Se rapprocher de la Pologne : l’objectif est ostensiblement affiché par le nouveau gouvernement allemand de coalition, au pouvoir depuis fin 2009. La chancelière chrétienne-démocrate (CDU), Angela Merkel, et son ministre des affaires étrangères libéral (FDP), Guido Westerwelle, ne réservent plus les signes d’attention à la France, désormais vieille et inconditionnelle alliée. Ils soignent la Pologne : son voisin le plus puissant de la "nouvelle Europe", entré dans l’Union européenne (UE) en 2004, devenu en 2009 la 7e économie de l’UE, et dirigé depuis fin 2007 par un gouvernement de centre droit ouvert sur l’extérieur.
Pour la première fois, le chef de la diplomatie allemande a effectué son voyage officiel inaugural à Varsovie et non à Paris, comme le veut la tradition. Pour la première fois, dans le contrat de coalition qui détermine l’orientation politique du gouvernement allemand, la Pologne est, avec la France, le seul pays européen à être mentionné. "Nous voulons approfondir encore l’amitié et la collaboration avec la Pologne, dit le contrat, et utiliser intensément les possibilités du
triangle de Weimar (...) pour l’Europe."
Dans ce nouveau contexte
se tenait, lundi 1er février, une réunion de coopération trilatérale, dite "triangle de Weimar", qui rassemble à différents niveaux (depuis une première réunion à Weimar en 1991), les dirigeants de France, d’Allemagne et de Pologne. En attendant celle des ministres des affaires étrangères en avril, il revient cette fois aux trois secrétaires d’Etat aux affaires européennes - le Français Pierre Lellouche, l’Allemand Werner Hoyer et le Polonais Mikolaj Dowgielewicz - d’élaborer des positions communes sur la défense, la sécurité énergétique ou le futur président ukrainien.
En Allemagne, cet infléchissement de la politique étrangère est voulu des deux côtés de la coalition. D’un côté, M. Westerwelle imprime sa marque, celle d’une "Ostpolitik" (politique de l’Est) dans la lignée de son illustre prédécesseur libéral aux affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher. De l’autre, Mme Merkel, élevée à l’Est, a déjà montré sa compréhension envers les pays de l’ancien bloc soviétique et se démarque de la politique prorusse de son prédécesseur social-démocrate Gerhard Schröder. En coalition avec les libéraux, elle a les mains plus libres en ce domaine qu’avec l’ex-chef (SPD) de la diplomatie, Frank-Walter Steinmeier, lui aussi tourné vers la Russie.
Paris, qui a manifesté des inquiétudes, s’associe à ce rapprochement. "Le franco-allemand sert de modèle et c’est un bienfait pour l’Europe", note Pierre Lellouche. Et Berlin rassure : "Le rapprochement avec la Pologne, auquel la France est associée, ne relativise en rien le couple franco-allemand, qui reste unique", dit Werner Hoyer.