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L’actualité

8 septembre
2020

Déclaration conjointe des ministres des Affaires étrangères du G7 (8 septembre 2020)

Nous, ministres des affaires étrangères de la France, de l’Allemagne, du Canada, des États-Unis d’Amérique, de l’Italie, du Japon et du Royaume-Uni et Haut représentant de l’Union européenne, condamnons unanimement et avec la plus grande fermeté l’empoisonnement d’Alexeï Navalny, qui a été confirmé.

L’Allemagne a informé ses partenaires du G7 du fait que les conclusions cliniques et toxicologiques des experts médicaux allemands et d’un laboratoire spécialisé des forces armées allemandes ont établi que M. Alexeï Navalny avait été victime d’une attaque au moyen d’un agent neurotoxique chimique du groupe « Novitchok », substance mise au point par la Russie. M. Navalny est pris en charge dans une unité de soins intensifs d’un hôpital de Berlin et son état demeure sérieux. Toutes nos pensées vont à sa famille et nous lui souhaitons un prompt et complet rétablissement.

Toute utilisation d’armes chimiques en tout lieu, à tout moment, par quiconque et en toutes circonstances est inacceptable et contrevient aux normes internationales contre l’utilisation de ces armes. Nous, ministres des affaires étrangères du G7, appelons la Russie à faire toute la lumière, sans délai et en toute transparence, sur l’identité des auteurs de cet empoisonnement odieux et, compte tenu des engagements pris par ce pays au titre de la Convention d’interdiction sur les armes chimiques, à traduire ces personnes en justice.

Cette attaque visant Alexeï Navalny, figure de l’opposition, constitue également une nouvelle atteinte grave à la démocratie et au pluralisme politique en Russie. Elle représente une menace sérieuse pour les femmes et les hommes investis dans la défense des libertés politiques et civiles que la Russie elle-même s’est engagée à garantir. Nous appelons la Russie à se montrer à la hauteur de ses engagements au titre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à garantir ces droits, notamment le droit à la liberté d’expression, à ses citoyens.

Nous continuerons de suivre avec attention la réponse apportée par la Russie aux appels internationaux demandant des explications concernant l’empoisonnement abject de M. Navalny. Nous demeurons fermement déterminés à soutenir la démocratie, l’État de droit et les droits de l’Homme en Russie et à renforcer notre appui à la société civile russe.

4 septembre
2020

Communiqué conjoint des ministres des Affaires étrangères de la France et de l’Allemagne (4 septembre 2020)

M. Jean-Yves Le Drian et M. Heiko Maas se sont entretenus ce jour au sujet de l’empoisonnement au moyen d’un agent chimique de M. Alexeï Navalny, personnalité de l’opposition russe actuellement soignée en Allemagne.

Ils partagent une profonde consternation sur cette attaque conduite contre M. Navalny, qui constitue une atteinte très grave aux principes élémentaires de démocratie et de pluralisme politique. Ils constatent que cette atteinte à l’intégrité physique d’une personnalité de l’opposition russe n’est malheureusement pas un acte isolé. Ils expriment dans ce contexte leur attente que les autorités russes puissent garantir les conditions d’expression des droits civils et politiques fondamentaux de la population russe.

Ils réitèrent et réaffirment que l’utilisation d’armes chimiques, en tout lieu, à tout moment, par quiconque et en toute circonstance est inacceptable et contrevient aux normes internationales contre l’utilisation de ces armes. Cette nouvelle occurrence de recours à un agent neurotoxique appartenant à la famille des « Novitchok » est profondément choquante.

Les deux ministres réaffirment leur plein soutien à la norme d’interdiction totale de l’usage des armes chimiques qui fonde la convention internationale d’interdiction des armes chimiques (CIAC), et qui fait obligation aux États parties d’assurer sa mise en œuvre pleine et entière sur leur territoire national. Ils seront, avec leurs partenaires, en contact avec l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) pour envisager les suites à donner à cet événement, et le cas échéant solliciter l’appui de cette organisation.

Il est dans un premier temps essentiel et urgent que la Russie, sur le territoire duquel cette nouvelle violation du droit international a eu lieu, fasse toute la lumière sur le déroulement des faits et les responsabilités derrière cette tentative d’assassinat d’un membre de l’opposition politique russe au moyen d’un agent neurotoxique de qualité militaire, appartenant à une famille d’agents développée par la Russie.

Les responsables de cet acte odieux doivent être identifiés et traduits en justice. Les deux ministres rappellent leur engagement au sein du Partenariat international contre l’impunité d’utilisation d’armes chimiques (PICIAC). Ils travailleront à des initiatives conjointes dans ce cadre.

Les gouvernements de l’Allemagne et de la France expriment de nouveau à M. Navalny et à ses proches toute leur solidarité et vœux de prompt rétablissement.

31 août
2020

Séminaire des ambassadeurs et ambassadrices de France en poste dans l’espace européen - Discours de Jean-Yves Le Drian (31 août 2020)

"Cher Heiko,

Messieurs les Ministres,

Monsieur le Ministre Franck Riester,

Messieurs les Secrétaires d’État, Clément Beaune et Jean-Baptiste Lemoyne, je suis très heureux de vous avoir à mes côtés aujourd’hui,

Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs,

Mes chers amis,

Je voudrais vous dire que je suis très heureux de vous retrouver toutes et tous en bonne santé, et je suis très content qu’Heiko ait accepté de se joindre à nous pour ce séminaire européen qui donne le coup d’envoi du long travail de préparation qui va nous conduire à prendre la présidence du Conseil de l’Union européenne, au premier semestre 2022.

Si j’ai convié Heiko à ce premier exercice de réflexion collective, c’est que notre présidence s’inscrira évidemment dans la continuité et la complémentarité avec l’actuelle présidence allemande.

Évidemment, d’abord, parce que l’Allemagne et la France partagent une responsabilité particulière : celle d’ouvrir leurs trios de présidences respectifs.
Cette responsabilité, nous la prenons très à cœur, de part et d’autre du Rhin. Et nous tenons absolument à travailler en bonne intelligence avec les États auxquels nous passerons le relais : le Portugal et la Slovénie, pour l’Allemagne ; la République tchèque et la Suède, pour la France.

Je disais « évidemment », ensuite, parce que le couple franco-allemand est aujourd’hui à la fois plus fort et plus nécessaire que jamais.

La très grande convergence de vues qui s’est manifestée dernièrement à Brégançon entre le président de la République et la chancelière Merkel l’a bien montré.
Cette convergence d’ailleurs n’a même pas été entamée en quoi que ce soit par les derniers résultats de football.

J’avais prévu, mon cher Heiko, en échange du maillot de la Mannschaft que tu m’avais offert, il y a peu de temps, de t’offrir le maillot du PSG ce matin ; je vais m’en abstenir, mais je me réjouis que, pour ta venue, Julian Alaphilippe ait pris le maillot jaune hier soir.

Si plus sérieusement - bien que ces affaires-là soient très sérieuses- si aujourd’hui le couple franco-allemand est naturellement encore plus nécessaire que jamais, c’est en grande partie parce que l’Europe se trouve à la croisée des chemins.
Dans un monde de plus en plus brutal, en voie de recomposition sous l’effet de jeux de puissance décomplexés et du démantèlement systématique des cadres de régulation multilatéraux, l’Europe doit enfin sortir pleinement du temps de l’innocence et de la naïveté pour forger son propre destin. Faute de quoi, d’autres décideront de son destin à sa place.

Une Europe à la croisée des chemins parce que face aux défis globaux - que ce soit le terrorisme, le réchauffement climatique, les drames migratoires, les inégalités mondiales - et contre toutes les forces qui font aujourd’hui obstacle à la coopération internationale, elle doit montrer que des solutions partagées sont possibles et multiplier les initiatives de rassemblement.

Bref, alors que certains la croient vouée à s’effacer devant l’essor prétendument inéluctable d’un duopole américano-chinois, elle doit inventer une troisième voie :
- Une troisième voie européenne, pour rester souveraine et marquer son indépendance.
- Une troisième voie ouverte à ses partenaires.
- Une troisième voie qui fasse sens pour la communauté internationale dans son ensemble. Car nous méritons mieux que des allégeances extorquées, des résignations contraintes et des camps à choisir.

Ces impératifs européens, la crise du Covid est venue nous les rappeler, et elle l’a fait avec beaucoup de violence.

Elle a mis au jour la fragilité de certaines de nos chaînes d’approvisionnement et révélé un degré de dépendance à l’égard de pays tiers qui va bien au-delà du raisonnable. Jusque dans des secteurs d’importance vitale, comme le secteur pharmaceutique et les équipements de protection sanitaire.
Cette crise a suggéré ce qui peut se passer quand la coordination et la coopération font défaut face à un fléau qui, parce qu’il frappe partout, transforme nos interdépendances en autant de vulnérabilités.

Et puis, cette crise a fait tache d’huile et demeure à l’horizon de cette rentrée, sans que la grande rivalité et les tendances conflictuelles qui structurent la vie internationale ne cèdent le pas à ce qui aurait pu être une union sacrée. Pire, ces tendances conflictuelles se sont exacerbées et ont gagné des terrains nouveaux. Elles nous ont tous mis encore plus en danger que nous l’étions.

C’est la grande clarification de 2020. Elle aura, sans doute, balayé quelques illusions. Désormais, au moins, il est manifeste que nous sommes au pied du mur.
Partout en Europe, je crois que cette prise de conscience, ou bien a eu lieu, ou bien est proche. Le plan de relance adopté en juillet par les 27 en témoigne. Cette affirmation historique de la puissance des solidarités européennes, c’est le fruit d’une initiative de la Chancelière et du Président, c’est le fruit de leur détermination commune à tenir le cap dans des négociations qui ont été longues et complexes. C’est pour cela que je disais tout à l’heure que le couple franco-allemand est plus fort que jamais. Car nos dirigeants ont réussi ensemble ce qui souvent, par le passé, avait été souhaité et parfois même tenté par d’autres, mais qui ne s’était jamais produit : pour la première fois, l’Union européenne, vous le savez tous et toutes, se dote d’une capacité d’emprunt collective au service de nos économies et des grands chantiers de notre avenir - que ce soit la transformation numérique, la transformation écologique qui, avec le Pacte vert, est désormais au coeur de nos priorités européennes.

C’est un progrès spectaculaire qui montre que nous avons su nous hisser à la hauteur des circonstances.

Alors maintenant, comment inscrire cet élan dans la durée ? Comment transformer l’essai ? En nous projetant ensemble, comme nous allons le faire ce matin, vers ce que l’Europe peut accomplir au cours des deux prochaines années - d’une présidence à l’autre.

C’est au président de la République qu’il appartiendra, le moment venu, de fixer les priorités de la présidence française. Notre rôle, Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs, est, dans cette période, de nourrir sa réflexion, de lui proposer des options et de commencer à former les coalitions dont nous aurons besoin pour concrétiser nos ambitions. Car une présidence, vous le savez, ne se réussit pas seulement à Bruxelles. Bruxelles, c’est le point d’arrivée. Elle se joue d’abord dans les capitales européennes et jusque dans les territoires des 27.
Nous ne pourrons être vraiment utiles à l’Europe que si nous parvenons à embarquer avec nous tous les Européens dans un projet ambitieux. Le consensus a minima, ce n’est pas assez ; les circonstances exigent plus, mais en même temps, une vision trop clivante aboutirait à ce que nous fassions cavalier seul. Il faut donc trouver ensemble la ligne de crête.

C’est pourquoi la concertation franco-allemande est fondamentale. Et c’est pourquoi votre travail diplomatique de terrain l’est tout autant. Je compte donc sur vous pour cartographier les positions de nos partenaires, pour expliquer le sens de nos orientations et de nos initiatives et pour chercher, dès maintenant, des coalitions et des terrains d’entente.

On dit que la partie la plus intense d’une présidence européenne, c’est sa phase de préparation. Même s’il faut aussi savoir composer avec l’imprévu, comme cette crise nous le rappelle. C’est toujours la préparation qui compte, il faut donc nous mettre au travail, tous, sans tarder. Je compte d’ailleurs sur Clément Beaune pour nous activer sur tous ces sujets, je lui fais totalement confiance, le connaissant déjà depuis pas mal de temps.

Pour lancer nos discussions aujourd’hui, je voudrais tenter de vous dire quelle est, à mon sens, la grande question européenne du moment, pour que nous puissions ensemble essayer de lui trouver des réponses.
C’est une question qui plane sur les débats européens depuis longtemps.
C’est une question que la crise du Covid a propulsée au coeur des préoccupations de nos concitoyens.
C’est une question si complexe qu’elle se posera encore en janvier 2022, et que nous aurons six mois pour continuer à y répondre.
C’est, en un mot, la question des dépendances.
J’emploie ce pluriel à dessein, car il nous faut en distinguer deux types.
Il y a les dépendances qui nous renforcent, et les dépendances qui nous fragilisent.
Il y a celles qui nous donnent la maîtrise de notre destin, et celles qui risquent de nous en priver.
Il y a celles que nous choisissons, et celles que nous subissons.
Notre intérêt - très clairement -, c’est d’assumer pleinement les premières, en approfondissant les solidarités européennes, et de déjouer les secondes en continuant à bâtir notre souveraineté commune.

Cette distinction, certains prétendent en faire l’économie. Ceux qui tiennent la solidarité pour une mauvaise affaire. Ceux qui confondent souveraineté et souverainisme et ne voient pas que souveraineté nationale et souveraineté européenne, loin de s’exclure, se renforcent au contraire mutuellement, tant il est vrai qu’une Europe puissante est désormais une condition de la force de nos nations.
C’est, au mieux, une erreur d’analyse ; et plus souvent, un calcul politique.
Et si, pour notre part, nous ne la faisons pas clairement cette distinction, si nous n’en tirons pas toutes les conséquences, alors l’Europe restera exposée aux dangers du populisme. Et, dans ce monde qui ne pardonne rien, nous ne tarderons pas à en payer le prix.

D’où ces quelques remarques.
1) D’abord, les solidarités européennes, c’est l’autre nom des dépendances qui nous attachent les uns aux autres. Sur un fond d’intérêts communs, de responsabilités collectives, de valeurs, d’histoires partagées, au sein d’une géographie qui est ce qu’elle est, c’est le terreau sur lequel notre Union s’est bâtie.
Et, quand je parle de nos solidarités, je ne pense pas seulement à ces gestes de générosité qui nous ont rendu un peu d’espoir au plus fort de la crise sanitaire. Même si nous n’oublierons jamais, cher Heiko, que des patients français ont été accueillis dans des hôpitaux allemands.

Mais la solidarité, avant d’être un devoir moral, c’est pour moi avant tout pragmatiquement un état de fait. Être solidaires, c’est, au sens premier du terme, se trouver liés les uns aux autres. Et le coup de génie historique des Européens, c’est d’avoir décidé d’ériger ces liens de fait en projet politique pour en finir avec la tragédie absurde des guerres fratricides.

C’est le sens des « solidarités de fait » de la déclaration Schuman, qu’il s’agissait, il y a soixante-dix ans - soixante-dix ans ! - de renforcer afin de mettre en commun les efforts et les gains, plutôt que de chercher à les désagréger au nom des supposés intérêts immédiats de chacun.

Ces solidarités de fait, d’une certaine manière, nous venons de les découvrir brutalement, en plein cœur de la crise pandémique. Quand le Covid s’est abattu sur nos nations, mettant en péril la vie de milliers d’Européens et bouleversant nos économies. Parce que nous avons rapidement compris qu’elles pouvaient faire la différence, nous avons coordonné nos stratégies sanitaires et mutualisé nos moyens.
D’abord pour parer à l’urgence et maintenant pour soutenir la reprise de la vie économique européenne tout en restant très vigilants sur l’évolution de la situation sanitaire et en prenant les mesures qui s’imposent.

Mais sur ce point, nous devons déjà aller plus loin. J’en ai déjà parlé avec Heiko hier soir. Anticiper les prochaines crises de ce type en jetant les bases d’une véritable Europe de la santé. Une « Europe de la santé » sans laquelle il ne saurait y avoir une Europe qui protège. Comment peut-on le faire ?

D’abord en renforçant les compétences du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies pour le suivi épidémiologique et aussi pour l’alerte.
Ensuite en mettant en place, comme aux États-Unis, une « BARDA » européenne pour accompagner l’innovation, la recherche et la production de vaccins, la production de traitements.

En constituant des stocks stratégiques communs et en diversifiant nos sources d’approvisionnement.

Enfin en lançant des initiatives pour la santé mondiale, comme nous l’avons fait avec l’initiative ACT-A et en proposant la création d’un Haut conseil de la santé humaine et animale adossé à l’OMS.

Cette question de la santé, vous le savez, n’est pas au cœur des compétences de l’Union européenne, et cela nous a sans doute fait perdre un temps précieux. Il ne s’agit pas de changer les traités, de transformer les institutions. En tout cas pas maintenant. Il s’agit, de manière plus pragmatique, de faire en sorte que l’Europe se dote d’une politique nouvelle pour faire face aux besoins que nous venons de constater, que nous constatons encore maintenant dans ce domaine.
J’insiste sur ce point de méthode, parce que je voudrais que le souci des « réalisations concrètes », pour citer encore la déclaration du 9 mai 1950, que ce souci des réalisations concrètes soit toujours au premier plan dans la préparation et la conduite de la présidence française. Et en particulier dans la perspective de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, qui aboutira au premier semestre 2022. Plus qu’au discours institutionnel, cette conférence doit faire la part belle aux initiatives citoyennes concrètes.

Oui, « concrètes » ! Car la solidarité, pour les Européens, ce n’est pas seulement un mot. Ce sont aussi des actes. C’est un engagement commun. Et cela vaut aussi, tout particulièrement, s’agissant d’un autre pilier de « l’Europe qui protège » : la défense de notre sécurité et la maîtrise de notre environnement stratégique.
Et à cet égard, l’actualité du mois d’août est particulièrement dense, s’agissant des crises. Même un peu trop dense ! Mais je ne vais pas vous énumérer tous les sujets, je ne vais reprendre que deux exemples qui sont très significatifs de la défense de notre sécurité.

Quand l’un de nous est confronté à une politique du fait accompli, une politique agressive et injustifiable, nous devons y répondre collectivement car c’est une menace contre la souveraineté et contre les intérêts de l’Union. Je pense à la situation en Méditerranée orientale, où l’attitude de la Turquie, qui viole l’espace maritime d’un État membre de l’Union européenne, est parfaitement inacceptable. Et laisser notre sécurité en Méditerranée aux mains d’autres acteurs serait une grave erreur.

Et c’est ce que nous avons affirmé à 27, en fin de semaine dernière, lors de notre réunion à Berlin, sous ta conduite, Heiko. Mais l’Union européenne est prête au dialogue. Elle n’en est pas moins déterminée à faire preuve de la plus grande fermeté, si c’était nécessaire, y compris si cela doit passer par des sanctions. Et c’est précisément pour créer les conditions d’un dialogue plus constructif avec Ankara que nous nous employons aujourd’hui à mobiliser tous nos leviers diplomatiques et opérationnels.

Et sur ce sujet, aussi, la convergence est forte entre le Président et la Chancelière, donc entre l’Allemagne et la France, autour du double objectif permanent, à cet égard : stabilité et souveraineté. Et c’est grâce, je crois, à cette convergence que nous avons pu convaincre nos partenaires et obtenir, je crois ensemble, ces résultats aussi clairs et forts que ceux que nous avons obtenus à Berlin, vendredi.
Au Sahel, aussi, il est impératif que nous restions mobilisés ensemble, malgré la crise de confiance politique, sociale, morale, que connaît aujourd’hui le Mali. Il y a des victoires significatives sur le terrain, je considère que l’ennemi est à notre portée : il faut poursuivre le combat, tout en accompagnant les populations à travers des projets de développement et d’actions humanitaires, l’un ne va pas sans l’autre. Actions humanitaires, vous le savez, dont nous avons mesuré cet été, dans la tragédie, combien elles peuvent elles-mêmes inquiéter les terroristes, qui se nourrissent du désespoir des populations et s’en prennent à ceux dont l’engagement altruiste et courageux vient contrecarrer leurs plans de fanatisme et de haine.
Solidarité, aussi, dans les négociations sur la relation future entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, négociations qui n’avancent pas en raison de l’attitude intransigeante et, pour tout dire, irréaliste du Royaume-Uni. Sur le Brexit, nous avons toujours fait preuve d’unité. Nous avons donné tort à ceux qui y voyaient les signes d’une implosion généralisée de l’Europe. Et je fais tout à fait confiance à Heiko pour veiller à ce que cette unité soit préservée pendant cette période. Car c’est en restant unis que nous pourrons continuer à tenir notre ligne : un accord global - et donc pas sectoriel ou « saucissonné » -, un accord ambitieux, un accord équilibré, couvrant un vaste champ - entre autres le commerce, la pêche, les transports, la sécurité - en préservant les principes et les intérêts de l’Union, en particulier en s’assurant des conditions de concurrence loyale pour éviter tout dumping.
Solidarités européennes, donc, pour faire de nos interdépendances un facteur de sécurité, un réflexe d’entraide face à l’adversité et, bien sûr, un moteur de développement.

Développement commun, parce que nous vivons dans un espace commun, mais aussi parce que nous partageons des valeurs dont le respect doit conditionner la participation à nos mécanismes de solidarité et à l’obtention de fonds européens. On l’a dit mais autant le redire ici.

2) Mais - et c’est complémentaire - nous devons aussi renforcer notre souveraineté européenne, pour faire face aux autres formes de dépendance : celles que nous n’avons, au fond, jamais choisies ; celles qui nous fragilisent, celles qui, à terme, risquent de nous priver de la maîtrise de notre destin.

Dire cela, ce n’est pas prôner l’autarcie. Ce n’est pas appeler au repli sur soi. Car l’ouverture est dans l’ADN de l’Europe, l’ouverture est aussi dans son intérêt. Dire cela, c’est tout simplement affirmer notre droit à faire, nous-mêmes, les choix qui engagent notre avenir.

Cela vaut sur le plan industriel, avec la relocalisation sur notre sol de la production de certains actifs stratégiques. Cela vaut aussi, sur le plan industriel, par la coordination européenne des filtrages des investissements étrangers dans les domaines les plus sensibles, pour échapper aux menées prédatrices dont nous sommes souvent la cible.
Cela vaut pour l’accès à notre marché intérieur, avec des mesures pour lutter contre les distorsions de concurrence, qu’elles proviennent d’entreprises subventionnées par des États tiers ou d’entreprises qui ne respectent pas les règles que nous nous imposons pour réduire les émissions de CO2, c’est le sens du mécanisme d’ajustement carbone qu’il est important de pouvoir établir rapidement. Et la France continuera à plaider en ce sens.

Cela vaut pour le commerce extérieur, domaine où nous devons accentuer la pression diplomatique, notamment à l’OMC, pour couper court aux pratiques qui faussent les règles du jeu et ne plus hésiter à assumer le rapport de forces pour faire respecter le principe de réciprocité et leur compatibilité totale avec les exigences de l’Accord de Paris. Il va y avoir le Sommet UE/Chine bientôt qui normalement devrait pouvoir y contribuer.
Cela vaut s’agissant de la protection juridique de nos entreprises, avec un travail commun des Européens pour répondre plus efficacement aux mesures extraterritoriales de certains de nos partenaires, comme les États-Unis.
Cela vaut aussi en vue du renforcement de l’Europe de la défense qui, en quelques années, a fait des progrès considérables : avec la Coopération structurée permanente, l’Initiative européenne d’intervention, le Fonds européen de défense. J’ai quelques souvenirs, parce que je commence à avoir un peu d’ancienneté, d’une réunion informelle des ministres de la défense qui s’était tenue je crois à Bratislava, en 2015 où, avec ma collègue de l’époque Ursula von der Leyen, nous avions tous les deux proposé la coopération structurée permanente, ce n’était pas une énorme avancée mais c’était un texte commun franco-allemand, et nous nous étions fait jeter, littéralement « jeter », avec des interventions extrêmement fortes de la part de nos collègues dans l’idée que tout cela était absurde et que c’était le produit d’un imaginaire qui ne convenait pas. Regardez où nous en sommes !

Donc, de ce côté-là, le chemin parcouru doit être bien identifié et il a été le fruit d’une action commune entre la France et l’Allemagne. Nous avons su agir ensemble sur ce sujet qui concerne notre sécurité et notre souveraineté, parce qu’il en allait de notre propre sécurité, à l’un et à l’autre, et surtout de l’affirmation de notre statut de puissance au niveau européen. Et nous allons poursuivre sur cette lancée, puisque c’est sous présidence française que sera adoptée la « boussole stratégique » sur laquelle les travaux viennent de s’ouvrir sous présidence allemande.

Cela vaut, enfin, s’agissant de la transformation numérique, pour que nous ne soyons plus tributaires des technologies des autres, et que nous ne soyons plus tributaires des normes que nous n’avons pas décidées. Eh oui, le numérique est aujourd’hui devenu un domaine essentiel à notre souveraineté ! Un domaine où il existe un vrai risque que d’autres nous imposent leurs choix.

Il faut donc que nous inventions ensemble une souveraineté numérique européenne, à la fois efficace et conforme à nos valeurs, c’est-à-dire ni isolationniste, ni dominatrice.

À la fois pour renforcer la sécurité du cyberespace, comme nous avons commencé à le faire avec l’Appel de Paris.
À la fois pour gagner la bataille de l’innovation, en identifiant les domaines critiques, comme l’intelligence artificielle ou la 5G, dont le déploiement pose des questions de sécurité et de souveraineté essentielles.
Enfin, agir pour consolider notre rôle de puissance normative, après la belle victoire du Règlement général sur la protection des données, qui inspire désormais de nombreux États dans le monde. Il faut poursuivre et défendre l’idée d’infrastructures numériques communes et ouvertes. Car personne ne doit pouvoir s’approprier ces nouveaux biens communs de l’humanité.

Je souhaite donc qu’avec des pays européens volontaires nous puissions avancer dans la réflexion sur la souveraineté numérique européenne, en soutien des institutions européennes et en lien étroit avec nos entreprises et la société civile. Ce doit être l’un des grands chantiers des années à venir, et j’espère que nos deux présidences contribueront à avancer dans cette direction.

À l’approfondissement de ces solidarités européennes qui nous permettent de relever ensemble nos défis communs, au sursaut de souveraineté nécessaire pour marquer notre indépendance vis-à-vis des acteurs étatiques ou privés qui tentent de nous soumettre à leurs agendas d’influence, voire de prédation, doit s’ajouter, à mon sens, un troisième mot d’ordre : assumer pleinement la puissance que nous sommes.
Trop longtemps, l’Europe a fait figure, comment dire, de puissance en retrait. Alors même que nous portons des valeurs à vocation universelle et que notre intérêt est de chercher à influer sur le cours de la mondialisation en y apportant les régulations et les garde-fous nécessaires, plutôt que de nous résigner à en subir les dérives. Ma conviction est claire : il faut sortir de cette puissance en retrait, assumer notre réalité de puissance et faire en sorte que notre consolidation interne puisse se conjuguer avec notre affirmation externe.

Nous devons donc nous engager davantage sur la scène internationale ensemble au nom de ces biens publics mondiaux que sont la santé, le climat et la biodiversité, dans la perspective de la COP26 et de la COP15.

Souvent, dans l’histoire récente, les Européens sont parvenus à fédérer les énergies, par exemple, en 2015, pour faire adopter l’Accord de Paris sur le climat. Et si nous voulons continuer à montrer la voie aujourd’hui, nous devons rehausser notre niveau d’engagement en matière de réduction des émissions de CO2, en le portant d’ici 2030 à 55% de nos émissions par rapport à 1990. Si nous parvenons à envoyer un tel signal à la communauté internationale, alors nous aurons déjà fait beaucoup pour le succès du rendez-vous de Glasgow.

Cela doit nous inciter à rester mobilisés sur ces sujets importants pour nous et pour l’ensemble de l’humanité. Et ce en lien avec tous nos partenaires, notamment ceux du continent africain, où je suis convaincu que peuvent s’inventer bien des solutions aux défis du XXIe siècle. Le prochain sommet entre l’Union européenne et l’Union africaine, sous une forme inhabituelle, sera à cet égard un moment essentiel pour poser des jalons.

Assumer nos responsabilités et ne pas rester une puissance en retrait, faire en sorte d’affirmer notre existence de manière externe, une puissance de manière externe, cela rejoint aussi le combat que nous menons ensemble pour promouvoir l’action collective, dans les institutions internationales dans le cadre de l’Alliance pour le multilatéralisme que nous avons lancée ensemble, Heiko et moi, il y a maintenant quelques mois.

Et c’est enfin inventer, avec nos partenaires du monde entier, une troisième voie pour échapper aux alternatives stériles et faire en sorte que la communauté internationale ne soit pas l’otage, ne soit plus l’otage, ne soit pas l’otage d’une rivalité qui oppose les États-Unis et la Chine avec les nombreux avatars que nous connaissons.
Voilà, mes chers amis, dans une époque bouleversée par le télescopage d’une multiplication des défis globaux et d’une accélération des logiques conflictuelles, comment, à mon sens, les Européens peuvent agir pour défendre leur modèle et leur vision du monde, en ayant une détermination très forte, commune, pour inventer un XXIe siècle qui soit désirable, aux côtés de nos partenaires du monde entier. Et c’est avec cette détermination que nous pouvons agir ensemble et c’est ce que nous allons décliner, je crois, ensemble, cher Heiko, au cours des deux années à venir.

Je tenais à le vous le dire pour conclure, j’y attache pour ma part une très grande importance, en particulier dans la perspective de la présidence du Conseil de l’Union européenne, qui demeure, à mes yeux, une responsabilité immense. Et, même quand on a cet honneur pour la treizième fois, comme l’Allemagne aujourd’hui, comme la France en 2022, c’est la possibilité de contribuer au renforcement de notre continent, c’est aussi l’opportunité de faire avancer les dossiers essentiels pour l’avenir de nos concitoyens et c’est aussi un moment exceptionnel pour chaque nation d’incarner politiquement notre Europe. Et c’est pour cela que nous sommes dans ce rendez-vous de ce matin avec Heiko Maas à qui je donne immédiatement la parole.

Merci."

Voir aussi :

  • Revoir les interventions en vidéo :
31 août
2020

Discours du ministre fédéral des Affaires étrangères Heiko Maas à l’occasion de la Conférence des ambassadeurs et des ambassadrices français en poste dans l’espace européen (31 août 2020)

"Cher Jean-Yves,
Messieurs les Ministres et les Secrétaires d’État, Excellences,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
Chers amis,

Cher Jean Yves,
Tu aurais très bien pu m’offrir un maillot du Paris Saint-Germain, car la défaite du Paris Saint-Germain lors de la finale de la Ligue des champions a été égalisée hier par l’équipe féminine de l’Olympique lyonnais qui a remporté la finale de la Ligue des champions féminine contre une équipe allemande. Cela montre bien que même dans le football, nous arrivons toujours à des résultats équilibrés dans le cadre de l’amitié franco-allemande.

Par ailleurs, c’est aujourd’hui de toute façon un grand jour pour le sport français : hier, Julian Alaphilippe a remporté la deuxième étape du Tour de France et aujourd’hui, c’est un Français qui démarre fort à la troisième étape du Tour – félicitations !

Cher Jean Yves,
Lorsque tu m’as demandé il y a quelques semaines si je venais à votre conférence des ambassadeurs, je n’ai pas hésité longtemps, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, on ne refuse pas l’invitation d’un ami. Quand tu m’appelles, je viens – que ce soit à Paris ou en Bretagne. Et l’inverse est également vrai. Je t’en suis très reconnaissant. On parle toujours de l’amitié franco-allemande. L’amitié est un mot dont on ne devrait pas abuser. Je n’en abuse pas. Je te remercie vivement pour notre amitié personnelle – et ce n’est pas une formule diplomatique que j’emploie là. Cela a à voir avec la confiance et la fiabilité. Et c’est quelque chose que l’on ne voit pas trop souvent en politique. Je me réjouis énormément que tu réunisses ces qualités.

En outre, ayant grandi près de la frontière entre la France et l’Allemagne, l’amitié franco-allemande revêt pour moi une importance particulière. Je suis né dans la Sarre. J’ai passé les premières décennies de ma vie là bas, à la frontière, celle pour laquelle nous avons sans cesse essayé de nous entretuer durant les siècles précédents. La Sarre qui, après la Première et la Seconde Guerre mondiale du siècle dernier, a appartenu tantôt à l’Allemagne, tantôt à la France. Ma grand mère a vécu de 1902 à 1987. Elle a habité tout ce temps dans le même village, dans la même rue, dans la même maison. Mais de son vivant, elle a possédé cinq passeports différents. Le fait que je sois ici aujourd’hui en tant que ministre allemand des Affaires étrangères est un hasard de l’histoire. Le fait que je sois Allemand est un hasard de l’histoire.

Lorsque j’ai commencé mes études à Sarrebruck, notre professeur nous a conseillé d’aller voir les sépultures de guerre à Verdun. Il voulait nous faire comprendre que les gens comme moi, qui sont nés en 1966 et qui, heureusement, n’ont jamais connu la guerre, ne devaient surtout pas croire que la paix et la réconciliation franco-allemande sont une évidence. Ce que les générations de responsables politiques précédentes dans nos deux pays – il suffit de se remémorer la photo historique de François Mitterrand et de Helmut Kohl à Verdun – ont accompli dans ce domaine est pour moi d’une très grande importance.

C’est la raison pour laquelle je ne me lasserai pas de le répéter – dans mon pays et à l’attention de ma génération également qui n’a connu qu’une vie offrant tout ce que l’on peut désirer : la paix, la liberté, l’État de droit, la démocratie – : rien de tout cela n’est évident. On ne peut pas se contenter de le vivre et de l’apprécier ; il y a aussi des moments où il est nécessaire de se battre pour préserver cet acquis.

Or je trouve que nous vivons à nouveau un tel moment. C’est pourquoi l’un des plus beaux instants de mon mandat, cher Jean Yves, fut pour moi d’avoir pu signer avec toi le Traité d’Aix la Chapelle, aux côtés de la Chancelière et du Président de la République. C’est également un moment et un honneur particuliers pour moi que d’être ici aujourd’hui. C’est notamment le cas car je sais qu’il revient normalement au président français de prendre la parole à la Conférence des ambassadeurs à Paris. C’est un geste que j’apprécie beaucoup.

Tu l’as évoqué dans ton discours : nous vivons une période qui marque un tournant, parce que le monde autour de nous change de manière radicale.

Les États Unis voient de plus en plus le reste du monde à travers le prisme de la rivalité avec la Chine. Cela n’aide pas toujours. Dans le même temps, les États Unis sont de moins en moins disposés à continuer de jouer le rôle de puissance régulatrice mondiale, un processus qui a commencé avant que Donald Trump ne devienne président.

Nous savons également que la Chine cherche à s’engouffrer avec force dans cette brèche géopolitique – et qu’elle crée des états de fait et recourt à des instruments qui ne peuvent être les nôtres. Rappelons-nous ce qui s’est passé à Hong Kong.

Et des pays comme la Russie et la Turquie en profitent pour réaliser au maximum leurs ambitions hégémoniques sans avoir à faire trop d’efforts.

L’époque où nous, Européens, pouvions récolter sereinement les dividendes de la paix après la disparition du rideau de fer est dans tous les cas révolue. Le voici, le tournant, la voici la réalité dans laquelle nous vivons.

Cher Jean Yves, tu t’en es aperçu mieux que beaucoup d’autres – avant même la pandémie de Covid 19, qui a accéléré davantage la mutation que nous vivons. Au mois de janvier, tu avais déclaré devant les ambassadeurs néerlandais que « l’heure des choix est venue » pour l’Europe. L’heure de « décider de ce que nous voulons être, mais aussi du monde dans lequel nous voulons vivre ». Je partage pleinement ton point de vue. Si nous ne le faisons pas, alors l’Europe sera le jouet de tierces parties. Or nous ne devons pas en arriver là.

Mesdames, Messieurs,
Aujourd’hui, huit mois après que tu as prononcé cette phrase, cher Jean Yves, il est évident que l’Union européenne a fait son choix. Pour affronter la plus grosse crise qu’elle ait jamais connue – qui a causé la mort de presque 200 000 personnes ainsi qu’un effondrement sans précédent de l’économie –, cette Union européenne que l’on croyait divisée et que l’on a souvent qualifiée de morte et d’enterrée s’est prouvée à elle même et a prouvé au monde qu’elle pouvait être solidaire.

Les décisions que nous avons prises en juillet pour faire face à la crise constituent un changement de paradigme. Au vu du chemin qu’a parcouru l’Union européenne et surtout au vu des sujets sur lesquels nous nous sommes querellés et lamentés ces dernières années, cela peut être qualifié d’historique, et peut être même de révolutionnaire. Ce n’est pas uniquement dû à l’ampleur du programme de relance ou du cadre financier pluriannuel que nous avons convenus.

Historique, car nous nous inscrivons dans la lignée de l’esprit des mères et des pères fondateurs de l’Europe, de la « solidarité de facto » prisée par Robert Schuman comme le lien unissant l’Europe.

Et révolutionnaire – oui, il y a peut être un petit côté révolutionnaire – parce que l’Europe a enfin apporté une réponse à ce que demandait déjà Jacques Delors il y a quelques décennies de cela : « donner une âme à l’Europe, (...) lui conférer (...) une signification plus profonde ».

Mesdames, Messieurs,
Cette âme n’est rien d’autre que de la solidarité européenne vécue. Les gens en font l’expérience dans cette crise – par exemple à travers les allocations de chômage partiel au niveau européen ou le soutien aux petites et moyennes entreprises partout en Europe. Je n’ose même pas imaginer quelle aurait été la réaction des Européens si nous n’avions pas été en mesure de nous mettre d’accord. Je pense que non seulement le projet européen en aurait pâti, mais il aurait même été en péril.

Cette solidarité vécue est en mesure de combler les fossés entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest, fossés qu’avait creusés auparavant le manque de solidarité, aussi bien pendant la crise financière que dans la gestion des réfugiés. C’est ainsi que se concrétise quelque chose qui paraissait encore tout à fait utopique il y a quelques mois : la possibilité pour l’Europe de sortir de la crise plus forte qu’elle ne l’était auparavant.

Mesdames et Messieurs, chers amis,
Ce moment européen est notre réussite commune, car sans les propositions courageuses de la France et de l’Allemagne, un tel tour de force n’aurait pu réussir, j’en suis fermement convaincu. Je suis donc aussi venu ici aujourd’hui vous remercier, vous remercier du soutien de la France dans ces premières semaines décisives de notre présidence du Conseil. Merci beaucoup, merci de votre soutien !

Mais j’aimerais également ajouter ceci : nous ne devons pas en rester là !

Nous devons réfléchir à la place qui sera celle de l’Europe dans cinq, dix ou quinze ans. Nos deux présidences du Conseil pourraient être le point de départ et la fin d’un tel processus de réflexion qui, par le biais de la « Conférence sur l’avenir de l’Europe », associe tout particulièrement les citoyennes et les citoyens.

Ce faisant, une chose me paraît absolument claire : nous devons traduire cette solidarité retrouvée à l’intérieur en une cohésion toute aussi forte vers l’extérieur. J’en arrive au deuxième grand thème de notre présidence du Conseil : la souveraineté européenne.
Cette souveraineté européenne, cher Jean Yves, tu l’as définie ainsi dans ton discours à l’université Charles de Prague : faire en sorte que l’Europe soit « libre de ses choix, libre aussi d’assumer les valeurs qu’elle porte ». C’est précisément de cela qu’il s’agit. Il ne s’agit pas de renoncer à sa souveraineté nationale au profit d’un super État bruxellois. Dans un monde globalisé des grandes puissances concurrentes, la capacité d’action de l’Europe est la condition qui permet de préserver la souveraineté des États nations.

Par conséquent, cette idée n’est pas en contradiction avec l’Alliance transatlantique. Au contraire : nous voulons une Europe souveraine, une Europe profondément intégrée dans le partenariat transatlantique ! Mais nous devons faire beaucoup plus que ce dont nous avions l’habitude dans le passé. En effet, ce n’est qu’en étant capable de désamorcer elle même les crises dans son voisinage que l’Europe restera un allié attractif aux yeux des États Unis.

La semaine dernière, lors de la réunion Gymnich à Berlin, nous avons discuté de manière intense des capacités requises pour en arriver là.

Ces idées déboucheront sur la nouvelle « boussole stratégique » qui esquisse les contours de l’ambition de l’Europe en termes de politique de sécurité. Les travaux en la matière commencent maintenant et s’achèveront sous la présidence française du Conseil.

Nous renforçons parallèlement la capacité de réaction aux crises de nos partenaires et voisins, par exemple au Sahel. Les récents développements au Mali montrent à quel point les défis sont énormes. Nous avons encore besoin sur place d’une coopération franco-allemande étroite sur laquelle peut reposer un engagement européen fort.

Nous renforçons également la gestion civile des crises pour en faire une marque de fabrique européenne. Pour ce faire, nous inaugurerons prochainement à Berlin le nouveau Centre européen d’excellence pour la gestion civile des crises.

Tout cela témoigne de l’unité que nous avons vue à Berlin la semaine dernière.

Mesdames, Messieurs, cette unité porte ses fruits.
Nous avons ainsi montré ces derniers jours aux dirigeants du Bélarus que nous défendons également nos valeurs et principes démocratiques au delà de nos frontières extérieures. Nous ne recourons d’ailleurs pas uniquement à des paroles chaleureuses, mais aussi à des sanctions ciblées à l’encontre de ceux qui oppressent leur propre peuple et qui manipulent les élections.

Concernant la Turquie également, nous avons montré très clairement lors de la réunion Gymnich que nous ne pouvions plus tolérer sa politique déstabilisatrice en Libye et en Méditerranée orientale. La souveraineté européenne protège la souveraineté de tous les États membres, y compris celle de la Grèce et de Chypre. Dans le même temps – et c’est ce que me disaient mes collègues à Ankara et à Athènes la semaine dernière –, seul un dialogue nous permettra de sortir de la crise. Aussi, nous soutenons le processus de dialogue de Josep Borrell avec le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu. Dans le cadre de notre présidence du Conseil, nous ferons tout notre possible jusqu’au sommet européen du 24 septembre pour permettre une désescalade du conflit, conflit qui a atteint depuis des proportions dangereuses.

En outre, nous ne sommes pas restés les bras croisés en Europe face aux agissements de la Chine visant à restreindre les libertés à Hong Kong. Ce fut un processus important ces dernières semaines. Au sein de l’UE, avec notre proposition conjointe, nous avons envoyé un signal en suspendant les exportations d’armes et en allant même jusqu’à élargir nos programmes de visas et de bourses pour les opposants. Car nous savons que seule une Union unie pourra faire entendre sa voix à Pékin. Le ministre chinois des Affaires étrangères vient de te rendre visite et je le rencontrerai demain à Berlin. Je lui dirai exactement ce que tu lui as dit à Paris.

En ce qui concerne la Libye, depuis la conférence de Berlin, nous avons là encore réuni les différentes positions européennes en une position commune. C’est la raison d’être de la proposition germano-franco-italienne : sanctionner ceux qui enfreignent ouvertement l’embargo sur les armes. Nous soutenons avec la même unité un cessez le feu et une zone démilitarisée entre les parties en conflit. On assiste d’ailleurs actuellement à un élan positif dans ce contexte. Nous œuvrons donc pour le mettre à profit dans le cadre du « processus de Berlin » en vue d’une trêve et d’un cessez le feu ainsi qu’une fin du blocage des sites pétroliers.

Nombre de ces mesures sont pénibles et longues, et il y a des revers. Néanmoins, je trouve cela encourageant qu’une politique étrangère européenne forte soit possible.
Cependant, le chemin à parcourir vers une souveraineté européenne est encore long – cela aussi, c’est un enseignement que nous avons tiré de la crise du coronavirus. Jean Yves, tu l’as toi aussi évoqué. Je pense par exemple aux déficits de la prévention des crises, ou au fait que nous soyons dépendants de pays comme la Chine, l’Inde et le Pakistan pour notre approvisionnement en médicaments vitaux, dépendance qu’il nous faut réduire. Je ne veux pas condamner le commerce mondial libre, mais au vu de la situation actuelle, nous devons rétablir l’équilibre entre la répartition du travail au niveau international et l’indépendance stratégique. Nous voulons profiter de notre présidence pour nous attaquer à de telles questions stratégiques.

C’est la raison pour laquelle je soutiens également ce que tu as dit ici eu égard au secteur de la santé, un secteur élémentaire dans lequel les citoyennes et les citoyens attendent de nous que nous trouvions des solutions qui garantissent encore leurs intérêts et donc aussi les intérêts de l’Europe.

Un autre point important est que nous développons une sorte de souveraineté technologique européenne. Je pense en effet que c’est vital à l’ère du numérique, y compris au vu des rééquilibrages mondiaux. Cela inclut la sécurisation de nos réseaux de données, mais aussi le développement de nos propres capacités de stockage et de services d’informatique en nuage. Dans ce contexte, l’Allemagne et la France ont la possibilité d’aller courageusement de l’avant.

Et aussi pour ce qui est de la mise en place de la technologie 5G, nous, Européens, ne devons pas nous retrouver dans une situation de dépendance qui compromettrait notre assise industrielle, notre sécurité ou bien la protection des données de nos concitoyens. Nous vivons dans un monde numérique qui s’apparente de plus en plus à un monde bipolaire. L’un de ces pôles est la Silicon Valley, le modèle américain, le modèle de la maximisation des profits, pour le dire un peu plus clairement. Le deuxième modèle, le deuxième pôle numérique, est en train de se constituer en Chine, à Pékin. Là bas, les possibilités numériques servent à la répression. Ces deux modèles ne peuvent être les modèles de l’Europe. Comme Jean Yves l’a mentionné, nous avons besoin d’une troisième voie pour parvenir à la souveraineté technologique. Avoir la mainmise sur les données, c’est avoir la mainmise sur les pays. C’est pour cette raison que la souveraineté numérique est si importante, car la transformation numérique modifie les sphères d’influence. Or si nous n’arrivons pas, par une troisième voie et un minimum d’autodétermination, à nous positionner entre le modèle de maximisation des profits et le modèle répressif, alors nous nous dirigeons vers de grandes difficultés dans les prochaines années.

Toujours en ce qui concerne la souveraineté, nous avons besoin d’un semblant de souveraineté économique. Le marché intérieur commun est notre plus grand atout pour y parvenir. Pourtant, l’Europe reste par exemple vulnérable aux sanctions américaines, qu’il s’agisse du débat sur l’accord nucléaire iranien ou du pipeline Nord Stream 2.

Mais si l’on veut décider ici en Europe de la politique européenne énergétique, étrangère et commerciale, il faut également réfléchir au renforcement de l’euro en tant que monnaie de référence, à des canaux de paiement européens comme INSTEX et, au bout du compte, peut être aussi à une banque européenne cotée en euros. Le fait que ce soit déjà le cas à Bruxelles, Paris, Berlin et ailleurs est une étape décisive dans la bonne direction.

Mesdames, Messieurs,
À ce titre, une chose est particulièrement importante à mes yeux : je suis tout à fait favorable à un renforcement de la souveraineté européenne. Pour ce faire, je suis aussi prêt à ne pas esquiver les débats inconfortables en Allemagne. Mais je tiens également à préciser que la souveraineté européenne ne signifie pas « Europe First ». La souveraineté européenne est une souveraineté coopérative.

À l’instar de l’Union européenne qui repose sur l’idée qu’une communauté est plus que la somme de ses parties, nous n’avons pas d’autre choix que de coopérer davantage à l’échelon international. Car tous les grands défis du XXIe siècle – les pandémies, le changement climatique, la transformation numérique, la migration – ont un dénominateur commun : ils ne connaissent aucune frontière, aucune frontière nationale. Nous avons donc besoin de solutions transfrontalières, c’est à dire internationales.
C’est cette conviction qui fait du multilatéralisme le pilier central de notre politique étrangère européenne. Et inversement, l’Europe doit elle même devenir encore davantage le pilier central du système multilatéral.

Le retrait des États Unis des organisations et des traités internationaux, mais aussi le comportement de la Chine ou de la Russie dans les organisations multilatérales occasionnent depuis longtemps des séquelles permanentes.

Pendant la crise du coronavirus, c’est donc l’Union européenne qui, à travers des conférences des donateurs et des nouvelles alliances, a levé plusieurs milliards pour la recherche d’un vaccin. Nous avons appuyé l’OMS au moment même où d’autres lui ont tourné le dos. À y réfléchir, sortir de l’OMS pendant une pandémie, c’est comme si on lançait par la fenêtre le pilote d’un avion en plein vol. Et c’est dans le cadre de l’Alliance pour le multilatéralisme créée par l’Allemagne et la France, cher Jean Yves, notre projet commun, que plus de 60 États se sont mis d’accord sur une chose : les médicaments contre le virus et un futur vaccin doivent être des biens publics mondiaux.
Pour moi, cela montre non seulement à quel point le monde a besoin de l’Europe, mais aussi tout ce qu’une Europe unie peut accomplir dans le monde.

Et cette « Europe United », Mesdames et Messieurs, nécessite un cœur franco-allemand. Le programme européen de relance, les progrès réalisés dans la politique étrangère européenne, l’Alliance pour le multilatéralisme – tout cela n’aurait pas été possible sans la coopération franco-allemande, sans la concertation étroite entre nos deux pays.
Dans le même temps, j’aimerais dissiper deux malentendus auxquels notre coopération se voit confrontée dans certains pays.

Premièrement : le moteur franco-allemand ne fonctionne pas uniquement quand il ronronne sereinement – au contraire ! Ce moteur n’est rien d’autre qu’une machine à compromis mue par la volonté d’équilibrer en permanence les différentes positions qui ont existé dans le passé, qui existent et qui existeront. Il est évident que cela génère des frictions, mais c’est la seule façon de trouver des solutions qui, en Europe, soient également viables pour d’autres.

Le deuxième malentendu consiste à miser uniquement sur le couple franco-allemand.

Certes, les compromis franco-allemands sont une condition indispensable pour faire avancer l’Europe, j’en suis fermement convaincu. Mais ces compromis à eux seuls ne suffisent pas ! Nous l’avons clairement vu ces dernières semaines. C’est la raison pour laquelle Jean Yves et moi nous nous efforçons plus que jamais d’associer encore davantage les autres pays. D’un côté, les attentes placées en nous sont grandes, mais d’un autre côté, la crainte d’être laissé pour compte l’est aussi.

C’est donc une bonne chose que nous ayons discuté la semaine dernière à Berlin d’une politique européenne commune à l’égard de la Russie. Bien entendu, Moscou est perçue différemment selon qu’on habite à Varsovie, à Tallinn, à Lisbonne ou à Rome. Il faut bien en tenir compte. Nous avons d’une part besoin de relations constructives avec Moscou car sans la Russie ou bien en agissant contre elle, l’Europe ne sera pas plus en sécurité – il s’agit là d’un principe bien compris de la realpolitik européenne. D’autre part, nous disons très clairement que des nuages sombres planent sur nos relations. Les sanctions seront maintenues tant que rien n’aura été entrepris pour changer la donne. Et naturellement, nous attendons de la Russie qu’elle contribue davantage à faire la lumière sur l’affaire Navalny.

Le Brexit joue lui aussi évidemment un rôle dans nos réflexions sur la politique étrangère européenne. Car même si nous souhaitons avoir une coopération qui soit la plus étroite possible avec le Royaume Uni en matière de politique étrangère et de sécurité, l’importance du groupe E3 ne restera pas la même si nous ne jetons pas un pont entre cette politique et Bruxelles.

Et inversement, cela signifie que des pays comme l’Italie, l’Espagne ou la Pologne doivent assumer de plus grandes responsabilités pour façonner la politique étrangère européenne. Des groupes tels que le groupe de Visegrad, les pays baltes, les pays riverains de la Méditerranée ou les Pays Bas et les pays nordiques prennent leur place dans ce que Josep Borrell appelle « l’équipe d’Europe ».

Et cela me ramène à vous mêmes et à votre mission, Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs, vous qui plaidez jour après jour en faveur de cet esprit d’équipe. Je sais que souvent, ce n’est pas facile. Et malgré cela, nous avons pu montrer dans le passé que cet esprit d’équipe est possible. Ne vous lassez donc jamais de le promouvoir : vous qui représentez la France, vous qui – en tant que partenaires du couple franco-allemand – partagez des informations ou rédigez des rapports communs partout dans le monde avec des diplomates allemands, vous qui rapportez le point de vue de vos pays hôtes respectifs et qui cherchez des compromis.

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs, c’est vous qui donnez corps à « l’équipe d’Europe ».

L’objectif, c’est la souveraineté européenne.

La solidarité européenne en est le socle.

Merci beaucoup !"

source : Ministère fédéral des affaires étrangères

20 août
2020

Communiqué des ministres des affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni (20 août 2020)

Le 20 août 2020, les États-Unis d’Amérique ont adressé une lettre au Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) demandant à lancer le mécanisme de « snapback », qui permet à un participant au Plan d’action global commun (JCPoA) de rechercher le rétablissement des sanctions multilatérales contre l’Iran qui avaient été levées en 2015 conformément à la résolution 2231 adoptée par le CSNU.

La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni (« les E3 ») notent que les États-Unis d’Amérique ont cessé d’être un participant au JCPoA à la suite de leur retrait de l’accord le 8 mai 2018.

Notre position concernant la validité de la notification américaine au titre de la résolution 2231 a de ce fait été communiquée très clairement à la présidence et à tous les membres du CSNU.

Nous ne pouvons donc pas soutenir cette initiative, qui est incompatible avec nos efforts actuels de soutien au JCPoA.

L’Allemagne, la France et le Royaume-Uni (« les E3 ») sont déterminés à préserver les processus et les institutions qui constituent les fondements du multilatéralisme. Notre objectif demeure de préserver l’autorité et l’intégrité du CSNU. Nous appelons tous les membres du CSNU à s’abstenir de toute action qui accentuerait les divisions en son sein ou qui aurait des conséquences graves sur ses travaux.

Nous demeurons engagés en faveur du JCPoA en dépit des défis majeurs engendrés par le retrait des États-Unis. Nous sommes convaincus que nous devons traiter la question du non-respect systématique par les Iraniens de leurs engagements en vertu du JCPoA dans le cadre d’un dialogue entre les participants à l’accord, notamment au sein de la Commission conjointe, et dans le cadre du mécanisme de règlement des différends. Afin de préserver l’accord, nous appelons instamment l’Iran à revenir sur toutes ses actions incompatibles avec ses engagements nucléaires et à revenir sans délai à leur plein respect.

Comme nous l’avons déjà souligné, notamment dans notre déclaration du 19 juin, nous sommes vivement préoccupés par les conséquences pour la sécurité régionale de l’expiration programmée de l’embargo des Nations Unies sur les armes classiques, compte tenu en particulier des activités déstabilisatrices de l’Iran, qui se poursuivent sans relâche. Nous sommes déterminés à apporter des réponses adéquates à ces défis et continuerons de travailler avec tous les membres du CSNU et toutes les parties prenantes afin de trouver des solutions qui préservent les possibilités d’action diplomatique. Nos efforts resteront guidés par la volonté de préserver l’autorité et l’intégrité du CSNU et d’œuvrer en faveur de la sécurité et de la stabilité régionales.

9 août
2020

Déplacement de Clément Beaune en Seine et Marne sur le thème de l’Europe et la Jeunesse (7 août 2020)

Le secrétaire d’État chargé des affaires européennes Clément Beaune s’est rendu le 7 août 2020 en Seine-et-Marne à la rencontre de jeunes, afin d’échanger avec eux sur l’Europe. Ces jeunes Français et Allemands effectuent un séjour linguistique « Tandem » soutenu par l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ). Outre l’amélioration des compétences linguistiques, ces séjours permettent, à travers de multiples activités, de favoriser l’apprentissage interculturel.

Les jeunes d’aujourd’hui sont les citoyens européens de demain.

Les jeunes sont les futurs acteurs de la construction européenne. Il est donc primordial de favoriser les échanges entre jeunes européens ainsi que de développer leurs connaissances pour mieux comprendre l’Europe, ses valeurs, les acteurs de sa construction et réfléchir à son avenir.

Il est également important de faire connaitre les dispositifs et programmes qui s’offrent à eux pour effectuer des périodes d’études, de stage ou bénéficier d’expériences professionnelles en Europe ou dans le monde.

Dispositifs européens de soutien à la mobilité des jeunes

Ces dispositifs européens s’inscrivent dans la ligne des priorités françaises, et notamment de l’objectif de renforcement de la mobilité des jeunes fixé par le Président de la République dans son discours de la Sorbonne. En 2024, la moitié d’une classe d’âge doit avoir passé, avant ses 25 ans, au moins six mois dans un autre pays européen - qu’il soit étudiant ou apprenti.

1. La garantie européenne pour la jeunesse soutient l’emploi et la formation des jeunes.

Mise en place en 2014, la garantie européenne pour la jeunesse est un dispositif de soutien à l’emploi et la formation des jeunes ne travaillant pas et ne suivant ni études ni formation (« NEET »). Son but est de proposer à ces jeunes une solution de qualité (emploi, formation continue, stage ou apprentissage) dans les quatre mois qui suivent leur perte d’emploi ou leur sortie de l’enseignement formel.

2. Le programme Erasmus+ soutient la mobilité des jeunes

Le programme Erasmus+ permet de financer plusieurs actions en faveur de la mobilité des jeunes :
- L’octroi de bourses permet d’effectuer une période d’études ou un stage dans un autre pays européen.
- Les masters Erasmus Mundus, mis en œuvre par un consortium d’établissements d’au moins trois pays, accordent des bourses sur deux années maximum aux meilleurs étudiants du monde entier.
- Erasmus+ offre la possibilité de demander un prêt pour suivre un master à l’étranger.
- La mobilité internationale des crédits permet à des étudiants d’effectuer une mobilité d’études ou de stage vers ou à partir des pays partenaires du programme Erasmus.

Le futur programme Erasmus+ offrira plus de possibilités de mobilité à des fins d’apprentissage et se veut plus accessible aux jeunes moins favorisés.

Pour la période 2021-2027, le budget du programme Erasmus+ augmentera de 75%. Il s’élevait à 13,8 milliards d’euros pour la période 2014-2020 et atteindra 24 milliards d’euros pour la période 2021-2027 (hors Royaume-Uni).

3. Le Corps européen de solidarité soutient la mobilisation des jeunes en faveur d’activités de solidarité.

Le Corps européen de solidarité vise à renforcer la mobilisation des jeunes et des organisations en faveur d’activités de solidarité accessibles à tous les jeunes. Il est ouvert aux jeunes de 18 à 30 ans et a pour objectif de faire participer davantage les jeunes à des activités de solidarité. Dans ce cadre peuvent être financés du volontariat, des stages ou des emplois allant de deux semaines à douze mois.

Séjour Tandem et activités franco-allemandes soutenues par l’OFAJ

Clément Beaune a rencontré des jeunes Français et Allemands, de 15 à 17 ans, qui passent d’abord une semaine à La Rochette en Seine-et-Marne, puis se rendront à Berlin. Pendant ce séjour, la rencontre binationale permet non seulement un apprentissage linguistique, mais elle favorise également l’ouverture vers la culture et la langue de l’autre en contribuant au renforcement de la connaissance interculturelle.

L’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ) soutient chaque année plus de 8000 programmes pour les 3 à 30 ans : échanges scolaires ou universitaires, stages, rencontres sportives ou culturelles, projets d’engagement, cours de langue, offres d’emploi, formations interculturelles…Les sujets des différentes rencontres sont très variés :

- l’Europe (approches historiques / mémoire, réflexions sur l’avenir, l’Europe des régions)
- le sport
- l’environnement, l’éco-responsabilité et le développement durable
- la participation des jeunes à la vie politique et sociale.

Pour en savoir plus : https://www.ofaj.org/

7 août
2020

Déclaration commune des ministres des affaires étrangères du Triangle de Weimar à la veille des élections présidentielles en Biélorussie (7 août 2020)

Nous, Ministres des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et de la Pologne, observons avec une vive inquiétude les développements en cours en Biélorussie. À la veille de l’élection présidentielle, nous défendons fermement le droit du peuple biélorusse à exercer ses libertés fondamentales, y compris ses droits électoraux, et soutenons l’indépendance et la souveraineté de la République de Biélorussie.

Nous sommes par conséquent préoccupés par le fait que ni le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) de l’OSCE, ni l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, ni celle du Conseil de l’Europe n’aient eu l’occasion d’observer le processus électoral. Par conséquent, nous exhortons les autorités biélorusses à conduire l’élection présidentielle de manière libre et équitable, notamment en assurant une observation indépendante du scrutin par des observateurs locaux. Nous avons pris note des informations inquiétantes faisant état d’irrégularités électorales lors du vote anticipé.

La Biélorussie est un voisin important de l’Union européenne et un membre actif du Partenariat oriental. Nos relations au cours de la dernière décennie ont été marquées par un dialogue difficile mais prometteur et une coopération pratique. Nous croyons en l’établissement de liens plus étroits entre la Biélorussie et son peuple et l’Union européenne, fondés sur le respect des valeurs démocratiques communes, y compris les libertés civiles et le respect de l’État de droit.

Beaucoup a déjà été accompli grâce à nos efforts conjoints. Nous sommes préoccupés par le fait que nos réalisations communes ne soient pas remises en cause. Nous appelons les dirigeants biélorusses à libérer tous les prisonniers détenus pour des motifs politiques, à s’abstenir de toute violence ou de toute activité dirigée contre les droits de l’Homme, y compris les libertés civiques et politiques, et à respecter la volonté du peuple biélorusse. Il n’y a pas d’autre voie pour renforcer l’indépendance de la Biélorussie que celle d’un dialogue social authentique et inclusif.

22 juillet
2020

Jour historique pour l’Europe ! (21 juillet 2020)

Pour la première fois, l’Europe va mettre en œuvre un plan de relance fondé sur la solidarité pour faire face à la crise et répondre aux défis sociaux, économiques et écologiques.

Écoutez le Président Emmanuel Macron et la Chancelière Angela Merkel :

Pour plus d’informations : https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/07/21/jour-historique-pour-leurope

7 juillet
2020

Lancement du Forum franco-allemand pour l’avenir (7 juillet 2020)

Créé par le traité d’Aix-la-Chapelle signé en 2019 par Emmanuel Macron, président de la République française, et Angela Merkel, chancelière fédérale allemande, le Forum franco-allemand pour l’avenir réunit des acteurs économiques et sociaux engagés dans les transformations des deux pays pour élaborer ensemble des propositions innovantes pour la conduite des politiques publiques. Une telle réflexion conjointe sur l’avenir que nous voulons apparaît encore plus nécessaire dans le contexte de la crise sanitaire.

France Stratégie, en France, et l’Institute for Advanced Sustainability Studies de Potsdam (IASS), en Allemagne, assurent conjointement le Secrétariat de ce Forum, aux côtés d’un Comité d’orientation composé de seize membres (8 français, 8 allemands), représentants des deux gouvernements, des parlements nationaux, de la société civile, des partenaires sociaux et du monde de la recherche.

Le Comité d’orientation s’est réuni pour la première fois hier mardi 7 juillet 2020 et a adopté le programme de travail pour 2020/2021. La transition écologique et la résilience économique et sociale seront les premiers thèmes explorés dans ce cadre, en s’appuyant sur les expériences territoriales des deux pays. Les prochains rendez-vous du Forum réuniront donc des acteurs qui, en France et en Allemagne, agissent et réfléchissent sur ces thèmes dans une démarche ancrée dans les territoires et axée sur l’innovation, l’implication des citoyens, et les enseignements tirés des expériences réussies.

En s’appuyant sur des expériences concrètes menées dans des territoires français et allemands, et sur un dialogue approfondi impliquant les acteurs de terrain, le Forum analysera les enjeux environnementaux, sociaux, sociétaux et économiques, pour développer une vision et des perspectives communes, et formuler des propositions pouvant déboucher sur de nouvelles politiques publiques.

1er juillet
2020

IMAJINA - un projet franco-allemand pour l’intégration personnelle et professionnelle des jeunes adultes du Sud de la France (1er juillet 2020)

Le cœur de ce projet est de compléter les projets traditionnels d’échange de jeunes dans le cadre de la coopération franco-allemande par l’aspect de l’insertion professionnelle. Dans le sud de la France et en particulier dans la région de Marseille, il y a un grand nombre de jeunes qui manquent de perspectives professionnelles et qui ont un accès difficile au marché du travail. L’objectif du projet est donc d’améliorer sensiblement les possibilités de formation et d’emploi de ces jeunes adultes dans la région de Marseille, en leur faisant bénéficier d’un stage de deux mois en Allemagne, où la formation professionnelle est reconnue de qualité.

Cet objectif est également le point de départ du nom du projet : Insertion par la Mobilité, l’Apprentissage et le Jobcoaching : Investissons dans Notre Avenir ! Le mot "imaginer" joue également un rôle particulier dans le nom du projet : le but du projet est aussi et surtout de donner aux jeunes participants la confiance en soi nécessaire et de les encourager à chercher des occasions de prendre conscience de leurs propres capacités en dehors de la réalité de leur vie quotidienne - ce qui semble impossible peut être possible et chacun a des idées et des rêves qui valent la peine d’être poursuivis.

Le projet pilote de 2018 Imajina, destiné à 16 jeunes femmes et hommes qui n’étaient ni en études, en emploi ou en formation (NEET), a été financé par le ministère allemand des affaires étrangères à Berlin via le Consulat Général d’Allemagne à Marseille, par la préfecture du département des Bouches-du-Rhône, et soutenu par l’Office franco-allemand pour la Jeunesse. Le projet Imajina a été développé par deux organisations. L’ONG “Eurocircle”, dont l’objectif principal est le développement de projets européens et la mobilité internationale des jeunes, en coopération avec l’association "Une Terre Culturelle", qui a de longues années d’expérience dans les échanges franco-allemands et euro-méditerranéens et dans les projets de mobilité interculturelles, basée dans les quartiers nords de Marseille.

Outre l’élément central du stage de deux mois en entreprise en Allemagne, ce projet pilote comprenait une phase de préparation et une phase de suivi au retour. La préparation consistait en un cours intensif de langue allemande, d’un "stage de découverte" de trois jours à Marseille et d’une formation interculturelle. Dans la phase de suivi au retour, l’expérience à l’étranger, les compétences développées et les possibilités qui s’offrent aux participants sont valorisées et évaluées.

Le projet Imajina+ se déroule entre septembre 2019 et décembre 2020 et s’adresse à 48 jeunes adultes de la région marseillaise. Imajina+ est cofinancé par la Commission européenne via le Corps Européen de Solidarité, par le Ministère allemand des affaires étrangères et la Préfecture des Bouches du Rhône, et est mis en oeuvre par Eurocircle et Une Terre Culturelle en étroite collaboration avec la Mission Locale de Marseille. Le projet se déroule en 4 sessions de 12 participants. Les sessions sont organisées en alternance par Eurocircle ou par Une Terre Culturelle. La Mission Locale est le point de contact central pour les jeunes entre 18 et 25 ans en ce qui concerne la question de l’intégration professionnelle.

Les conseillers de la Mission Locale agissent donc en tant qu’experts dans ce domaine et en tant que médiateurs pour diriger les participants potentiels à Eurocircle et à Une Terre Culturelle. Les deux associations organisent ainsi un mois de préparation avant le départ et la phase de suivi au retour, et, avec les organisations partenaires allemandes respectives, le stage de deux mois dans différentes villes allemandes. Contrairement au projet pilote précédent, la coopération avec la Mission Locale a été considérablement élargie avec Imajina+ et, grâce à son implication, l’aspect de l’accompagnement professionnel dans la phase de suivi a été étendu en simulant des entretiens d’embauche et des ateliers sur l’analyse du potentiel et la recherche d’emploi.

En raison du succès d’Imajina et d’Imajina+, Eurocircle et Une Terre Culturelle est actuellement en train d’élargir et de perfectionner le projet : dans le cadre du projet Imajina 3, un accompagnement professionnel encore plus personnalisé et adapté aux besoins individuels sera mis en place et constitue déjà une partie centrale de la phase de préparation.

Pour cette raison, et afin de pouvoir donner des cours d’allemand plus intensifs, la phase de préparation sera prolongée d’au moins deux semaines. En outre, Imajina 3 sera élargi pour inclure le caractère d’un projet d’échange interculturels et ainsi de permettre à de jeunes adultes allemands du même âge et dans des situations similaires de se rencontrer.