Le couple franco-allemand

57ème Sommet franco-allemand à Lille (30 mai 1991) - Conférence de presse conjointe

PRINCIPAUX SUJETS ABORDES :

LES RELATIONS FRANCO-ALLEMANDES, LE DESARMEMENT
L’AIDE ECONOMIQUE A L’URSS, LA SECURITE EUROPEENNE
LA CONFEDERATION EUROPEENNE

PRINCIPAUX SUJETS ABORDES :

LES RELATIONS FRANCO-ALLEMANDES, LE DESARMEMENT
L’AIDE ECONOMIQUE A L’URSS, LA SECURITE EUROPEENNE
LA CONFEDERATION EUROPEENNE

Mesdames, Messieurs,

Nous venons de terminer les 57èmes consultations franco-allemandes. La participation ministérielle de part et d’autre a été importante : en comptant le Premier ministre, douze ministres français ont pris part aux délibérations. Il a été question, bien entendu, des affaires internationales : Proche et Moyen-Orient, sécurité, désarmement, Alliance atlantique, CSCE, préparation du prochain Sommet des Sept à Londres, des problèmes particuliers mais graves de la Yougoslavie. La France et l’Allemagne ont adressé un message à M. MARKOVIC et ont tenu à affirmer leur souhait de voir se régler hors de la violence le problème de l’unité de ce pays. Le Conseil de Défense et de Sécurité a traité surtout trois sujets : l’état et les perspectives de la coopération franco-allemande, l’organisation de la sécurité de l’Europe et la négociation sur le désarmement. Sur le plan strictement européen, on a donc préparé le prochain Conseil, qui aura lieu à Luxembourg. On a constaté que les deux conférences intergouvernementales progressent. L’objectif est de conclure avant la fin de l’année. Donc, le Conseil européen de Luxembourg est une étape importante. Le Conseil de Maastricht aux Pays-Bas conclura sur la base des textes préparés par la Présidence luxembourgeoise. Les relations franco-allemandes ont été constamment fécondes. Je citerai quelques-unes des décisions prises. Par exemple, une idée a été retenue, elle sera communiquée aux présidents de nos Assemblées parlementaires, celle de permettre à des parlementaires de nos deux pays et, le cas échéant, aux ministres de l’un de ces deux pays d’être entendus par les grandes commissions de l’autre pays.

D’autre part, après la rencontre franco-allemande de Weimar, le 17 mai dernier, une nouvelle réunion entre ambassadeurs allemands et français, est prévue. En économie une déclaration conjointe sur les investissements français dans les nouveaux lander allemands. En matière de défense, la création d’un centre franco-allemand d’instruction des pilotes d’hélicoptère installé en France. Un accord de principe pour la mise en commun de moyens de transport à des fins humanitaires. Sur le plan industriel, je vous cite simplement l’essentiel : une déclaration sur la politique communautaire dans le domaine de l’électronique et de l’informatique. Pour l’environnement, une déclaration sur la coopération dans le domaine de la sûreté nucléaire dans l’Est de l’Europe. Pour l’espace, une déclaration commune sur les programmes spatiaux.
Pour la technologie, une réflexion sur le partenariat technologique qui commence et qui doit s’élargir. Sur le plan culturel, une déclaration sur la coopération culturelle et éducative spécialement sur les nouveaux lander. Voilà, un résumé très bref de cette rencontre.

Sur les problèmes de l’armement que j’ai évoqués tout à l’heure, j’ai indiqué au Chancelier qu’après la déclaration de M. George BUSH, la France s’était réservée la possibilité de présenter elle-même un plan de désarmement. Ce plan sera publié demain. Il a été communiqué dès ce matin au Chancelier allemand pour qu’il puisse nous faire connantre ses observations. M. le Chancelier, je tiens à vous dire le plaisir que nous avons eu de vous recevoir avec vos ministres. Je vous remercie aussi du bon travail accompli, vous y êtes pour beaucoup. La ville de Lille et la France tout entière se réjouissent de votre présence parmi nous.

QUESTION
 : M. le Président, nous avons noté que le plan français de désarmement sera publié demain. Est-ce que vous pourriez cependant déjà nous donner quelques indications sur son esprit, ses grandes lignes ? Est-ce qu’il s’agit d’un plan concernant certaines armes plutôt que d’autres, certaines régions plutôt que d’autres, ou est-ce qu’il s’agira d’un plan global ?

LE PRESIDENT
- Je vous répondrai sur un seul point, vous comprendrez pourquoi je n’irai pas plus loin, ce sera un plan global. Quant à son contenu, j’en ai réservé une première lecture au Chancelier allemand, je le communiquerai également aux autres membres du Conseil de sécurité, avant de rendre public demain le contenu complet de ce texte.

QUESTION
 : M. le Président, une question subsidiaire. Que pensez-vous du plan du Président BUSH concernant le désarmement au Proche-Orient. Est-ce que vous pourriez entrer dans les détails ?

LE PRESIDENT - Je m’exprimerai justement à ce moment-là, parce que ce sera tout à fait complet. Il y a différentes thèses, qui ne sont pas fondamentalement différentes d’ailleurs sur beaucoup de points. Elles sont plutôt complémentaires, et quelquefois, elles ont besoin d’être harmonisées.

QUESTION
 : Sous quelles modalités souhaitez-vous voir M. GORBATCHEV participer au sommet de Londres du G7 et quelle aide économique peut-il espérer de la part des pays occidentaux ?

LE PRESIDENT
- Premièrement, je souhaite la présence de M. GORBATCHEV à Londres. Ce sentiment, je peux le dire, est partagé par l’Allemagne. Deuxièmement, M. GORBATCHEV ne peut n’être là qu’à titre de consultation sur des sujets qui nous sont communs à lui et à nous. S’il doit y avoir des étapes ultérieures, c’est-à-dire une participation de plein droit, cette affaire sera examinée en son temps. Commençons au moins par une conversation, une discussion, une rencontre dont l’importance politique et psychologique ne sera pas négligeable. Enfin, quel sera le montant de l’aide, si aide il y a, ce que je souhaite, cela dépendra des conversations qui auront lieu entre les partenaires du sommet et je ne peux rien préjuger.

QUESTION
 : M. le Président, quel rôle pourrait et devrait jouer la France, vis-à-vis des nouveaux Lander de l’Allemagne et, d’autre part, comment, M. le Chancelier, voyez-vous l’engagement de la France dans le cadre global de la coopération culturelle franco-allemande ?

LE PRESIDENT
- En fait, le progrès est réel. La France est le premier des pays présents, qui investissent dans les Lander orientaux de l’Allemagne. Sur plusieurs plans, économique et culturel, on a précisément noté ce matin que la France avait répondu à l’attente allemande et que le champ était ouvert pour accrontre cette présence. La France a bien l’intention de profiter de cette invitation. Voilà un point essentiel. Il y a des résistances naturelles, concurrentielles, mais vraiment c’est bien parti. Très bien parti. Pendant plusieurs années, ces Lander devront connantre dans le cadre de l’Allemagne un effort très important, humainement, économiquement. Sur tous les plans, la France entend y participer.

QUESTION : Pour prolonger la question précédente, M. le Président, qu’est-ce que vous pensez de la création de la force de réaction rapide annoncée par l’Alliance atlantique, est-ce que vous n’avez pas l’impression qu’elle risque de rendre plus difficile la définition à Douze une politique de sécurité commune ?

LE PRESIDENT - Peut-être. C’est à examiner. Cela est une décision qui a été prise par les organes militaires intégrés de l’OTAN, mais nous n’en sommes pas, nous sommes du côté français tout à fait libres de notre attitude, nous n’entendons pas nous intégrer à une force de ce type, indépendamment du débat de fond. Ce sont des réserves à émettre sur le plan politique et de la stratégie politique, mais je n’ai pas à me mêler d’une discussion qui n’engage que ceux qui y prennent part. Donc, je ferais connantre des observations en toute circonstance, et cela ne tardera pas.

QUESTION
 : M. le Chancelier, est-ce que le but de la politique allemande c’est de travailler avec la France également dans le cadre de l’UEO et d’y créer là aussi une force de réaction rapide ?

(...) LE PRESIDENT
- L’OTAN, c’est l’organisation militaire de l’Alliance atlantique, bien entendu, nous en sommes mais, je le répète, nous n’appartenons pas au commandement intégré pour des raisons qui ont été cent foix expliquées et qui sont claires. Donc, l’OTAN, sous sa forme militaire, n’est pas toute l’Alliance et ce n’est pas à son niveau que peuvent se régler toutes ces questions.

QUESTION
 : M. le Chancelier, M. le Président, avez-vous parlé d’une politique industrielle européenne ? Comment sauver l’industrie électronique de la concurrence étrangère, particulièrement japonaise ?

(...) LE PRESIDENT - La logique de la France c’est de répondre "l’Europe d’abord" et si cela se révélait impossible dans tel ou tel secteur de l’industrie -ce qui serait bien dommage parce-que l’Europe, aussi, doit être industrielle- alors, nous choisirions l’ordre d’urgence quant à nos partenaires. Mais j’ai tout à l’heure dit qu’au cours de cette réunion franco-allemande, une déclaration sur la politique communautaire dans le domaine de l’électronique et de l’informatique avait été élaborée.

QUESTION : M. le Chancelier : êtes-vous toujours réticent envers la confédération européenne ?

(...) LE PRESIDENT - Si la Communauté européenne peut répondre à toutes ces questions dans son extension géographique, dans ses compétences, et recouvrir toute l’Europe, ce serait parfait. On voit combien ce sera difficile, en raison des disparités des systèmes, de l’état de prospérité ou de pauvreté des différents pays de l’Europe, des usages, des traditions, etc... On ne peut donc pas simplement renvoyer cela aux calendes grecques. Voilà pourquoi j’ai parlé de Confédération. Il y a déjà des sujets qui sont parfaitement traités, celui des droits de l’homme dans le cadre du Conseil de l’Europe, celui de la défense et de la sécurité dans le cadre de la CSCE. Soyons pragmatiques, simplement n’oublions personne.

Et n’oublions surtout pas que l’Europe est un continent qui existe politiquement depuis longtemps dont tous les partenaires sont connus depuis des siècles, même s’ils ont connu des évolutions diverses, dans leurs relations, dans leurs formules étatiques. Mais n’oublions personne. C’est mon souhait, mais on en parlera à Prague bientôt.

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