Éva John et Romy Straßenburg se sont rencontrées au quartier Latin à Paris, en 2006, lors du Festival du cinéma allemand, sous l’ombre tutélaire de
l’Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ). Éva venait de finir ses études de journalisme alors que Romy était encore étudiante. Elles évoquent des projets en commun. Et, en 2007, elles réalisent Génerations 80, qui a obtenu le
prix du journalisme franco-allemand... Depuis, elles aiment travailler en tandem même quand Éva part pour la Corée du Sud… C’est notre rencontre franco-allemande de l’année.
Éva, quant à l’expression plus politique relations franco-allemandes, que recouvre-t-elle pour vous ?
Parfois, c’est vrai, Romy et moi nous demandons ce que signifie en fait « le franco-allemand ». Quarante-sept ans après le traité de l’Élysée, ce monde peut paraitre abstrait, institutionnel. Mais il ne faut pas oublier que cette amitié franco-allemande ne va pas de soi. Il suffit de regarder ailleurs dans le monde pour se rendre compte à quel point ce type de réconciliation historique est rare. Un seul exemple que je vis aujourd’hui : entre la Corée et le Japon, les tensions sont encore très vives, soixante-cinq ans après la fin de l’occupation japonaise. Même chez les tout jeunes enfants coréens, la rancœur est très palpable. Même si le projet a été évoqué, les Coréens et les Japonais sont très loin de pouvoir rédiger
un manuel d’histoire commun, comme l’ont réussi la France et l’Allemagne.
Romy, depuis Paris, quels sont les événements marquants qui ont dominé les relations franco-allemandes en 2009 ?
L’année 2009 a été assez riche pour le franco-allemand. Quelle chance pour les correspondants ! La crise financière nous a rappelé que nos dirigeants ont une grande responsabilité pour le bon fonctionnement de toute l’UE. Honnêtement, au début, je n’ai pas eu l’impression qu’ils en étaient conscients. Mais, au cours de l’année, la coopération s’est améliorée. La France et l’Allemagne se sont montrées assez proches à Strasbourg et à Copenhague. Même si les tentatives communes n’étaient pas toujours couronnées de succès, nous avons assisté à des gestes importants. Personnellement, j’étais très émue de voir
un chef de gouvernement allemand sous l’Arc de Triomphe le 11-Novembre. Fêter la victoire sur l’Allemagne en 1918, m’a toujours donné le sentiment que le jour de la réconciliation entière était encore loin. L’invitation d’Angela Merkel par Nicolas Sarkozy a été un de ces gestes importants et je pense que les gens présents ce jour-là, ont senti que l’amitié franco-allemande existe vraiment. Les marionnettes françaises se baladant à Berlin pour le 9 novembre, jour anniversaire des vingt ans de la chute du Mur ont été un autre geste, culturel cette fois. Moi,
je suis passée ce soir-là sur la place de la Concorde, heureuse de voir beaucoup de Français célébrer l’événement.