Le regard porté sur le pays voisin au cinéma et l’histoire des relations cinématographiques entre l’Allemagne et la France ont une longue et riche tradition — « Jules et Jim » de Truffaut, par exemple, qui fuyaient la Première Guerre mondiale dans la Forêt noire ou l’adaptation cinématographique d’“Un amour de Swan” de Marcel Proust par Volker Schlöndorff.
Cette tradition se reflète aussi dans de nombreux accords, institutions et festivals : en 1990 a été fondée la chaîne de télévision franco-allemande ARTE ; l’académie franco-allemande du cinéma a été créée en 2 000 par Gerhard Schröder et Jacques Chirac et en 2001 a été signé l’accord cinématographique franco-allemand. A cette occasion, le ministre de la culture allemand de l’époque, Julian Nida-Rümelin déclarait : « Le film européen ne peut s’affirmer à terme que si les productions nationales coopèrent ». Il a cependant dû avouer que l’Allemagne avait des choses à apprendre de la France en ce qui concerne le rapport au film en tant que bien culturel. Sa collègue française Catherine Tasca aurait précisé lors de la signature : « Le cinéma forge l’identité d’une nation ».
Les chiffres
Un coup d’œil sur les statistiques confirme le fait qu’en France, le cinéma, et surtout le cinéma français, joue un rôle plus important que le cinéma en Allemagne. Le nombre de spectateurs en 2007 était en France, avec 177,7 millions, presque d’un tiers supérieur au chiffre allemand ; en moyenne, les Allemand vont 1,52 fois par an au cinéma, les Français 2,78. En France, la part des productions cinématographiques françaises est elle aussi, avec un taux de 36,5 %, nettement supérieure à celle des productions cinématographiques allemandes en Allemagne, qui se situait en 2007 à 18,9%. C’est en France qu’a lieu chaque année le plus célèbre des festivals cinématographiques, le festival de Cannes et l’intérêt pour les films français ne se dément également pas sur d’autres marchés cinématographiques. Ainsi, Marion Cotillard a reçu l’Oscar de la meilleure actrice en 2008 pour son interprétation d’Edith Piaf dans le film « La môme ». Et même en Allemagne, le cinéma français paraît être une véritable alternative au cinéma venu d’Hollywood.
Cependant, l’Allemagne n’est pas la seule à pouvoir profiter d’échanges cinématographiques renforcés. Depuis une bonne dizaine d’années, le cinéma allemand connaît également un essor. “Cours, Lola, cours” en 1998, a marqué le début de toute une série de films remarqués à l’échelle internationale. Des films comme “Good bye Lénine”, “La chute”, “La vie des autres” ou “La Bande à Baader” abordent divers chapitres de l’histoire allemande et ont été très bien accueillis à l’étranger, ainsi “La vie des autres” a reçu un Oscar en 2007, comme cela avait déjà le cas en 2003 pour le film “Nulle part en Afrique”. De plus, il s’est constitué en Allemagne au cours des dernières années un groupe de metteurs en scène qui, sous le nom d’Ecole de Berlin, est devenu presque plus connu en France qu’en Allemagne et auquel la critique cinématographique française a donné le label de « Nouvelle vague allemande ». Surtout, le Festival cinématographique de Berlin, la Berlinale, est devenu l’un des plus fréquentés au monde (430 000 visiteurs en 2007).
Promotion cinématographique et coproductions
Le 30 novembre 1999, le chancelier fédéral, Gerhard Schröder, a souligné lors d’un discours devant l’Assemblée nationale française l’importance d’une “affirmation culturelle de l’Europe”. « C’est particulièrement évident dans l’industrie cinématographique, qui jouit d’une longue tradition dans nos pays. Nous devrions dans ce domaine unir nos ressources, nos talents et nos imaginations » a t-il précisé. Peu après, dans son discours sur l’Europe au Bundestag, en l’an 2000, Jacques Chirac a accepté cette proposition et a déclaré : « Rendons à nos artistes, à nos écrivains, le goût et les moyens de composer et de créer chez l’autre. »
C’est ainsi que le 26 juin 2000, à Berlin, en présence du chancelier fédéral Gerhard Schröder et du président Jacques Chirac, a été fondée l’Académie franco-allemande du cinéma. Cette académie, placée sous la tutelle du Centre national du Cinéma à Paris et du Délégué du gouvernement fédéral à la culture et aux médias, en Allemagne, a pour but de promouvoir le cinéma européen à travers une coopération franco-allemande renforcée. Cette coopération se divise en quatre domaines : production, distribution, formation et préservation du patrimoine cinématographique.
L’une des missions les plus importantes de l’Académie franco-allemande du cinéma a été d’élargir l’accord relatif à la promotion des coproductions franco-allemandes. Le “mini-traité” a permis de créer le 17 mai 2001 à Cannes un fonds commun de coproduction d’un montant de 3 millions d’euros auquel ont accès les deux pays sur un pied d’égalité. Depuis, le nombre de coproductions franco-allemandes a nettement remonté. Alors qu’entre 1994 et 1999, le nombre de coproductions franco-allemandes se situait chaque année dans une fourchette de un à cinq films, ce chiffre a très rapidement regrimpé après la signature du mini-traité, atteignant un point culminant avec 13 coproductions en 2004. En moyenne, le nombre de productions communes après la signature de l’accord se situe à une dizaine. On trouve à cet égard aussi bien de grosses productions coûteuses que des productions plus modestes d’un montant pouvant atteindre 4 millions d’euros, représentant environ 70 % des aides. Des films de réalisateurs connus comme Claude Chabrol ou Michael Hanecke aussi bien que nombre de premiers films de réalisateurs encore inconnus ont été tournés avec le soutien financier du mini-traité. Jusqu’à présent, la part de productions françaises issues du mini-traité est prépondérante.
La coopération renforcée des réalisateurs français et allemands a également abouti à la création d’une filière commune de l’Ecole supérieure cinématographique de Ludwigsbourg et de l’Ecole supérieure cinématographique La Fémis à Paris, dénommée Masterclass Ludwigsbourg/Paris. Depuis 2001, chaque année, 18 participants suivent ce programme de formation d’un an destiné à des diplômés du 2e et 3e cycle, les courts-métrages créés étant présentés sur la chaîne de télévision ARTE. En 2003, l’Académie franco-allemande du cinéma a lancé en outre les Rencontres cinématographiques franco-allemandes. Chaque année, des producteurs, distributeurs et professionnels s’y réunissent pour discuter de la coopération et présenter de nouveaux projets.
Festivals cinématographiques franco-allemands
Les festivals cinématographiques franco-allemands ont une longue tradition, tant en Allemagne qu’en France. Et étant donné que tous les films du pays voisin ne sont pas présentés également dans les cinémas de l’autre pays, les festivals offrent d’excellentes occasions de mieux connaître le paysage cinématographique de l’autre pays.
En Allemagne, les Journées du film français constituent le plus grand festival du film français. Depuis 1984, le festival se tient vers la fin de l’année à Tübingen et Stuttgart dans le sud de l’Allemagne. Durant une semaine, de longs et courts métrages ainsi que des documentaires provenant de tous les pays de la francophonie sont projetés devant un jury franco-allemand et il est procédé à la remise de divers prix.
A Paris, depuis 1995, en octobre de chaque année se tient durant une semaine le Festival du cinéma allemand dont le programme est présenté de nouveau lors d’un deuxième festival se tenant peu après à Lyon. Une grande partie du festival est consacrée au « Cinéma d’aujourd’hui », le cinéma allemand actuel ; la sélection « Next génération » présente en outre les meilleurs courts métrages d’étudiants en cinéma allemands ainsi que divers documentaires.
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