Ils seraient 200 000 en France. Cinq fois plus, peut-être, à l’échelle de l’Europe, bien qu’aucun chiffre définitif n’existe réellement. Sur eux pleuvent depuis plus de soixante ans les qualificatifs les plus grossiers, les plus désobligeants : « enfants maudits », « têtes de boches », « bâtards ». Nés de père allemand, soldat de la Wehrmacht durant la Seconde Guerre mondiale, et de mère française, belge, hollandaise ou scandinave, ils ont, leur vie durant, enduré sarcasmes et quolibets.
(...)
Le 25 avril 2008 à Berlin, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, plaide pour une reconnaissance de la souffrance de ces enfants nés d’amours clandestines, qui conduit le Bundestag à voter une loi en ce sens en février de cette année. Le premier, Daniel Rouxel, un retraité, obtient la nationalité allemande en juillet. « 10 naturalisations ont eu lieu en tout et 45 demandes sont en cours de traitement dans toute la France », indique Thomas Floth, de l’ambassade d’Allemagne à Paris. « C’est très important pour nous, explique Jean-Jacques Delorme, fondateur de l’association franco-allemande Cœurs sans frontières et qui a retrouvé son autre famille outre-Rhin, à Mayence. Nous voulons pouvoir dire : je suis un Franco-Allemand, avec un passeport français dans une poche et un passeport allemand dans l’autre. »