lieu et est-ce que vous êtes pour l’envoi de troupes ?

LE PRESIDENT
- La France a toujours été favorable à l’autodétermination des républiques, dès lors que cette autodétermination s’affirmerait dans le cadre de consultations, au suffrage universel, libres.

Mais l’autodétermination qui précède la naissance d’un nouvel Etat en Europe suppose aussi une décision internationale. La reconnaissance ? Mais dans quelles conditions au plan des frontières, de la protection des minorités, de la reconnaissance des traités de sécurité et de paix ? De telle sorte qu’il nous a semblé qu’il ne convenait pas de se précipiter dans une situation aussi mouvante que celle d’aujourd’hui.

Je répète bien que nous sommes favorables et que nous ne nous opposerons pas, nous Français, à toute décision d’autodétermination qui se serait déroulée dans des conditions jugées régulières et acceptées par la Communauté européenne. Pour l’instant, en Yougoslavie, les deux problèmes principaux à nos yeux, peut-être pas à ceux des différentes parties combattantes, sont, d’une part, la frontière -hier intérieure et demain, sans doute, de droit international entre ces différentes républiques- et, d’autre part, le sort et la protection des minorités. Les populations sont extrêmement imbriquées -je ne parle pas de la Slovénie qui a une population homogène- en Croatie, en Yougoslavie et, s’il est question de la Bosnie Herzégovine, du Kosovo ou de la Macédoine, je pense que ce serait encore plus caractéristique.

Si l’on veut éviter l’installation d’une guérilla permanente et de conflits sanglants qui risqueraient d’entranner l’ensemble de l’Europe dans des choix difficiles et dans des différends qui ne seraient pas négligeables, il faut que la Communauté européenne, il faut que nos pays, l’Allemagne et la France jouent un rôle d’apaisement, de concorde, de compréhension. Et, le cas échéant, il faut qu’ils proposent des règles d’arrangement qui soient reconnues par la Communauté mais aussi, puisqu’il en est ainsi maintenant, par les Nations Unies, car, comme vous le savez, les Nations Unies, saisies par les parties en cause, ont désormais le droit d’intervenir dans ce conflit. Alors l’autodétermination, sous quelles garanties ? Si l’auto-détermination n’est qu’un élément de plus dans le conflit et doit aboutir à son aggravation, je ne pense pas qu’on ait l’intention d’intervenir militairement entre les belligérants. Donc, les actes juridiques, aussi importants qu’ils soient, n’empêcheraient pas la continuation et l’aggravation même de la guerre. Il est important que la Communauté persévère dans ses intentions d’intervenir et elle le fait avec ses observateurs. Les Nations Unies peuvent le faire demain avec leurs casques bleus, bien que cela pose des questions juridiques en channe -quand ce ne serait que la localisation de ces forces, qui entérinerait telle ou telle frontière -qui soulèvent vraiment beaucoup de problèmes difficiles-. De toute façon, je conclus de nos conversations que l’Allemagne et la France sont prêtes à agir de concert pour faciliter les rencontres, le rapprochement des points de vue et peser, en plein accord, sur le déroulement de la situation.

Ce que je vous dis pourrait comporter bien des sous-entendus mais enfin nul n’ignore que, dans cette affaire, nos histoires sont différentes, que nous venons les uns et les autres de loin à travers les siècles et que les amitiés en Yougoslavie n’ont pas toujours été les mêmes. Eh bien ! L’Allemagne et la France ont fait et vont continuer de faire l’effort nécessaire pour que leurs positions soient semblables et communes. Elles se fixeront autour des éléments que je viens de vous indiquer.
(...) Certains signes montrent que l’on peut tout de même espérer une amélioration de la situation : il y a eu la démarche des églises, des cinq confessions, qui se sont rendues récemment à Zagreb et à Belgrade. Il y a la demande de reprise des aides aux différentes républiques, à la Yougoslavie. Il y a l’intervention maintenant officielle des Nations Unies. Il y a aussi le fait que les combats ont pris une telle intensité avec tant de dommages qu’un peu de raison peut réapparantre ici et là. Alors je souscris absolument à ce que vient de dire le Chancelier KOHL : il faut que la Conférence de la paix accélère ses démarches et il faut que la commission arbitrale se mettre en place, puisqu’elle a précisément compétence sur le sujet dont nous parlons.

QUESTION : Quel sens y a-t-il de remettre à l’année prochaine la publication des décisions sur les rapports entre la coopération militaire franco-allemande avec l’OTAN et l’UEO, quand on aurait pu avoir l’impression que cela ferait partie des négociations à Maastricht ?

LE PRESIDENT
- L’Allemagne et la France proposent un modèle et ne prétendent pas l’imposer. Mais, croyez-moi, il intéresse déjà trois ou quatre pays membres de la Communauté, pour participation, et, sur le plan de l’esprit et de l’amorce d’une sécurité proprement européenne, il intéresse les autres, peut-être tous les autres. Il en sera question à Maastricht !

QUESTION
 : Ici, il est écrit que les propositions détaillées sont pour avril 92. N’est-il pas préférable de mettre les propositions détaillées avant ?

LE PRESIDENT
- Croyez-moi, Maastricht est tout proche, et ce que nous aurons à dire sans grand détail suffira pour que nul ne se trompe sur nos intentions.

QUESTION : Une question sur la coopération militaire pour la réunion spéciale des ministres de la Défense et des Affaires étrangères : la question de l’UEO et du système de reconnaissance par satellite qui devrait être créé. Quelle est votre opinion sur ce sujet ? Est-ce que vous pensez que l’on peut avoir un système commun de contrôle ?

(...) LES MINISTRES - Non, cette question n’a pas été abordée.

LE PRESIDENT
- Nous n’en avons pas parlé aujourd’hui.

QUESTION : M. le Président, au cours des dernières trente années l’on remarque que la France, dans la politique de l’espace, a toujours été un petit peu plus enthousiaste que la République fédérale. Ariane et Airbus n’auraient probablement pas existé si la France ne s’était pas autant engagée. Mais en même temps, on remarque que justement les Français vont toujours un peu plus loin que les Allemands. Je vais poser une question irrationnelle mais ce qui m’intéresse un peu, c’est de savoir pourquoi la France est plus enthousiaste que l’Allemagne dans ce sujet : est-ce que cela tient à la différence entre Gaulois et Germains ou est-ce qu’il y a une explication rationnelle ?

LE PRESIDENT - Puisqu’il s’agit de conquête de l’espace, les Germains étaient inspirés autour de l’an 1000 et dans les siècles précédents par une certaine conception du ciel. Les Gaulois ont été au contraire peut-être un peu plus rationnalistes ! Aujourd’hui, c’est presque l’inverse. La dose d’enthousiasme français tient au fait que nous croyons à l’avenir de l’espace. Je ne pense pas que l’Allemagne en doute, ou alors ce sont des pesées extrêmement délicates que vous me demandez de faire ! Je ne peux pas apprécier, c’est au Chancelier de vous dire s’il est enthousiate : est-ce dans sa nature, est-ce dans la tradition germanique ? C’est aux Allemands de répondre !

(...) C’est une question physique et métaphysique : on voudrait bien savoir ce qui se passe là-bas...

QUESTION
 : M. le Président, il y a peu de temps, à la télévision, dans une interview avec des mots très graves, vous avez mis en garde contre un échec de Maastricht et vous avez dit, si cela ne marche pas à Maastricht, eh bien ! à ce moment-là, il existe le danger que d’autres alliances se mettent à exister. Qu’est-ce que vous vouliez dire par ces autres alliances ?

LE PRESIDENT - Je ne pense pas m’être exprimé exactement comme cela. Ce qui est vrai c’est que si la Communauté devait échouer à Maastricht, on peut penser que ce serait le commencement du déclin pour elle, ce qui veut dire que d’autres formes d’organisation européenne auraient tendance à se substituer à ce qui était entrepris et cela serait, du point de vue du Chancelier et de moi-même, un drame historique.

D’autant plus que, si chacun des pays retrouvait peu à peu sa liberté d’action, en dehors du pacte commun, les pentes naturelles de l’histoire prendraient le dessus et elles ont toujours conduit à des alliances de toutes sortes, même souvent contradictoires et changeantes. Ce serait vraiment le désordre, la fin d’une grande espérance et le recommencement des compétitions nationales. Je ne souhaite pas que cela se produise. Ceux qui s’opposent ou qui s’opposeraient à l’ensemble des dispositions des traités de Maastricht seraient favorables au retour à l’état antérieur. Je ne dis pas que c’est cela qu’ils veulent, il s’agit simplement de les convaincre et de discuter. Nous discuterons jusqu’au bout pour obtenir satisfaction mais je pense que nos pays à nous -selon l’expression du Chancelier KOHL- n’ont pas le droit de s’arrêter en chemin.

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