Vu sur le Net

"Vu sur le Net" est une veille d’actualité quotidienne, disponible en flux RSS. Abonnez-vous !

En savoir plus :
8 octobre
2014

Steinmeier, le ministre allemand devenu poids lourd de la diplomatie mondiale

Article de Frédéric Lemaître, correspondant à Berlin, publié dans l’édition du Monde datée du 3 octobre 2014 et reproduit avec l’aimable autorisation du quotidien.

Depuis quelque temps, Frank-Walter Steinmeier, le ministre allemand des affaires étrangères, sort régulièrement de sa poche un drôle de petit objet. Un cône métallique d’une dizaine de centimètres, très piquant. Une pointe anti-SDF que l’on met parfois devant les boutiques de luxe ou les résidences chics pour éviter que des pauvres ne viennent s’y installer. Pour ce passionné d’architecture et d’urbanisme, « cet objet extrêmement regrettable » est plus explicite que bien des analyses. « Il montre que nos sociétés occidentales ont le sentiment d’être menacées par la fureur du monde, mais aussi qu’elles ne croient pas disposer de parades efficaces », a-t-il expliqué, fin août, devant les ambassadeurs allemands réunis à Berlin.

Mais « l’Allemagne n’est pas une île » et aucun grillage ne saurait la protéger des soubresauts de la planète. « Mener une politique extérieure active n’est pas une idée sympa, c’est une nécessité existentielle. L’Allemagne est un peu trop grande et trop forte économiquement pour ne pas s’engager », explique-t-il fréquemment. Parce qu’il incarne mieux que tout autre cette nouvelle ambition allemande sur la scène internationale, Frank-Walter Steinmeier, 58 ans, est désormais reçu par les chefs d’Etat et de gouvernement. En Russie, il rencontre Vladimir Poutine. En Inde, le premier ministre, Narendra Modi. En mai, il a également été le premier titulaire de ce portefeuille à assister à un conseil des ministres à l’Elysée. De nouveau en visite à Paris les 2 et 3 octobre, Frank-Walter Steinmeier rencontre le premier ministre, Manuel Valls, outre son homologue Laurent Fabius.

En quelques mois, cet intellectuel discret est devenu un poids lourd de la diplomatie mondiale. En raison de l’importance de l’Allemagne bien sûr, mais aussi de son propre parcours. De fait, Frank-Walter Steinmeier a joué un rôle au moins aussi considérable ces quinze dernières années que son mentor, Gerhard Schröder, à qui il ressemble si peu, ou que sa rivale, Angela Merkel, à qui il peut davantage être comparé.

« LE PAYS AVANT LE PARTI »

Quand il est directeur de la chancellerie, de 1999 à 2005, il n’est pas seulement le bras droit de Gerhard Schröder : il devient son éminence grise. Si le chancelier social-démocrate incarne l’Agenda 2010, ces réformes sociales radicales qui vont transformer l’Allemagne, Steinmeier en est le principal inspirateur. Ministre des affaires étrangères d’Angela Merkel de 2005 à 2009, le pays lui doit un « partenariat pour la modernité » avec la Russie, dans la droite ligne des politiques suivies par Willy Brandt et Gerhard Schröder.

A l’instar de son ancien patron – parti entre-temps faire fortune chez Gazprom, la société russe première exportatrice de gaz du monde –, Frank-Walter Steinmeier est convaincu que la Russie veut se moderniser et se rapprocher de l’Europe. L’Allemagne, pense-t-il, peut en tirer le plus grand profit. Angela Merkel, qui connaît son Poutine depuis longtemps, est plus sceptique, mais elle laisse faire le ministre.

Candidat contre elle pour devenir chancelier en 2009, Frank-Walter Steinmeier ne réunit que 23 % des voix, le pire score réalisé par le Parti social-démocrate (SPD). Devenu président de groupe de son parti au Bundestag et donc chef de l’opposition au Parlement, il aurait pu mener la vie dure à Angela Merkel. Il n’en fait rien. Au contraire, de 2009 à 2013, sous sa direction, les sociaux-démocrates approuvent systématiquement la politique européenne de la chancelière. Certes, le SPD se dit favorable aux euro-obligations et hostile à la politique d’austérité, mais le parti soutient, de fait, la politique d’Angela Merkel. Une alliance contre nature qui sera déterminante. Comment la gauche européenne pourrait-elle s’opposer à une politique approuvée par le SPD ? « Le pays avant le parti » : telle est alors la devise de Steinmeier, convaincu que les électeurs sauront gré au SPD d’avoir accompli des réformes difficiles au début des années 2000 et d’avoir soutenu la politique européenne d’Angela Merkel.

Pari à moitié gagné. Certes, en 2013, le SPD revient au pouvoir, mais c’est à nouveau dans le cadre d’une grande coalition dirigée par Angela Merkel, au faîte de sa popularité. Ce chef de l’opposition qui aurait pu obtenir n’importe quel poste retrouve avec un plaisir non dissimulé le ministère des affaires étrangères. Il n’attendait que cela. En témoigne la passation de pouvoir avec son prédécesseur, le très décrié Guido Westerwelle, en décembre 2013. Loin de se contenter des quelques formules de circonstance, le ministre prononce devant ses troupes un véritable discours de politique générale sur l’état de la planète et le rôle – accru – que doit prendre l’Allemagne sur la scène internationale. Un credo qu’avec l’aide du président de la République, Joachim Gauck, et de la ministre de la défense, Ursula von der Leyen, il impose à Angela Merkel. Si la chancelière finit par être convaincue – en déstabilisant l’Ukraine, Vladimir Poutine ne lui a pas laissé le choix –, les Allemands restent réservés. Seuls 37 % d’entre eux approuvent une politique étrangère plus active. Mais Frank-Walter Steinmeier n’en a cure.

Car ce fils de menuisier, encarté au Parti social-démocrate depuis 1975 – il a alors 19 ans –, est avant tout protestant. « Cela signifie à mes yeux être responsable de ce que l’on fait, mais aussi de ce que l’on ne fait pas », dit-il. Depuis quinze ans, son plus proche collaborateur est un pasteur d’Allemagne de l’Est, Stephan Steinlein. « Etre chrétien, c’est pour moi adopter quatre attitudes fondamentales », a récemment expliqué le ministre devant une assemblée de fidèles protestants. La première : « Avoir ses propres convictions. Y être fidèle même quand elles sont impopulaires. » D’où son engagement en faveur d’un rôle accru de l’Allemagne sur la scène internationale. La deuxième : « Chacun est en mesure de se former. Et de se forger sa propre opinion. » Une clé pour comprendre la pression que l’Agenda 2010 met sur les chômeurs pour qu’ils se forment et reprennent un travail. La troisième : « Il faut connaître ses limites et avoir le courage de faire des petits pas. » En découlent ses innombrables coups de fil avec son homologue russe Lavrov pour dénouer la crise ukrainienne. Enfin la quatrième : « Il faut soutenir les différences et accepter la diversité. » L’embauche d’une jeune femme apatride d’origine palestinienne pour être sa porte-parole adjointe, une véritable révolution pour le « Quai d’Orsay allemand », en est un témoignage.

L’entourage d’Angela Merkel apprécie ce ministre qui redonne du lustre à la diplomatie allemande sans faire de l’ombre à la chancelière : « Il n’a qu’un défaut : il est social-démocrate et reste donc un adversaire politique », confie un proche de cette dernière. Les Allemands aussi apprécient cet homme qui, en 2010, n’a pas hésité à s’arrêter plusieurs semaines pour donner un rein à sa femme.

« IL AURAIT PU RECEVOIR LE NOBEL DE LA PAIX »

Depuis son entrée en fonctions, Frank-Walter Steinmeier forme avec le président Gauck et Angela Merkel le trio de tête des responsables politiques les plus populaires. Sa défaite de 2009 et les crises qui secouent la planète l’ont rendu modeste. « Le diplomate est parfois comme un singe qui sort un poisson de l’eau en pensant qu’il se noie et qui, après la mort de celui-ci, s’en veut de ne pas être intervenu quelques minutes plus tôt », reconnaît-il. Au fil des années, lui-même est devenu plus grave. Il n’est plus tout à fait le bon vivant qu’il était en 2005 quand, au cours de ses voyages, il multipliait les confidences autour d’une bière.

Rigoureux envers lui-même, il rêve d’un monde fidèle à ses convictions héritées des Lumières et d’Emmanuel Kant. En visite à Kaboul, début septembre, c’est au nom de la raison et de la responsabilité de l’homme politique qu’il tente de convaincre les deux successeurs potentiels du président Karzaï de taire leurs divergences et de former un gouvernement d’union nationale. « Dans un monde devenu non pas multipolaire mais “non polaire” », Frank-Walter Steinmeier est convaincu que la diplomatie ne doit surtout pas baisser les bras. Son coup de maître : la visite organisée le 20 février, à Kiev, avec ses homologues français, Laurent Fabius, et polonais, Radoslaw Sikorski. « Rien que pour cela, il aurait pu recevoir le Nobel de la paix », reconnaît le député écologiste Omid Nouripour, pourtant prodigue en critiques sur le ministre.

« IL Y A TOUJOURS DES ALTERNATIVES À LA GUERRE »

Depuis, cet Allemand qui aime à raconter sa traversée de la France en 2CV dans les années 1970 travaille main dans la main avec Laurent Fabius mais a pris, sans le dire, ses distances avec la Pologne. Comme s’il fallait ne pas froisser Moscou. Car Vladimir Poutine – un nom qu’il ne prononce que rarement, préférant parler de « la Russie » – reste une énigme qu’il n’a manifestement pas réussi à déchiffrer. « De fait, je ne pensais pas qu’on remettrait un jour les frontières de l’Europe en question », reconnaît-il. « Après la crise, la Russie restera notre plus grand voisin », a glissé Steinmeier devant les ambassadeurs allemands. « Il sous-estime totalement les atteintes aux droits de l’homme en Russie », s’insurge Omid Nouripour. « Sur la Russie, il n’a pas encore trouvé ses marques. Il gère mais n’a pas vraiment de vision », regrette un dirigeant de la CDU.

Néanmoins, rien ne l’énerve plus que les déclarations d’un David Cameron comparant l’attitude des Européens face à Poutine, en particulier les Allemands, à celle des Britanniques et des Français face à Hitler en 1938. « C’est l’inverse. Dès le début, l’Europe unie a dénoncé l’invasion de la Crimée et pris des sanctions contre la Russie. Nous avons au contraire tiré les leçons de 1938 », explique-t-il, convaincu qu’« il y a toujours des alternatives à la guerre ». Steinmeier a aussi foi dans la diplomatie.

Tous les articles :

23 juillet
2012

Un jardinier de l’amitié franco-allemande (Le Figaro)

TRIBUNE - Michael Link, ministre fédéral adjoint allemand aux Affaires étrangères rend hommage à Jean François-Poncet, l’ancien ministre de Valéry Giscard d’Estaing, disparu la semaine dernière.

"Un Européen convaincu et un défenseur indéfectible de l’amitié franco-allemande. Voilà ce que fut tout au long de sa vie Jean François-Poncet, dont j’ai appris le décès avec une très vive émotion. J’ai eu, à plusieurs reprises, le grand honneur de rencontrer celui qui fut successivement, entre autres fonctions, secrétaire général de l’Élysée, ministre des Affaires étrangères de Valéry Giscard d’Estaing, et sénateur du Lot-et-Garonne. En janvier dernier j’ai eu l’occasion de lui remettre le prix De Gaulle-Adenauer.

Un prix qui venait couronner une vie tout entière consacrée à la construction européenne et à l’amitié entre la France et l’Allemagne, dont Jean François-Poncet connaissait parfaitement la valeur. Enfant à Berlin, où son père était ambassadeur de France, il avait, en effet, depuis la Pariser Platz où il habitait, à proximité de la Porte de Brandebourg, été témoin de l’incendie du Reichstag. Le souvenir de cet événement, annonciateur de la page la plus sombre de l’histoire allemande, l’avait profondément marqué. Sans doute cet épisode a-t-il contribué à forger sa conviction : la nécessité d’une Europe forte et unie pour assurer la paix et la sécurité, et l’amitié franco-allemande comme l’un des fondements de la construction européenne.

Cet idéal, il n’a cessé de le défendre et de le concrétiser tout au long de sa vie : dans ses fonctions officielles, à la tête de la diplomatie française (il y a, dès sa prise de fonction, défendu le principe de l’élection au suffrage universel du Parlement européen), ou en assurant la direction du Mouvement européen France, formidable instrument de sensibilisation de l’opinion française à l’idée européenne.

J’ai été particulièrement impressionné, à l’occasion des nombreuses conversations que nous avons pu avoir, par la connaissance exceptionnelle que Jean François-Poncet avait de l’Allemagne. Non seulement en maîtrisait-il la langue, mais encore en connaissait-il la culture, la géographie et l’histoire. Cette familiarité avec l’Allemagne, alliée à son engagement européen, conduisit tout naturellement le président Valéry Giscard d’Estaing à faire appel à lui pour occuper le poste de ministre des Affaires étrangères, portefeuille dont il fut un brillant titulaire (...)"

20 juillet
2012

"La zone euro doit cesser de sous-estimer" (W. Schäuble)

INTERVIEW - Pour le ministre allemand des Finances, la crise de confiance que traverse la zone euro est l’occasion de renforcer l’union politique et budgétaire. Il juge nécessaire de changer les traités.

Alors que la crise financière et économique se poursuit dans la zone euro, notamment en Espagne et en Grèce, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, se montre relativement optimiste sur l’Europe, dans un entretien au Figaro.

Photo : ministère fédérale allemand des Finances. LE FIGARO. - Les difficultés de Peugeot en France, les vagues redoutées de licenciements à la rentrée et les possibles répercussions sur les banques françaises sont-elles un sujet d’inquiétude en Allemagne ?

Wolfgang SCHÄUBLE. - La France fait partie du G8. Nous avons pleinement confiance que la France trouvera les bonnes solutions et que l’industrie française restera compétitive. Et la France jouit d’une grande confiance sur les marchés financiers, comme le montrent chaque jour les jugements des marchés.

Y a-t-il une fatalité à la désindustrialisation en Europe ? Ce n’est pas le cas en Allemagne, qui a su garder ses emplois…

L’Allemagne connaît actuellement une conjoncture relativement bonne. Mais nous n’avons pas, non plus, à redouter une vague de désindustrialisation en Europe. Cependant, avec la mondialisation, nous ne resterons compétitifs que si nous sommes à la pointe de l’innovation, du progrès technologique et de la créativité. C’est pourquoi nous accordons une grande importance à la recherche et à la formation en Allemagne. D’ailleurs, comme l’a dit François Hollande pendant sa campagne électorale, il est essentiel de soutenir et de stimuler les petites et moyennes entreprises. La force d’innovation des PME est l’un des facteurs essentiels de la prospérité de l’industrie allemande, notamment dans le sud du pays. Le nord de l’Italie aussi est porté par le dynamisme de ses PME.

Pour rester compétitifs, nous devons continuer à développer des infrastructures performantes et un environnement favorable. En dépit de la crise de confiance que traverse la monnaie commune depuis deux ans, la zone euro restera une zone économique très forte. On le voit d’ailleurs aux taux d’intérêt actuels de la France, de l’Allemagne et d’autres pays membres de la zone euro sur le marché obligataire : les marchés financiers ont un intérêt à investir dans la plus grande zone économique du monde. L’Europe doit cesser de se sous-estimer.

(...)"

11 juillet
2012

France-Allemagne : un nouveau souffle à trouver (Matthias Fekl dans Sud-Ouest)

Né en Allemagne, le député du Marmandais Matthias Fekl, explique sa vision de la relation entre les deux pays.

" Les 50 ans de l’amitié franco-allemande sont commémorés en grande pompe par les dirigeants français et allemands. Avec force cérémonies et gestes symboliques, François Hollande et Angela Merkel se réjouissent de cette relation amicale, héritage des De Gaulle, Adenauer et autres Kohl.

« Les symboles, c’est très bien. C’est essentiel pour perpétuer le devoir de mémoire, dit Matthias Fekl. Mais nous avons surtout besoin d’un vrai projet commun, nous devons aller de l’avant et retrouver un leadership franco-allemand. » (...)

Né à Francfort, le jeune député de 34 ans a passé toutes ses années d’enfance à Berlin. « J’y ai vécu jusqu’à mon bac. J’étais scolarisé au lycée français, et je vivais dans cette citadelle qu’était Berlin-Ouest, au milieu de la dictature. Ça m’a beaucoup marqué, enfant. On voyait régulièrement les unes de journaux consacrées à un homme ou une femme abattu d’une balle dans le dos pour avoir voulu franchir le Mur ». La construction d’un espace de paix et d’amitié européen n’a donc pour lui rien d’anodin. « Cette relation particulière entre les deux pays n’est pas spontanée, poursuit-il. Elle résulte des horreurs de la guerre, et a donné lieu à la plus longue période de paix qu’ait connu le continent. Ce couple franco-allemand est devenu un pivot central de l’Europe, et il faut à tout prix le préserver, sans que les deux États ne fassent bande à part. » Depuis quelques années, souligne Matthias Fekl, les relations entre les deux pays se sont légèrement distendues. « Jacques Chirac, tout comme Gerhard Schröder, n’avait pas cette amitié chevillée au corps. Ils l’ont laissée flotter, sans lui donner de nouvelle impulsion ». Une faute, pour le député. Et d’égrener les signes de cette indifférence naissante : principal présage, les jeunes n’apprennent plus la langue du pays voisin. «  C’est dommage, car il va falloir donner un nouvel élan aux relations entre les deux nations », explique-t-il, bien qu’il n’entretienne lui-même plus d’étroites relations avec son pays natal.

(...)"

8 juillet
2012

"Je veux que la prochaine étape de ce rapprochement franco-allemand se construise autour de la réussite des jeunes" (F. Hollande, L’Union L’Ardennais)

" En 1962, le choix de Reims est un symbole fort. La ville des Sacres, dont la cathédrale fut lourdement bombardée en 1914, fut également le théâtre de la première signature de la reddition allemande, le 7 mai 1945. Au-delà du symbole, quelle importance accordez-vous à cet anniversaire et à la réconciliation elle-même ?

Ce fut un moment très fort lorsque Konrad Adenauer et Charles de Gaulle se sont retrouvés à Reims pour engager le processus qui a conduit au traité sur la coopération franco-allemande. Avec Mme Merkel, il m’appartenait donc cinquante ans après de reprendre l’initiative à Reims. Reims ville martyre de la guerre et ville symbole du renouveau, à la fois lieu historique et expression de la modernité. Avec la Chancelière, nous avons souhaité nous rendre demain à Reims pour lancer ce processus qui, durant ces prochains mois, nous mènera dans d’autres villes françaises et allemandes. Et bientôt à Ludwigsburg, là où le Général de Gaulle s’était adressé à la jeunesse allemande.

Dix-sept ans après la fin de la seconde guerre mondiale, l’amitié franco-allemande n’allait pas de soi. En cinquante ans, elle a connu bien des soubresauts. Comment qualifieriez-vous, deux mois après votre entrée en fonction, l’état de cette relation ?

Malgré des sensibilités souvent différentes nous avons été capables, à chaque étape de notre histoire commune, de nous réunir et de permettre que l’amitié entre la France et l’Allemagne ne dépende pas des couleurs politiques de leurs dirigeants. Avec Mme Merkel, nous avons un devoir qui est de permettre que l’union de nos propres intérêts puisse être une force pour l’ensemble de l’Europe. Nous ne devons pas concevoir notre relation comme un directoire qui ferait que la France et l’Allemagne décideraient seules pour l’Europe. J’ai donc veillé, et Mme Merkel partage parfaitement cette approche, à ce que nous puissions associer d’autres pays à notre démarche et à faire en sorte que les institutions européennes soient le plus possible impliquées, ce qui explique la réussite du dernier conseil européen.

(...)

Comment s’entendre si on ne se comprend pas ? Or, seuls 10 % des jeunes Français choisissent d’apprendre l’allemand à l’école. En vingt ans, cette proportion a chuté de moitié. Que vous inspire ce constat, alors que Jacques Chirac s’était engagé à doubler le nombre « d’apprenants » lors du sommet de Schwerin en 2002. Comment inverser la tendance ?

Le choix de l’apprentissage des langues appartient à la liberté de chaque famille. L’Etat n’a pas à imposer aux jeunes Français ou aux jeunes Allemands une langue qui n’est pas souhaitée. En revanche, dans le traité de l’Elysée de 1963, que nous allons bientôt célébrer, il y avait une dimension liée à la jeunesse. Je veux que la prochaine étape de ce rapprochement franco-allemand, de cette amitié renouvelée, se construise autour de la réussite des jeunes. Pour que la nouvelle génération puisse disposer de toutes les conditions pour progresser, l’acquisition des langues est indispensable. La nouvelle étape de notre coopération franco-allemande aura donc à renforcer les échanges, notamment en matière de recherche, d’enseignement supérieur, de développement de l’apprentissage.
(...)"

Gilles Grandpierre

6 juillet
2012

« Il n’y a plus d’hostilité entre les peuples » (Hélène Miard-Delacroix dans Les Echos)

Hélène Miard-Delacroix, professeur d’histoire allemande à la Sorbonne, Propos recueillis par Catherine Chatignoux et Thibaud Madelin.

" (...)
A quoi sert, selon vous, le traité de l’Elysée ?

Il a donné un cadre d’obligation de rencontres et de concertation au plus haut niveau entre la France et l’Allemagne. Deux fois au niveau des chefs d’Etat, quatre fois pour les ministres des Affaires étrangères, etc. Il s’est révélé utile dès 1963 quand le chancelier Erhard a succédé à Adenauer. Depuis lors, on se rencontre, on se parle, on s’informe. Si bien que les deux pays finissent par intégrer les contraintes de l’autre. Le traité a été enrichi plusieurs fois. Mitterrand et Kohl ont renforcé le dispositif en créant en 1988 un Conseil économique et financier franco-allemand qui se réunit quatre fois par an sur les questions économiques et budgétaires. Ainsi qu’un Conseil franco-allemand de défense et de sécurité. A nouveau en 2003, les sommets bilatéraux ont été remplacés par des Conseils des ministres communs. Ainsi, le franco-allemand a-t-il créé son propre mythe avec ses récits et ses rituels. Chaque institution nouvelle renforce les liens qui appellent de nouvelles institutions.

Pourtant , on a l’impression que les Français et les Allemands ne se comprennent toujours pas très bien.

Il y eu une pacification entre les peuples. Le rapprochement ne veut pas forcément dire qu’on est amis et qu’on est les mêmes. Mais il n’y a plus de réelle hostilité entre les sociétés.
(...)"

29 juin
2012

Des trains allemands construits par le français Alstom (Economie matin)

"Alors qu’en politique, les relations franco-allemandes restent tendues, il n’en est pas de même dans les affaires  : le constructeur français Alstom vient d’annoncer avoir reçu une commande de la part de la Deutsche Bahn pour 38 trains régionaux. Montant du contrat : 160 millions d’euros.

Il s’agit en réalité d’un partenariat de long terme : cette commande comprend 14 rames correspondant à un accord-cadre signé en 2008 et 24 rames correspondant à la levée d’option d’un contrat signé en 2011. Les trains seront fabriqués sur le site Alstom de Salzgitter, en Basse-Saxe, et la mise en service est prévue en 2015 sur le réseau diesel du sud-ouest de l’Allemagne, dans les régions de Rhénanie-Palatinat, Hesse et Baden-Württemberg.

(...)"

28 juin
2012

Le couple franco-allemand « va bien », dit Bernard Cazeneuve

" Le couple franco-allemand se porte bien et essaye de construire un « compromis solide », a estimé jeudi le ministre délégué aux Affaires européennes Bernard Cazeneuve, alors que doit s’ouvrir un conseil européen jugé décisif pour l’avenir de la zone euro.

François Hollande et Angela Merkel se sont prononcés mercredi soir à Paris pour un approfondissement de l’union économique, monétaire et politique . Mais les dirigeants français et allemand s’étaient opposés ces dernières semaines, Angela Merkel exigeant une organisation fédérale de l’UE avant de mutualiser les risques, tandis que, pour François Hollande, la solidarité doit être accompagnée - mais pas précédée -par des pas vers plus d’intégration.

« Les choses vont bien entre les Français et les Allemands, je crois que nous essayons de construire un compromis solide, et ce compromis solide ne peut pas se construire sur des ambiguïtés, donc nous disons clairement les choses sur ce que nous voulons pour l’Europe », a déclaré Bernard Cazeneuve sur i>Télé.

« Il existe des points de convergence, nous avons beaucoup progressé, il existe encore des sujets de discussions, ils ont été traités par le président de la République et la chancelière hier et la discussion va se poursuivre aujourd’hui à 27 », a-t-il ajouté, se disant très attaché au « moteur franco-allemand ».

(...)".

28 juin
2012

Pour un renouveau dans les rapports franco-allemands (Le Monde)

Wolfgang Asholt, professeur émérite de littérature française à l’Université d’Osnabrück : éditeur de la revue Lendemains. Etudes comparées sur la France ; Henning Krauss, professeur émérite de littérature française à l’Université d’Augsbourg : fondateur et éditeur des Cahiers d’Histoire des Littératures Romanes ; Michael Nerlich, professeur émérite de littérature française à l’Université Technique de Berlin : fondateur et coéditeur de Lendemains ; Dietmar Rieger, professeur émérite de littérature française à l’Université de Giessen : coéditeur des Cahiers ; Evelyne Sinnassamy, co-fondatrice de Lendemains, traductrice ; Joachim Umlauf, directeur de l’Institut Goethe à Paris.

" Quand le jour de son entrée en fonction, François Hollande rencontra la chancelière à Berlin, ils ne discutèrent officiellement pas des rapports franco-allemands, mais de questions financières et économiques. La polémique autour du "modèle allemand" pendant la bataille pour la présidence avait pourtant montré à quel point Allemands et Français se sont éloignés les uns des autres et s’ignorent mutuellement.

Cet état des choses est sujet d’inquiétude en France qui concerne certes les questions concernant l’économie et les finances (voir Jean-Louis Thiériot et Bertrand de Montferrand : France – Allemagne. L’heure de vérité, 2011), mais qui touche aussi la politique européenne en général menacée de perdre l’amitié franco-allemande telle qu’elle s’est formée depuis Adenauer et de Gaulle comme base pour un avenir commun (voir Jacques-Pierre Gougeon : France-Allemagne : une union menacée, 2012), une perte qui pour certains entraîne déjà des perspectives menaçantes (voir Allemagne, les défis de la puissance, La documentation française, 2012).

En Allemagne on ne semble pas partager ces soucis pour le partenariat franco-allemand dont Michel Serres a esquissé l’importance historique dans son discours de remerciement pour le Prix du Maître Eckart, le 3 mai, à Cologne. Car tandis que Pierre Nora dénonce dans la F.A.Z. le néant grandissant dans le dialogue culturel entre les deux pays, soulignant le fait que de moins en moins d’élèves apprennent la langue du voisin, diagnostic confirmé par les dernières informations (Le Monde du 20 mai) montrant que seuls 21% des Allemands considèrent encore la France comme le voisin le plus important et que l’intérêt de la jeunesse allemande pour la France disparaît, des experts allemands répliquent, dans la même F.A.Z. le 26 mars que tout va pour le mieux dans les rapports franco-allemands vu d’une part qu’il n’y a jamais eu de culture franco-allemande et que le voisinage pacifié satisfait le "citoyen lambda", et d’autre part que pour la communication, on peut bien se servir de l’anglais.

Cela nous inquiète, et puisque François Hollande célébrera le 8 juillet à Reims les 50 ans du Traité de l’Elyséequi a scellé une époque de coopération franco-allemande inconnue jusqu’alors, nous lançons à cette occasion un appel pour un renouveau des rapports franco-allemands en rappelant que le rapprochement à la France après 1945 a été constitutif pour la reconstruction de l’identité (culturelle) allemande. C’est pour cela que nous nous permettons de rappeler ce qui est arrêté dans le Traité de l’Elysée : Les deux Gouvernements reconnaissent l’importance essentielle que revêt pour la coopération franco-allemande la connaissance dans chacun des deux pays de la langue de l’autre. Ils s’efforceront, à cette fin, de prendre des mesures concrètes en vue d’accroître le nombre des élèves allemands apprenant la langue française et celui des élèves français apprenant la langue allemande. Le Gouvernement fédéral examinera, avec les gouvernements des Länder, compétents en la matière, comment il est possible d’introduire une réglementation qui permette d’atteindre cet objectif.(...)"

21 juin
2012

Ce que la France et l’Allemagne peuvent mutuellement s’apprendre en matière de politique industrielle (Le Monde)

Par Simon Porcher, économiste et enseignant à Sciences Po et Benjamin Silverston, cadre de la ville de Paris

" Classée au 15ème rang mondial dans le palmarès de compétitivité 2010-2011 du World Economic Forum, la France souffre d’un déficit de compétitivité avec son principal partenaire l’Allemagne. En témoigne le déficit commercial français de 70 milliards d’euros en 2011 comparé à l’excédent allemand de 150 milliards d’euros la même année réalisé principalement par son secteur industriel. Un tel écart traduirait le succès du modèle allemand caractérisé, depuis les réformes voulues par le chancelier Gerhardt Schröder, par une maitrise des coûts du travail et une réduction des dépenses sociales.

Alors que la France a perdu 2 millions d’emplois dans le secteur industriel depuis 30 ans et qu’elle a perdu des parts de marché en Europe et dans le monde, d’aucuns estiment que le sursaut de l’économie française passe par l’imitation pure et simple du modèle allemand. Est-ce l’unique alternative ? Si le coût du travail en France a bien dépassé celui de l’Allemagne, il convient de garder en tête que le succès de l’Allemagne repose sur sa compétitivité hors-prix. Alors que certaines propositions émises pour restaurer la compétitivité française doivent être écartées (TVA sociale, dévaluation), c’est le modèle allemand qui devrait en fait évoluer en raison de ses effets pervers pour l’économie européenne et les Allemands eux-mêmes. (...)"

17 juin
2012

Avant le G20 de Mexico, pour le renouveau du couple franco-allemand (Noëlle Lenoir, L’express)

"Alors que s’ouvre le Sommet du G20 à Mexico avec comme sujet principal la sortie de crise de l’Europe, le couple franco-allemand est sur la sellette. Chacun est conscient que c’est de son action et de son entente que dépendent les solutions à mettre en œuvre. En l’occurrence les enjeux dépassent le seul périmètre des deux États, voire de l’Europe entière, ils sont mondiaux. L’Europe est un acteur économique majeur et nul ne peut se désintéresser de sa situation économique qui n’est pas bonne.

Or on a trop tôt relégué au rang des accessoires ce qu’on appelait encore récemment « le moteur franco-allemand ». On se rend compte chaque jour qu’il détient la clé de la sortie de crise : les deux pays financent largement les pays en détresse, d’une part, et d’autre part et surtout, l’Allemagne est la seule économie en laquelle les marchés ont véritablement confiance. Toutefois, comme l’a constaté Angela Merkel elle-même, cette confiance s’effritera si la solidarité reste à sens unique, c’est à dire si les Etats membres refusent de se soumettre à une discipline collective évitant les errements du passé. Devant le Bundestag, la Chancelière allemande a souligné que le pouvoir de l’Allemagne de résoudre les problèmes des autres avait des limites, appelant au passage la France, en des mots assez durs, à songer à remédier aux divergences de puissance économique entre les Etats de l’eurozone. (...)"