Né sous l’impulsion des pionniers de la réconciliation franco-allemande, l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg fête ses 60 ans. Centre de recherche, de documentation et de dialogue, il œuvre à une meilleure compréhension entre les deux pays. La coopération franco-allemande n’a jamais été aussi étroite. Pourtant, "elle ne va jamais de soi", explique le directeur du bureau parisien du DFI, Wolfram Vogel.
Il faut se replacer au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sur les ruines encore fumantes de la barbarie nazie. L’Allemagne occupée et en grande partie détruite, et la France libérée mais traumatisée, pansent leurs plaies. L’"amitié", qui sera scellée 15 ans plus tard, en 1963, par le Traité de l’Elysée, n’est même pas imaginable. Un petit groupe de pionniers pense pourtant déjà que la haine ne peut pas être le dernier acte de l’histoire. Ce sont des démocrates allemands, tels Carlo Schmid, Theodor Heuss et Fritz Schenk, et des Français issus des rangs de la Résistance, comme Joseph Rovan ou Alfred Grosser. C’est de cette avant-garde que va naître l’amorce de ce que l’on nomme aujourd’hui la réconciliation franco-allemande.
Dialogue en terrain neutre
De "réconciliation", à l’époque, il n’est pas encore question. Pendant plusieurs années, on évoquera un "rapprochement". Et pour cela, il faut un "terrain neutre", simplement pour se parler. Ce sera Ludwigsburg, ville moyenne située en zone d’occupation américaine, à quelques kilomètres au nord de Stuttgart. C’est là, trois ans seulement après la fin de la guerre, que quelques pionniers fondèrent l’Institut franco-allemand (DFI), le 2 juillet 1948. La République fédérale d’Allemagne n’est pas encore née. Tout juste Ludwig Erhard vient-il, deux semaines plus tôt, d’engager la réforme monétaire qui a donné naissance au Deutsche Mark.
Plate-forme de dialogue, le DFI recevra vite pour vocation de promouvoir la coopération franco-allemande dans tous les domaines. Soixante ans après, il s’apprête à fêter cet anniversaire. Samedi 31 mai, il attend pour l’occasion plus de 1.200 personnes, dont un certain nombre de personnalités. Le président allemand Horst Köhler sera l’hôte d’honneur de la matinée. Le président du DFI, Erwin Teufel, le ministre-président du Bade-Wurtemberg, Günther Oettinger et l’intellectuel français Nicolas Baverez prendront également la parole. Selon le directeur du bureau parisien du DFI, Wolfram Vogel, une autre manifestation est prévue à Paris à l’automne.
Miroir des relations franco-allemandes
Depuis 60 ans, l’histoire du DFI a reflété celle des relations franco-allemandes. Après une dizaine d’années essentiellement consacrées au dialogue, le DFI se met à publier une série sur le "problème" des relations franco-allemandes : les "Ludwigsburger Beiträge zum Problem der deutsch-französischen Beziehungen". Quelques volumes paraîtront jusqu’à l’extinction du titre en 1963. En septembre 1962, le président De Gaulle prononcera à Ludwigsburg un célèbre discours adressé à la jeunesse allemande, prélude à la signature avec le chancelier Konrad Adenauer du Traité franco-allemand de l’Elysée et à la création de l’Office francoallemand pour la Jeunesse (OFAJ) en 1963.
Depuis s’est ouverte la période post-réconciliation. En 1972, le DFI voit arriver à sa tête un directeur nommé Robert Picht, qui restera en place jusqu’au début des années 2000. En 30 ans, il tranformera le DFI en un véritable institut de recherche en sciences sociales, reflétant les préoccupations de l’époque (économie, politique industrielle dans les années 1970 etc). Bientôt pourvu d’un centre de documentation, le DFI développe sa spécificité : apporter des informations actuelles et fiables aux acteurs de terrain (communes, décideurs, fonctionnaires, journalistes etc.) et développer, au-delà des problématiques universitaires, une activité d’expertise et de conseil.
Réconciliés au sein de l’Europe
Aujourd’hui, l’ère de la réconciliation est terminée, et de nouveaux défis s’ouvrent au couple franco-allemand au sein de l’Europe (voir entretien ci-dessous). De nos jours, "c’est la perspective européenne qui domine. Les relations franco-allemandes sont victimes de leur propre succès !", plaisante Wolfram Vogel. Selon son dernier rapport d’activités, le DFI a lancé une réflexion sur le rôle du partenariat franco-allemand dans le contexte européen. "Le leadership franco-allemand en Europe, même si on lui prédit une perte de poids géopolitique dans une UE élargie à 27 pays membres, demeure irremplaçable", affirme M. Vogel. "Les initiatives franco-allemandes ne sont pas suffisantes, mais sans un dialogue franco-allemand sérieux et franc il ne pourra y avoir de débats européens efficaces", estime également M. Teufel dans le rapport d’activités 2007.
De fait, les missions du DFI, définies il y a 60 ans, n’ont rien perdu de leur actualité. "La promotion de l’entente et de la coopération franco-allemande reste même après 60 ans une tâche essentielle, car la capacité des citoyens allemands et français à agencer ensemble l’avenir de l’Europe ne va jamais de soi", écrit M. Teufel. Les deux sociétés demeurent bien différentes l’une de l’autre, et les deux systèmes politiques sont divergents à bien des égards.
L’Institut poursuit donc son inlassable travail d’information et de médiation entre Allemands et Français. Ses programmes les plus récents portent sur la mise en valeur du Rhin supérieur, l’accompagnement de jeunes journalistes au travers de séminaires et de stages professionnels ou l’analyse du développement urbain en France et en Allemagne. Le DFI prépare aussi d’ici à fin 2009 une synthèse des travaux effectués depuis 2005 en France et en Allemagne sur le thème de l’intégration et de l’égalité des chances.
Source : Ambassade d’Allemagne à Paris
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