L’appel d’offres sur les avions ravitailleurs de l’armée de l’air américaine, auquel le groupe européen EADS a renoncé, n’en finit pas de tendre les relations entre les pays européens et les Etats-Unis. Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande, Angela Merkel, qui avaient déjà fait part de leur vif mécontentement, ont redit, mardi 16 mars, leur "préoccupation" par rapport aux "conditions" qui ont amené EADS à se retirer de l’appel d’offres. Le groupe européen et son partenaire Northrop Grumman estimaient que leur concurrent Boeing était avantagé.
"Nos deux pays rappellent que le choix de l’US Air force s’était porté en 2008 sur l’avion proposé par Northrop Grumman et EADS, après une première annulation par le Congrès américain de l’attribution du marché à Boeing", ont rappelé les deux dirigeants dans
un communiqué commun, estimant que "les tentations protectionnistes, y compris dans le domaine de la défense", devaient être rejetées.
(...)
Le 18 juin 2008, peu après que le consortium EADS-Northrop Grumman a remporté cet appel d’offre, l’un des organismes de contrôle des comptes publics américains, le Government Accountability Office (GAO), avait remis en cause les conditions d’attribution de ce contrat estimé à 35 milliards de dollars. Selon le GAO, l’armée de l’air américaine avait "commis un nombre d’erreurs significatif qui ont pu affecter le résultat d’une compétition serrée".
Les auditeurs du GAO préconisaient alors le lancement d’un nouvel appel d’offres. Ce qui fût fait à l’automne 2009. Les dirigeants du consortium franco-allemand déploraient déjà les conditions dans lesquelles ils devaient concourir. "Bien sûr, c’est pratique pour Boeing (...) d’avoir la répartition de nos coûts et notre prix. Et nous pourrions trouver pratique pour nous d’avoir la même chose, en guise de réciprocité", disait le président Louis Gallois en septembre.
Finalement, le 9 mars 2010, EADS et Northrop Grumman jetaient l’éponge. Les dirigeants du consortium raillaient les conditions de ce nouvel appel d’offres qui entretenaient la "fiction" d’un combat à armes égales avec Boeing. La nouvelle mouture de l’appel d’offre faisait du coût le critère prioritaire d’acquisition, favorisant les appareils de Boeing.