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13 avril
2012

Le modèle allemand est perfectible, mais il est encore trop méconnu ! (Le Monde)

" Il a beaucoup été question, ces derniers temps, du "modèle allemand". Je tiens à être clair : l’Allemagne ne se considère pas comme le pays idéal que tous les autres devraient prendre en exemple. Elle aussi ses problèmes : un niveau d’endettement élevé et un faible taux de natalité, notamment. Le système économique et social allemand fait l’objet d’analyses souvent très justes mais j’entends également de nombreuses demi-vérités. C’est pourquoi j’aimerais rétablir quelques faits.

Concernant le chômage. Début 2004, l’Allemagne était la "championne du monde des délocalisations d’emplois" et comptait 5 millions de chômeurs, contre 3 millions aujourd’hui. Qu’est-ce qui explique cette évolution ? Face aux effrayants chiffres du chômage de l’époque, le gouvernement fédéral, en coopération avec les syndicats, a adopté une politique visant à relancer l’emploi. Si préserver un emploi suppose d’assouplir les modèles de temps de travail et de recourir au temps partiel ou au chômage partiel, cela vaut généralement mieux pour les salariés comme pour les entreprises que des licenciements.

Pendant la crise économique de 2008, le chômage partiel a par exemple été simplifié en accord avec les syndicats afin de permettre aux salariés de garder leur emploi et aux entreprises de conserver le savoir-faire de leurs salariés. Aujourd’hui, la situation est différente : de nombreux postes sont vacants et l’Allemagne cherche de la main-d’œuvre qualifiée. Le fait qu’il reste malgré tout 3 millions de chômeurs montre que la qualification des chômeurs constitue un enjeu majeur. (...)"

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12 décembre
2014

Quand le champagne parlait allemand

Article de Jérôme Baudouin paru dans l’édition du Monde datée du 11 décembre 2014

De nombreuses marques, dont Heidsieck, Mumm, Deutz, Krug ou Bollinger, ont une origine germanique. Méconnue, cette singularité est pourtant ancrée dans l’histoire du vignoble et des relations franco-allemandes.

Au 5, rue Coquebert, à Reims, les grands bâtiments en brique et pierre de taille blonde se cachent derrière un imposant portail en acier à la couleur indéfinie. Une couleur signant pourtant une identité, que l’on retrouve sur les étiquettes des prestigieuses cuvées du champagne Krug. Une couleur qui raconte l’histoire de ce vin exceptionnel et qui tire son origine d’un carnet en cuir, fermé par un cadenas, présenté dans une vitrine du hall d’entrée de la maison de champagne rémoise, comme un trophée. Un petit carnet couleur « cerise noire ». Telle est donc l’origine de la fameuse couleur Krug.

Tout l’héritage du fondateur allemand se trouve dans cet objet. Joseph Krug, y a inscrit, en 1848, ses recommandations pour élaborer un champagne d’exception, tel qu’il le concevait. « Cela pourrait être considéré comme un carnet de notes comme on peut en trouver tant d’autres, mais il l’écrit pour son fils unique Paul, alors âgé de 6 ans. Joseph est devenu père très tard, à 42 ans, en 1842, au moment de créer sa maison de champagne. Si bien qu’il écrit ce carnet pour un enfant », raconte avec émotion Olivier Krug, représentant de la sixième génération de la famille Krug.

Lire l’intégralité de l’article sur le site du Monde (payant)

4 décembre
2014

"Politique d’investissement et finances publiques saines ne sont pas contradictoires"

Tribune conjointe de Harlem Désir, Secrétaire d’État aux Affaires européennes, et de son homologue allemand Michael Roth, parue sur le Huffington Post le 4 décembre 2014 et dans la Frankfurter Rundschau datée du 3 décembre 2014.

Les projets sont les rêves de ceux qui réfléchissent, a-t-on coutume de dire. Nous vivons aujourd’hui en Europe une époque dans laquelle les projets sont à nouveau à l’honneur. Le Plan de la Commission Juncker ainsi que l’initiative commune de MM. Gabriel et Macron en faveur de davantage d’investissements le prouvent : un vent nouveau souffle aujourd’hui sur notre continent. Nous sommes enfin parvenus à une manière nouvelle d’appréhender la crise et de préparer l’avenir.

Règne enfin en Europe l’idée que politique d’investissement et finances publiques saines ne sont pas contradictoires. Ce débat idéologique est derrière nous et c’est, à n’en pas douter, un grand pas en avant. Il ne s’agit plus aujourd’hui de choisir entre deux options soi-disant inconciliables. Pour remettre l’Europe sur les rails de la croissance, nous avons besoin d’un "mix" intelligent de mesures d’ajustement budgétaires, de réformes structurelles, mais aussi d’investissements dans l’économie réelle et d’un système social performant et juste. Nous ne devons pas opposer ces éléments, mais les combiner, afin de parvenir à un nouvel équilibre.

La France et l’Allemagne soutiennent le programme d’investissements proposé par la Commission. Avec d’autres de nos partenaires au sein de l’UE, nous avons insisté pour que ce soit l’Union Européenne dans son ensemble qui prenne cette initiative, et non pas quelques Etats membres. C’est en effet toute l’Europe qui souffre depuis plusieurs années déjà d’un blocage en matière d’investissement ; c’est donc seulement ensemble que nous sortirons de cette crise.

La proposition de la Commission ouvre une piste : mobiliser, au cours des trois prochaines années, des investissements à hauteur de 315 milliards d’euros en utilisant intelligemment un ensemble d’instruments financiers, avec, comme mise de départ, un apport de fonds publics. Pour chaque euro d’argent public investi, ce seraient ainsi 15 euros qui seraient, au final, consacrés à la relance d’une économie européenne aujourd’hui vacillante. Un million de nouveaux emplois pourraient être ainsi créés au bout du compte, et le PIB de l’UE pourrait ainsi croître de 330 milliards d’euros.

En outre, les moyens mis à disposition devraient pouvoir être rapidement mobilisés. C’est une bonne chose. Nous travaillerons ces prochaines semaines à enrichir cette proposition et à la faire aboutir le plus rapidement possible.

Il importe désormais que cet argent puisse aller là où il est le plus nécessaire. Nous aimerions à cet égard souligner deux points : il est tout d’abord impératif d’investir prioritairement dans les secteurs les plus porteurs d’avenir, avec une forte valeur ajoutée européenne : énergie, numérique, éducation, recherche, infrastructures de transport. L’Europe entière a besoin d’investissements, mais c’est dans les Etats aujourd’hui en crise, où le chômage est élevé et la croissance toujours atone, que le besoin se fait particulièrement sentir et que les projets devront en priorité être soutenus.

Des moyens supplémentaires peuvent encore être mis à disposition. Les Etats membres auront par exemple la possibilité - soit directement soit par l’intermédiaire de leurs banques de développement -d’abonder en capital le Fonds d’investissement nouvellement crée. Les moyens ainsi investis bénéficieront d’un traitement favorable par la Commission dans le cadre de l’évaluation budgétaire annuelle prévue par le Pacte de Stabilité et de Croissance. Cette décision est juste, car la situation économique difficile exige d’investir pour l’avenir. Les récents débats sur les flexibilités du Pacte auront donc, n’en doutons pas, contribué à davantage de clarté.

La France et l’Allemagne, en tant que principales puissances économiques du continent, portent une responsabilité particulière en matière de richesse, de croissance, d’emploi et de stabilité sociale en Europe. Nous le savons : les investissements constituent à cet égard un élément décisif. Mais l’argent seul ne suffira pas à résoudre tous les problèmes. La confiance ne reviendra que si les conditions nécessaires à son retour sont réunies. C’est pourquoi nous souhaitons résolument continuer à avancer sur la voie des réformes structurelles et lever les obstacles aux investissements qui existent encore dans nos pays respectifs.

C’est un chemin difficile que la France et l’Allemagne sont prêtes à parcourir ensemble. La France a déjà engagé de nombreuses réformes pour assainir sur la durée ses finances publiques, simplifier son organisation territoriale, renforcer sa compétitivité et lutter contre le chômage. L’Allemagne aussi a mis en œuvre des réformes courageuses mais il reste encore beaucoup à faire. Même si la situation budgétaire y est aujourd’hui satisfaisante et les chiffres du chômage plutôt bons, la trajectoire de croissance à long terme ainsi que la démographie sont sources de préoccupations. L’Allemagne et la France peuvent et doivent donc mieux faire pour soutenir ensemble leur croissance future et leur modèle social élevé.

Renverser la tendance demande davantage qu’un plan, aussi bien pensé soit-il. Notre détermination à mettre ces projets en œuvre et la créativité dont nous ferons preuve pour les réaliser seront tout aussi décisives. C’est à cette aune que nous serons, au bout du compte, jugés.

Ne l’oublions jamais : le projet de marché commun n’était lui aussi, au départ, qu’un morceau de papier. Sans le soutien sans faille des Etats et des gouvernements aurait-il connu le succès qui est le sien aujourd’hui ? Assurément non. Alors oui, c’est vrai : les projets sont les rêves des gens qui réfléchissent. Il nous reste maintenant à prouver que nous ne nous contentons pas de rêver : aux actes !

3 novembre
2014

"Taxe sur les transactions financières : cessons de tergiverser"

Tribune de Michel Sapin, Ministre des finances et des comptes publics, publiée le 3 novembre 2014 dans Les Echos et la Handelsblatt, quotidien économique allemand, présentant les propositions françaises pour la taxe européenne sur les transactions financières.

L’Europe a besoin d’un accord qui jette les bases d’une coopération fiscale renforcée. Nous proposons un dispositif efficace qui ne fasse pas fuir l’activité financière.

Vendredi, à Bruxelles, les ministres européens des finances débattront du projet de taxe sur les transactions financières. Je porterai au nom du gouvernement des propositions pour rendre une première étape concrète. Le 6 mai dernier, 11 pays ont pris l’engagement d’adopter des solutions concrètes d’ici la fin de l’année, pour mettre en œuvre une taxe commune sur les transactions financières avant le 1er janvier 2016. Les six derniers mois ont permis de beaucoup progresser et un accord est désormais à portée de main si chacun prend ses responsabilités. C’est une occasion historique de faire avancer l’harmonisation fiscale en Europe et de lutter contre la spéculation.

La France veut contribuer à un accord ambitieux et pragmatique. Un accord qui permette de taxer efficacement les transactions sans faire fuir l’activité financière en dehors de nos pays. Faute de quoi, nous perdrions sur les deux tableaux : la taxe ne rapporterait rien et l’activité financière se délocaliserait. C’est tout l’enjeu des discussions que nous mènerons vendredi.

Je porterai des propositions concrètes, en ayant toujours à l’esprit le principe de base d’une taxation des transactions financières : mettre un frein efficace aux transactions dangereuses pour l’économie réelle. Les considérations de rendement sont secondaires par rapport à ce principe.

La base de la nouvelle taxe, ce sera de taxer les transactions sur les actions cotées. Cette taxe existe déjà dans plusieurs pays et rapporte en France, par exemple, plus de 800 millions d’euros par an qui permettent de financer notamment le développement. Les Etats qui le souhaitent pourront l’étendre aux actions non cotées.

Nous devons nous assurer que nous préservons nos recettes fiscales dans la durée. L’expérience montre que la seule solution qui ne fait pas disparaître l’assiette est de taxer les transactions sur les actions des entreprises établies dans le pays, quel que soit le lieu de la transaction ou de l’intermédiaire financier : c’est le « principe d’émission ». C’est le choix qu’a fait la France et ce n’est pas un hasard si l’Italie fait de même. Certains de nos partenaires préfèrent un principe dit « de résidence », qui taxe les transactions réalisées par les intermédiaires financiers situés sur leur territoire. Mais les transactions sont facilement délocalisables et sont plus mobiles que les entreprises elles-mêmes. Ma proposition est un compromis qui fait gagner tout le monde : appliquer le « principe d’émission » pour déterminer l’assiette de la taxe (c’est-à-dire taxer les transactions sur les actions des entreprises dont le siège social est dans un des 11 pays participants) et appliquer le « principe de résidence » pour déterminer l’Etat bénéficiaire de l’impôt levé (ainsi, pour une action d’une entreprise française achetée par une banque portugaise, la recette irait au Portugal ; si cette même action est achetée par une banque française, ou une banque d’un pays autre que les 11, la recette irait à la France).

Nous devons aussi taxer les dérivés qui contribuent à la spéculation.

Je propose de taxer dans une première étape les transactions sur ce qu’il est convenu d’appeler les Credit Default Swaps qui ne passent pas par des chambres de compensation. Ces transactions sont purement spéculatives et extrêmement dangereuses : elles peuvent être utilisées pour déstabiliser des Etats ou des entreprises puisqu’elles parient sur le risque qu’un émetteur fasse défaut et contribuent ainsi, par pur appât du gain, à le faire chuter.

Certains pourront regretter que nous ne taxions pas dès le départ la totalité des transactions. Ma proposition est ciblée, mais au moins, elle fonctionne ! Penser que nous pouvons engranger des dizaines de milliards d’euros sans que les transactions financières ne migrent vers des cieux où la taxe n’existerait pas, c’est aujourd’hui un fantasme dangereux ou un rêve futile !

Depuis mon arrivée, je me suis fixé un objectif : mettre enfin en œuvre une taxe qui préserve et protège la bonne finance et le financement de notre tissu économique, tout en apportant une contribution significative au financement d’actions en faveur du développement.

Je promouvrai vendredi cet équilibre auprès de mes partenaires européens. Nous devons réussir sur ce dossier important pour l’avenir de l’intégration européenne : la taxe sur les transactions financières sera la première coopération renforcée en matière fiscale. Il est temps de passer à l’acte !

15 octobre
2014

"Soyons unis face aux crises !" - Tribune de Laurent Fabius parue dans "Le Figaro" et dans la "Frankfurter Allgemeine Zeitung" le 15 octobre 2014

Pour la première fois, un ministre des Affaires étrangères français participe ce mercredi au Conseil des ministres allemand - comme, il y a cinq mois, le ministre des Affaires étrangères allemand au Conseil des ministres français.

Certains jugeront peut-être qu’il ne s’agit que d’une image supplémentaire d’une amitié franco-allemande fatiguée. Ils auraient tort et méconnaîtraient deux réalités : la profondeur des relations entre nos deux pays et la gravité des crises auxquelles nous devons faire face ensemble.

Bien sûr, des différences existent entre nous. Nos cycles politiques et économiques ne sont pas identiques. Nos sociétés réagissent à leur histoire propre, à leurs mythes, à leurs illusions parfois. Ces différences peuvent tenir à des malentendus : il nous revient de les lever. Elles peuvent aussi résulter de motifs de fond : c’est alors que le dialogue et la concertation doivent permettre de parvenir à la bonne solution.

Ceux qui pensent pouvoir lire dans les débats qui nous animent un déclin de la relation franco-allemande font fausse route. Ceux qui croient bon de réveiller les vieux spectres de l’animosité à l’égard du voisin s’agitent en vain. L’amitié entre nos deux pays est très solide et dépasse, heureusement, les vicissitudes de court terme.

Car nous avons à faire face, Allemagne et France, au même monde de tous les dangers : crise géopolitique aux portes de l’Europe, en Ukraine ; crises en Syrie, en Irak, en Libye avec l’apparition de nouvelles puissances terroristes ; crise sanitaire avec l’épidémie du virus Ebola ; crise climatique face à la croissance incontrôlée des émissions de gaz à effet de serre qui menace notre planète.

Face à ces défis inédits par leur amplitude et leur simultanéité, nous devons agir et nous agissons main dans la main avec mon homologue et ami allemand Frank-Walter Steinmeier afin d’y répondre et de contribuer à construire notre avenir commun.

En Afrique, notre contribution commune face aux menaces terroristes qui mettent les États en péril est indispensable. Au Mali, nous avons mobilisé la brigade franco-allemande au sein de la mission européenne chargée de la formation des forces armées. Nous connaissons les contraintes institutionnelles avec lesquelles nos amis allemands prennent ces décisions : nous n’en apprécions que davantage cet engagement. En Ukraine, nous travaillons ensemble à la recherche d’une solution politique. Pour l’atteindre, nous sommes disposés à apporter, unis, une contribution à la surveillance du cessez-le-feu. En Irak et en Syrie, notre réponse aux terroristes de Daech est concertée sur les plans politique et logistique.

De même, pour lutter contre le fléau d’Ebola, nous avons d’emblée coordonné nos actions, déployé du personnel médical dans des zones difficiles et mobilisé nos contributions. Afin d’acheminer le personnel et l’aide nécessaire aux pays touchés par l’épidémie, nos deux pays ont mis en place un pont aérien. Dans les prochains jours, nous devrons nous tenir prêts à mobiliser encore davantage nos capacités et celles de nos partenaires pour répondre à l’expansion de l’épidémie.

Au-delà de la réponse à ces crises, nous travaillons main dans la main à une réponse internationale face au défi climatique qui menace la planète. La France et l’Allemagne démontrent qu’avec des caractéristiques différentes l’unité est possible pour atteindre des objectifs ambitieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. D’ici à la Conférence des Nations unies sur le climat que la France accueillera en décembre 2015 et dans le contexte de la présidence allemande du G7, nos deux pays agiront de concert pour convaincre et faire avancer ce dossier majeur.

La leçon de ces actions conjointes est simple : la France et l’Allemagne portent une responsabilité particulière en Europe, héritée de l’Histoire et de leur poids. Dans des circonstances nouvelles, nos deux pays doivent sans cesse réinventer un tandem efficace. Chacun sait qu’une Europe dans laquelle le couple franco-allemand n’est plus moteur perdrait sa dynamique.

En particulier par rapport à l’obsédante question du chômage, nous avons besoin de propositions communes pour stimuler l’investissement et la croissance. Si l’on veut poursuivre l’intégration européenne, si l’on souhaite que l’Europe pèse dans la résolution des crises, si l’on désire additionner les beaux principes de 1789 et de 1989, le partenariat franco-allemand est vital. C’est donc en conjuguant nos forces, en étant côte à côte pour les grands choix, que nous permettrons à notre continent d’être un des acteurs majeurs de demain. La communauté d’action entre la France et l’Allemagne est donc plus nécessaire que jamais au grand dessein européen, en relation étroite avec nos autres partenaires européens, à l’image du partenariat noué avec la Pologne dans le cadre du « triangle de Weimar », que j’accueillerai le 24 octobre à Paris.

Un mot plus personnel enfin. Lors de mon dernier passage à Berlin, j’ai pris quelques instants pour contempler la ville depuis les fenêtres de l’ambassade de France. Face à moi, la porte de Brandebourg, symbole de l’Allemagne d’aujourd’hui. Dans cette symbolique des lieux mêlant nos deux pays, je vois l’incarnation de l’amitié qui nous unit. Belle image de ce que sont nos liens : un atout puissant dans la période incertaine que nous traversons. Veillons à maintenir ces liens forts face au monde multi-crises qui nous entoure.

8 octobre
2014

Steinmeier, le ministre allemand devenu poids lourd de la diplomatie mondiale

Article de Frédéric Lemaître, correspondant à Berlin, publié dans l’édition du Monde datée du 3 octobre 2014 et reproduit avec l’aimable autorisation du quotidien.

Depuis quelque temps, Frank-Walter Steinmeier, le ministre allemand des affaires étrangères, sort régulièrement de sa poche un drôle de petit objet. Un cône métallique d’une dizaine de centimètres, très piquant. Une pointe anti-SDF que l’on met parfois devant les boutiques de luxe ou les résidences chics pour éviter que des pauvres ne viennent s’y installer. Pour ce passionné d’architecture et d’urbanisme, « cet objet extrêmement regrettable » est plus explicite que bien des analyses. « Il montre que nos sociétés occidentales ont le sentiment d’être menacées par la fureur du monde, mais aussi qu’elles ne croient pas disposer de parades efficaces », a-t-il expliqué, fin août, devant les ambassadeurs allemands réunis à Berlin.

Mais « l’Allemagne n’est pas une île » et aucun grillage ne saurait la protéger des soubresauts de la planète. « Mener une politique extérieure active n’est pas une idée sympa, c’est une nécessité existentielle. L’Allemagne est un peu trop grande et trop forte économiquement pour ne pas s’engager », explique-t-il fréquemment. Parce qu’il incarne mieux que tout autre cette nouvelle ambition allemande sur la scène internationale, Frank-Walter Steinmeier, 58 ans, est désormais reçu par les chefs d’Etat et de gouvernement. En Russie, il rencontre Vladimir Poutine. En Inde, le premier ministre, Narendra Modi. En mai, il a également été le premier titulaire de ce portefeuille à assister à un conseil des ministres à l’Elysée. De nouveau en visite à Paris les 2 et 3 octobre, Frank-Walter Steinmeier rencontre le premier ministre, Manuel Valls, outre son homologue Laurent Fabius.

En quelques mois, cet intellectuel discret est devenu un poids lourd de la diplomatie mondiale. En raison de l’importance de l’Allemagne bien sûr, mais aussi de son propre parcours. De fait, Frank-Walter Steinmeier a joué un rôle au moins aussi considérable ces quinze dernières années que son mentor, Gerhard Schröder, à qui il ressemble si peu, ou que sa rivale, Angela Merkel, à qui il peut davantage être comparé.

« LE PAYS AVANT LE PARTI »

Quand il est directeur de la chancellerie, de 1999 à 2005, il n’est pas seulement le bras droit de Gerhard Schröder : il devient son éminence grise. Si le chancelier social-démocrate incarne l’Agenda 2010, ces réformes sociales radicales qui vont transformer l’Allemagne, Steinmeier en est le principal inspirateur. Ministre des affaires étrangères d’Angela Merkel de 2005 à 2009, le pays lui doit un « partenariat pour la modernité » avec la Russie, dans la droite ligne des politiques suivies par Willy Brandt et Gerhard Schröder.

A l’instar de son ancien patron – parti entre-temps faire fortune chez Gazprom, la société russe première exportatrice de gaz du monde –, Frank-Walter Steinmeier est convaincu que la Russie veut se moderniser et se rapprocher de l’Europe. L’Allemagne, pense-t-il, peut en tirer le plus grand profit. Angela Merkel, qui connaît son Poutine depuis longtemps, est plus sceptique, mais elle laisse faire le ministre.

Candidat contre elle pour devenir chancelier en 2009, Frank-Walter Steinmeier ne réunit que 23 % des voix, le pire score réalisé par le Parti social-démocrate (SPD). Devenu président de groupe de son parti au Bundestag et donc chef de l’opposition au Parlement, il aurait pu mener la vie dure à Angela Merkel. Il n’en fait rien. Au contraire, de 2009 à 2013, sous sa direction, les sociaux-démocrates approuvent systématiquement la politique européenne de la chancelière. Certes, le SPD se dit favorable aux euro-obligations et hostile à la politique d’austérité, mais le parti soutient, de fait, la politique d’Angela Merkel. Une alliance contre nature qui sera déterminante. Comment la gauche européenne pourrait-elle s’opposer à une politique approuvée par le SPD ? « Le pays avant le parti » : telle est alors la devise de Steinmeier, convaincu que les électeurs sauront gré au SPD d’avoir accompli des réformes difficiles au début des années 2000 et d’avoir soutenu la politique européenne d’Angela Merkel.

Pari à moitié gagné. Certes, en 2013, le SPD revient au pouvoir, mais c’est à nouveau dans le cadre d’une grande coalition dirigée par Angela Merkel, au faîte de sa popularité. Ce chef de l’opposition qui aurait pu obtenir n’importe quel poste retrouve avec un plaisir non dissimulé le ministère des affaires étrangères. Il n’attendait que cela. En témoigne la passation de pouvoir avec son prédécesseur, le très décrié Guido Westerwelle, en décembre 2013. Loin de se contenter des quelques formules de circonstance, le ministre prononce devant ses troupes un véritable discours de politique générale sur l’état de la planète et le rôle – accru – que doit prendre l’Allemagne sur la scène internationale. Un credo qu’avec l’aide du président de la République, Joachim Gauck, et de la ministre de la défense, Ursula von der Leyen, il impose à Angela Merkel. Si la chancelière finit par être convaincue – en déstabilisant l’Ukraine, Vladimir Poutine ne lui a pas laissé le choix –, les Allemands restent réservés. Seuls 37 % d’entre eux approuvent une politique étrangère plus active. Mais Frank-Walter Steinmeier n’en a cure.

Car ce fils de menuisier, encarté au Parti social-démocrate depuis 1975 – il a alors 19 ans –, est avant tout protestant. « Cela signifie à mes yeux être responsable de ce que l’on fait, mais aussi de ce que l’on ne fait pas », dit-il. Depuis quinze ans, son plus proche collaborateur est un pasteur d’Allemagne de l’Est, Stephan Steinlein. « Etre chrétien, c’est pour moi adopter quatre attitudes fondamentales », a récemment expliqué le ministre devant une assemblée de fidèles protestants. La première : « Avoir ses propres convictions. Y être fidèle même quand elles sont impopulaires. » D’où son engagement en faveur d’un rôle accru de l’Allemagne sur la scène internationale. La deuxième : « Chacun est en mesure de se former. Et de se forger sa propre opinion. » Une clé pour comprendre la pression que l’Agenda 2010 met sur les chômeurs pour qu’ils se forment et reprennent un travail. La troisième : « Il faut connaître ses limites et avoir le courage de faire des petits pas. » En découlent ses innombrables coups de fil avec son homologue russe Lavrov pour dénouer la crise ukrainienne. Enfin la quatrième : « Il faut soutenir les différences et accepter la diversité. » L’embauche d’une jeune femme apatride d’origine palestinienne pour être sa porte-parole adjointe, une véritable révolution pour le « Quai d’Orsay allemand », en est un témoignage.

L’entourage d’Angela Merkel apprécie ce ministre qui redonne du lustre à la diplomatie allemande sans faire de l’ombre à la chancelière : « Il n’a qu’un défaut : il est social-démocrate et reste donc un adversaire politique », confie un proche de cette dernière. Les Allemands aussi apprécient cet homme qui, en 2010, n’a pas hésité à s’arrêter plusieurs semaines pour donner un rein à sa femme.

« IL AURAIT PU RECEVOIR LE NOBEL DE LA PAIX »

Depuis son entrée en fonctions, Frank-Walter Steinmeier forme avec le président Gauck et Angela Merkel le trio de tête des responsables politiques les plus populaires. Sa défaite de 2009 et les crises qui secouent la planète l’ont rendu modeste. « Le diplomate est parfois comme un singe qui sort un poisson de l’eau en pensant qu’il se noie et qui, après la mort de celui-ci, s’en veut de ne pas être intervenu quelques minutes plus tôt », reconnaît-il. Au fil des années, lui-même est devenu plus grave. Il n’est plus tout à fait le bon vivant qu’il était en 2005 quand, au cours de ses voyages, il multipliait les confidences autour d’une bière.

Rigoureux envers lui-même, il rêve d’un monde fidèle à ses convictions héritées des Lumières et d’Emmanuel Kant. En visite à Kaboul, début septembre, c’est au nom de la raison et de la responsabilité de l’homme politique qu’il tente de convaincre les deux successeurs potentiels du président Karzaï de taire leurs divergences et de former un gouvernement d’union nationale. « Dans un monde devenu non pas multipolaire mais “non polaire” », Frank-Walter Steinmeier est convaincu que la diplomatie ne doit surtout pas baisser les bras. Son coup de maître : la visite organisée le 20 février, à Kiev, avec ses homologues français, Laurent Fabius, et polonais, Radoslaw Sikorski. « Rien que pour cela, il aurait pu recevoir le Nobel de la paix », reconnaît le député écologiste Omid Nouripour, pourtant prodigue en critiques sur le ministre.

« IL Y A TOUJOURS DES ALTERNATIVES À LA GUERRE »

Depuis, cet Allemand qui aime à raconter sa traversée de la France en 2CV dans les années 1970 travaille main dans la main avec Laurent Fabius mais a pris, sans le dire, ses distances avec la Pologne. Comme s’il fallait ne pas froisser Moscou. Car Vladimir Poutine – un nom qu’il ne prononce que rarement, préférant parler de « la Russie » – reste une énigme qu’il n’a manifestement pas réussi à déchiffrer. « De fait, je ne pensais pas qu’on remettrait un jour les frontières de l’Europe en question », reconnaît-il. « Après la crise, la Russie restera notre plus grand voisin », a glissé Steinmeier devant les ambassadeurs allemands. « Il sous-estime totalement les atteintes aux droits de l’homme en Russie », s’insurge Omid Nouripour. « Sur la Russie, il n’a pas encore trouvé ses marques. Il gère mais n’a pas vraiment de vision », regrette un dirigeant de la CDU.

Néanmoins, rien ne l’énerve plus que les déclarations d’un David Cameron comparant l’attitude des Européens face à Poutine, en particulier les Allemands, à celle des Britanniques et des Français face à Hitler en 1938. « C’est l’inverse. Dès le début, l’Europe unie a dénoncé l’invasion de la Crimée et pris des sanctions contre la Russie. Nous avons au contraire tiré les leçons de 1938 », explique-t-il, convaincu qu’« il y a toujours des alternatives à la guerre ». Steinmeier a aussi foi dans la diplomatie.

1er octobre
2014

« L’Allemagne fait confiance à la France » - Tribune de Frank-Walter Steinmeier parue dans Le Figaro du 2 octobre 2014

Cette année, je suis à Paris pour la Journée de l’unité allemande. Ce n’est pas un hasard mais le symbole de notre détermination à construire l’avenir aux côtés de la France. Mon homologue français Laurent Fabius viendra bientôt à Berlin assister à notre Conseil des ministres. Célébrer ensemble notre Fête nationale et nous donner mutuellement accès à nos plus hautes instances décisionnelles reflètent le profond sentiment de confiance qui a grandi entre nous en l’espace d’un demi-siècle et qui, aujourd’hui, malgré tout, ne va pas de soi.

La France et l’Allemagne sont deux nations conscientes de leur valeur, qui se sont tournées l’une vers l’autre dans un esprit d’amitié. Cette amitié connaît également des tensions. Un aphorisme connu pointe du doigt la complexité de notre partenariat : les Allemands aiment les Français mais ne reçoivent en retour que du respect ; les Français, eux, réclament du respect mais ne reçoivent de nous que de l’amour. Où en sommes-nous en matière d’amour et de respect ?

Au vu des débats franco-allemands qui occupent l’espace public, on peut parfois se demander si ce couple se regarde encore dans les yeux. Les polémiques qui se nourrissent d’expressions telles qu’« incapacité à réformer » et « laxisme budgétaire », « discipline de fer » et « obsession de l’austérité » empoisonnent l’atmosphère. Avoir le regard rivé sur le porte-monnaie occulte une grande partie de ce sur quoi repose en réalité notre amitié.

Il ne fait aucun doute qu’avec notre marché intérieur commun et l’euro, nos destinées économiques sont étroitement liées. Si la France est mal en point, c’est un attaquant décisif qui fait défaut à l’équipe d’Europe. Et si l’Europe est éliminée de la Ligue 1, nous, Allemands, serons touchés tout aussi durement.

Avec un grand courage, le gouvernement français a engagé des réformes et je ne doute pas que la France respectera les règles de stabilité fixées ensemble. J’ai confiance dans sa détermination à maintenir ce cap malgré les vents contraires. Oui, toutes ces questions sont importantes. Mais devons-nous pour autant laisser les relations franco-allemandes se réduire au pacte de stabilité et de croissance ? Ceux qui ne voient plus en elles que des données budgétaires n’ont pas encore compris ce qui se passe dans le monde.

Dans le voisinage de l’Europe se produisent des bouleversements dramatiques qui menacent la paix dans le monde ainsi que notre sécurité. Je ne me rappelle pas que nous ayons déjà été confrontés à autant de crises graves simultanément.

Nous avons plus que jamais besoin d’une Europe solidaire. Dans chacun des conflits qui se jouent actuellement, que ce soit en Ukraine, au Proche et Moyen-Orient ou en Afrique, l’Allemagne et la France agissent de concert. Notre solidarité est un signal politique. Il y a en outre une grande différence pour l’Allemagne et la France entre agir seule et agir en sachant que nous pouvons mutuellement compter sur nos connaissances et capacités politiques, diplomatiques et militaires.

Dans ce contexte, nous concerter avec Paris est une priorité absolue. Ma première entrevue avec Laurent Fabius a eu lieu le jour même de mon entrée en fonction. Elle a été suivie de nombreux autres moments décisifs : nous étions en compagnie de notre homologue polonais à Kiev lorsque la place Maïdan s’est embrasée ; nous étions ensemble en Moldavie, en Géorgie et en Tunisie – pour réfuter l’idée selon laquelle l’Allemagne s’occupe surtout de l’Europe de l’Est et la France, de ses voisins méridionaux. Nous nous rendrons prochainement ensemble au Nigeria. Lorsque Paris et Berlin apparaissent côte à côte sur la scène internationale, elles laissent une empreinte plus profonde. En mutualisant nos ressources, comme nous projetons de le faire en établissant un pont aérien en Afrique de l’Ouest pour lutter contre l’épidémie d’Ebola, nous pouvons obtenir de bien meilleurs résultats.

J’ajouterai ceci : dans un monde qui semble partir à vau-l’eau, nous devons préserver ensemble le socle de valeurs de l’Europe. Aux quatre coins de l’Europe s’élèvent les voix de populistes dont le discours flatte les égoïsmes nationaux et délivre un message de repli et d’intolérance. Ensemble, nous sommes décidés à faire front contre les démagogues. Sur le plan national comme au-delà de nos frontières, si la France et l’Allemagne ne marchent pas résolument dans la même direction, elles se causent du tort, à elles-mêmes mais aussi à beaucoup d’autres.

Voilà autant de bonnes raisons de nous respecter mutuellement. Il y a aussi des millions d’hommes et de femmes dans nos deux pays qui, depuis des décennies, font de l’amitié franco-allemande une affaire de cœur. C’est grâce à eux si notre partenariat n’est pas purement administratif mais aussi profondément enraciné, de Kiel à Biarritz. Sans ces liens affectifs, nos voisins français nous auraient-ils, il y a vingt-quatre ans, accordé leur confiance, une condition indispensable pour réunifier l’Allemagne ? Le projet franco-allemand et l’oeuvre de paix européenne dans laquelle l’Allemagne réunifiée a trouvé sa place vivent de cette confiance. Et elle va nous aider à nous frayer un chemin constructif vers l’avenir.

3 juillet
2013

Dijon : deux journées pour fêter l’amitié franco-allemande (Le Bien Public, 2/07/13)

"Le week-end dernier, se sont déroulées, à Dijon, les 17es Journées de Rhénanie-Palatinat, organisées par la Maison du même nom.

Le logo de la Maison de Rhénanie Palatinat à Dijon.

Samedi, l’Allemagne était à l’honneur à Dijon. L’événement “Was ist das Rue Buffon ?” a été l’occasion de rappeler les attaches du couple franco-allemand et l’amitié entre Bourguignons et Rhénans-Palatins.

Les festivités ont débuté au marché des Halles par une matinée découverte. Un Comptoir allemand a été installé à la grande joie des amateurs de nouveauté et de vin. À la carte, différents blancs des domaines Hammel-Hundinger et Bühler ont pu être dégustés et achetés. « Notre stand est très fréquenté, nous avons même des clients réguliers qui reviennent chaque année ! », sourit Gerald Hundinger, vigneron allemand. Après un accueil chaleureux et des vins de qualité, il a été tentant de s’arrêter plus ­longuement au comptoir. Mais la journée était loin d’être terminée ! (...)"

Lire l’intégralité de l’article sur le site du Bien Public

20 décembre
2012

Le couple franco-allemand vu par lui-même (La Croix, 18/12/12)

De sensibilités différentes, les gouvernements français et allemand s’efforcent de préserver l’image d’un duo uni.
Michael Link, ministre allemand des affaires européennes et Bernard Cazeneuve, son homologue français, ont reçu La Croix à Paris, pour faire le point sur cette amitié spéciale qui sera fêtée dans un mois pour les 50 ans du traité de l’Élysée.

" Le couple franco-allemand se porte bien, merci ! Un mois avant les célébrations du 50e anniversaire du traité de l’Élysée, le 22 janvier, qui traça le chemin d’une amitié inédite entre les anciens ennemis,
Paris et Berlin s’efforcent de délivrer un message optimiste et rassurant.
Il s’agit de dissiper l’idée que le mécanisme de leur relation, habituellement à l’origine de compromis qui entraînent le reste de l’Union européenne, puisse être grippé, compte tenu des différences entre une Angela Merkel chrétienne démocrate et un François Hollande
socialiste.

De part et d’autre du Rhin, les responsables refusent tout alarmisme.
« Parfois,les points de départ sont différents, c’est absolument normal pour des gouvernements de sensibilité politique différente »,explique à La Croix Michael Link, ministre allemand délégué aux affaires européennes. Son homologue français, Bernard Cazeneuve, en convient aussi :« Nous ne sommes pas toujours d’accord. » Mais dans l’expression de ces désaccords, le ministre français veut voir une vertu. « Nous avons décidé de nous dire les choses et nous adossons nos compromis à cette franchise, poursuit-il. C’est la raison pour laquelle ils sont plus solides encore qu’ils ne l’étaient auparavant. » (...)"

29 novembre
2012

Des diplômés franco-allemands récompensés

"Neuf jeunes chercheurs, Français et Allemands, reçoivent chacun, jeudi 29 novembre à Berlin, un prix récompensant leur parcours universitaire de part et d’autre du Rhin et la qualité de leur recherche.

Les prix sont attribués par l’Université franco-allemande.

L’un a fait des expéditions en Antarctique, un autre a étudié le lobbying automobile allemand, une autre, la façon dont la philosophie de Descartes fut reçue outre-Rhin et comment son rejet participa à l’avènement du totalitarisme. Ils ont, pour la plupart, une vingtaine d’années.

Surtout, ils ont suivi un parcours universitaire entièrement franco-allemand. C’est l’exemplarité de ce cursus que récompense, ce 29 novembre à l’ambassade de France à Berlin, les prix d’excellence remis à cinq diplômés et les prix de la meilleure thèse, à quatre chercheurs, à parité hommes-femmes.(...)"

En savoir plus ?Le prix de thèse de l’Université franco-allemande.

27 novembre
2012

France-Allemagne, une histoire culturelle (L’Express)

Les relations franco-allemandes ont été nourries par des intellectuels, des artistes et ont permis aux deux nations de forger une identité européenne forte. Retour sur une histoire des idées où l’on croise Voltaire, Kant, Madame de Staël, Goethe, Benjamin, Sartre...

" Si la relation privilégiée nouée depuis quelques décennies entre la France et l’Allemagne contraste heureusement avec l’hostilité qui a prévalu dans la période précédente, elle s’inscrit toutefois dans une longue et riche histoire commune, faite d’échanges et d’influences réciproques, au cours de laquelle les deux cultures se sont nourries et inspirées l’une de l’autre comme peu d’autres en Europe.

La circulation des idées et des élites intellectuelles de part et d’autre du Rhin est ancienne. Ainsi, dès le Moyen Age, Maître Eckhart, principal représentant du mysticisme rhénan et l’un des tout premiers philosophes à s’exprimer en allemand, enseigne à Paris. (...)

La révocation de l’édit de Nantes en 1685, qui chasse des milliers de huguenots de la France vers la Prusse, marque une étape décisive dans l’histoire des échanges intellectuels entre les deux pays. Certains des protestants qui prennent le chemin de l’exil vont en effet jouer un rôle de premier plan parmi l’Aufklärung, les Lumières allemandes. C’est le cas de Jean-Henri Samuel Formey, collaborateur de l’Encyclopédie et secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences de Berlin, une institution qui comptera en son sein, tout au long du siècle, de nombreux Français, comme Maupertuis, qui la préside à partir de 1745, La Mettrie ou encore d’Alembert. Venus à Berlin à l’invitation du roi de Prusse, Frédéric II - qui est un admirateur des Lumières françaises et tient l’allemand pour une langue barbare -, ils y sont rejoints, en 1750, par Voltaire. Celui-ci est pendant trois ans l’hôte du roi au château de Sans-Souci, à Potsdam. Il aide Frédéric, qui se pique de poésie et de philosophie, à rédiger ses textes ... en français, bien sûr.

(...) Le dialogue franco-allemand ne va pas là non plus sans malentendus ni contradictions. Il demeure malgré tout un élément fondateur de l’identité culturelle européenne. "

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