Vu sur le Net

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29 novembre
2012

Des diplômés franco-allemands récompensés

"Neuf jeunes chercheurs, Français et Allemands, reçoivent chacun, jeudi 29 novembre à Berlin, un prix récompensant leur parcours universitaire de part et d’autre du Rhin et la qualité de leur recherche.

Les prix sont attribués par l’Université franco-allemande.

L’un a fait des expéditions en Antarctique, un autre a étudié le lobbying automobile allemand, une autre, la façon dont la philosophie de Descartes fut reçue outre-Rhin et comment son rejet participa à l’avènement du totalitarisme. Ils ont, pour la plupart, une vingtaine d’années.

Surtout, ils ont suivi un parcours universitaire entièrement franco-allemand. C’est l’exemplarité de ce cursus que récompense, ce 29 novembre à l’ambassade de France à Berlin, les prix d’excellence remis à cinq diplômés et les prix de la meilleure thèse, à quatre chercheurs, à parité hommes-femmes.(...)"

En savoir plus ?Le prix de thèse de l’Université franco-allemande.

27 novembre
2012

France-Allemagne, une histoire culturelle (L’Express)

Les relations franco-allemandes ont été nourries par des intellectuels, des artistes et ont permis aux deux nations de forger une identité européenne forte. Retour sur une histoire des idées où l’on croise Voltaire, Kant, Madame de Staël, Goethe, Benjamin, Sartre...

" Si la relation privilégiée nouée depuis quelques décennies entre la France et l’Allemagne contraste heureusement avec l’hostilité qui a prévalu dans la période précédente, elle s’inscrit toutefois dans une longue et riche histoire commune, faite d’échanges et d’influences réciproques, au cours de laquelle les deux cultures se sont nourries et inspirées l’une de l’autre comme peu d’autres en Europe.

La circulation des idées et des élites intellectuelles de part et d’autre du Rhin est ancienne. Ainsi, dès le Moyen Age, Maître Eckhart, principal représentant du mysticisme rhénan et l’un des tout premiers philosophes à s’exprimer en allemand, enseigne à Paris. (...)

La révocation de l’édit de Nantes en 1685, qui chasse des milliers de huguenots de la France vers la Prusse, marque une étape décisive dans l’histoire des échanges intellectuels entre les deux pays. Certains des protestants qui prennent le chemin de l’exil vont en effet jouer un rôle de premier plan parmi l’Aufklärung, les Lumières allemandes. C’est le cas de Jean-Henri Samuel Formey, collaborateur de l’Encyclopédie et secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences de Berlin, une institution qui comptera en son sein, tout au long du siècle, de nombreux Français, comme Maupertuis, qui la préside à partir de 1745, La Mettrie ou encore d’Alembert. Venus à Berlin à l’invitation du roi de Prusse, Frédéric II - qui est un admirateur des Lumières françaises et tient l’allemand pour une langue barbare -, ils y sont rejoints, en 1750, par Voltaire. Celui-ci est pendant trois ans l’hôte du roi au château de Sans-Souci, à Potsdam. Il aide Frédéric, qui se pique de poésie et de philosophie, à rédiger ses textes ... en français, bien sûr.

(...) Le dialogue franco-allemand ne va pas là non plus sans malentendus ni contradictions. Il demeure malgré tout un élément fondateur de l’identité culturelle européenne. "

23 novembre
2012

Berlin, capitale des écrivains français (Le Nouvel Obs)

" Saint-Germain-des-Prés a du mouron à se faire : Marie NDiaye, Jean-Yves Cendrey, Cécile Wajsbrot, Yann Apperry, Mathias Enard et bien d’autres ont choisi de s’installer dans la capitale allemande. C’est désormais Saint-Berlin-des-Prés. Odile Benyahia-Kouider les a rencontrés. (...)"

21 novembre
2012

Entretien du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius avec la "Frankfurter Allgemeine Zeitung" (21/11/12)

FAZ : Y a-t-il encore dans le nord du Mali une alternative à la solution militaire ?

L. Fabius : Il faut bien comprendre ce qui se passe. Nous devons aider le Mali et le Sahel parce que le terrorisme qui s’y est installé menace l’Afrique et nous concerne directement aussi. Dès la frontière du Mali franchie, vous êtes en pays limitrophe de la Méditerranée. A la suite du conflit libyen, des groupes terroristes se sont en effet installés au nord du Mali avec beaucoup d’armes et beaucoup d’argent provenant des trafics de drogue et des rançons liées aux otages. Ils menacent non seulement le Mali et les pays d’Afrique voisins, mais l’Europe elle-même : France, Allemagne, Grande-Bretagne etc. C’est pourquoi l’Europe ne peut pas s’en désintéresser.

FAZ : Mais l’Europe doit-elle intervenir ?

L. FABIUS : L’action au Mali, qui relève d’abord des Africains eux-mêmes, doit comprendre trois volets. D’abord, un volet politique : favoriser le dialogue entre les Maliens du Sud et ceux des Maliens qui, au Nord, refusent le terrorisme et la partition du pays. Ensuite, un volet sécuritaire : c’est d’abord aux Africains de l’assumer ; l’Europe, elle, peut aider à la formation des troupes maliennes dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense. Nous n’enverrons pas de troupes au sol, mais faciliterons la formation des Maliens qui doivent défendre leur pays. Enfin, il faut ajouter un volet humanitaire et de développement, sur lequel nous intervenons depuis longtemps. Tout cela ne sera pas simple et exigera du temps. Mais il faut bien comprendre que nous sommes face à deux grands maux du 21ème siècle : le terrorisme et les trafics de drogue. Il est encourageant que, sur ce sujet, l’unanimité se soit faite jusqu’ici au Conseil de Sécurité, alors qu’il reste malheureusement divisé sur tant d’autres domaines.

FAZ : Vous avez l’impression que l’Allemagne est en l’occurrence un partenaire fiable ?

L. FABIUS : En tout cas, sur cette question du Mali, je ne vois pas de différence d’approche entre la France et l’Allemagne. Notre propre sécurité ne peut pas être indifférente à ce qui se passe à quelques centaines de kilomètres de chez nous. Les Allemands le savent aussi bien que nous, ainsi que les Britanniques, les Polonais, les Italiens, les Espagnols, etc.

FAZ : La France joue un rôle moteur dans le règlement du conflit syrien. Allez-vous armer la nouvelle Coalition des forces d’opposition ?

L. FABIUS : Nous sommes d’accord en Europe pour reconnaître que la création récente à Doha d’une « Coalition nationale syrienne » constitue un événement très important et positif pour la libération du peuple syrien. J’ai rencontré avec le Président Hollande les nouveaux dirigeants de la coalition : ce sont des personnalités respectées, respectables, avec un agenda clair et convaincant. Ils insistent notamment sur les garanties strictes apportées à toutes les communautés. Cette Coalition constitue un large regroupement ; c’était indispensable. La France a été le premier pays européen à la reconnaître, ce qui devrait nous conduire par exemple à organiser différemment notre aide humanitaire, en passant désormais par la Coalition. Restera, bien sûr, à constituer un gouvernement provisoire qui incarne l’alternative à Bachar el Assad : ce devrait être fait dans les semaines qui viennent. Et puis, il y a la question militaire. La Coalition demande des armes. A ce jour, celles-ci font l’objet d’un embargo européen. Nous ne voulons pas aggraver la militarisation du conflit, mais il est très difficile de laisser les populations libérées à la merci des frappes du régime. On ne peut donc pas éviter la question.

L. Fabius et G. Westerwelle, Photo : Frédéric de la Mure, MAE. FAZ : La relation franco-allemande est encore pertinente pour l’Europe ?

L. FABIUS : La réponse est évidemment oui. D’abord parce que la relation historique est profonde entre nous et que l’histoire compte : le partenariat franco-allemand est consubstantiel à l’Europe. Pour que celle-ci remplisse son rôle, nous avons besoin de réunir nos forces. Il existe aussi quelque chose de plus difficile à exprimer : nous avons besoin d’additionner nos vertus, qui sont différentes. L’histoire, la géographie, la stratégie, l’affectif, tout concourt à la nécessité de ce partenariat franco-allemand.

FAZ : Nous fêtons le cinquantenaire du traité d’amitié franco-allemand. Comment décririez-vous cette relation ?

L. FABIUS : J’ai eu la chance exceptionnelle d’avoir, en quelque sorte, trois vies politiques. La première avec François Mitterrand, dont j’ai été le Premier ministre ; une deuxième lorsque Lionel Jospin est devenu, à son tour, Premier ministre : il m’a demandé d’être son ministre de l’Economie et des Finances ; la troisième aujourd’hui, comme Ministre des Affaires étrangères de François Hollande. La première période était structurée par le ressort encore tendu de la fin de la guerre : l’engagement de Mitterrand et de Kohl était lié à l’exigence de la paix, au “plus jamais ca”. Combien de fois les ai-je entendus dire que l’Europe était d’abord la paix ? C’était décisif. Aujourd’hui, plus personne n’imagine évidemment que la France et l’Allemagne puissent être en conflit.

Dans la deuxième période, l’objectif était notamment de bâtir l’Euro. J’ai été le ministre des Finances en charge du passage de la France à l’Euro. A cette époque, l’Allemagne et la France avaient des situations économiques équilibrées. Aujourd’hui, c’est différent : le partenariat est toujours aussi nécessaire, mais il est vécu autrement. Il n’est plus exclusif : il s’est ouvert à d’autres pays, l’Italie et l’Espagne notamment. Nous devons veiller aussi à l’équilibre des partenaires et prendre garde à ce qu’aucun ne domine outrancièrement l’autre. Quant à la construction européenne, elle est malheureusement désormais mise en doute par beaucoup, tant les gouvernements l’ont faite apparaître plus souvent comme un problème que comme une solution. La notion de crise tend à se confondre avec celle d’Europe. Si l’on ajoute à cela que lorsque des décisions sont prises, elles sont souvent tardives ou inappliquées ; que l’Europe souffre d’une image parfois distante ; et que les Etats rejettent trop souvent leur propre responsabilité sur elle…, on comprend que la perception de l’Europe ait pu évoluer négativement. C’est cette perception – et la réalité qui la sous-tend - qu’il faut changer.

FAZ : Le déséquilibre économique croissant entre la France et l’Allemagne vous préoccupe-t-il ?

L. FABIUS : S’il devait s’accentuer, cela poserait un vrai problème, bien sûr. Il en est de même pour un couple privé ou « public » : pour que celui-ci fonctionne bien, il faut qu’il soit équilibré. En outre, je pense qu’il faut mieux expliquer ce qu’est notre partenariat. Je le dis souvent à mes amis français : « Attention, ne pensez pas que les Allemands sont des Français… qui parlent allemand ». Il existe une spécificité économique, culturelle allemande. Symétriquement, les Français possèdent une histoire et une psychologie qui leur sont propres. Personne ne doit donner de leçons péremptoires à l’autre. Nous avons besoin d’un partenariat ouvert et entre égaux. D’un point de vue économique, les Allemands ne pourront connaître une prospérité durable que si l’Europe elle-même se porte bien. Sur le plan démographique, la France est bien placée. Sur le plan industriel, l’Allemagne est actuellement plus forte. Il faut additionner nos atouts.

FAZ : Mais on parle peu des atouts de la France…

L. FABIUS : Aujourd’hui, la mode dans certains milieux est d’affirmer que la France serait « l’homme malade » de l’Europe. J’observe cependant qu’en dépit des prévisions ou des évaluations des uns et des autres, les taux d’intérêt auxquels emprunte la France sont très bas et proches de ceux de l’Allemagne. Quoi qu’il en soit, ce qui vaut pour la France comme pour l’Allemagne – François Hollande l’a souligné récemment – c’est que nous ne vivons pas seulement une crise, nous vivons un profond changement du monde. Nos pays doivent comprendre que la carte du monde s’est déplacée : le temps n’est plus où l’Europe en était le centre. Les modes de production ont également changé. Les modes de régulation aussi. Et la France – comme l’Allemagne – doit se préparer pour affronter ce changement du monde. Les uns et les autres, nous devons nous adapter. Si nous le faisons, nous nous redresserons. Et l’Europe avec nous.

FAZ : L’Allemagne peut-elle alors être un modèle pour la France ?

L. FABIUS : Il n’existe pas de modèle unique. En revanche, il existe, je le crois, des aspects à retenir chez l’un et chez l’autre. Nous sommes, par exemple, admiratifs du dialogue social allemand. Quand des problèmes se posent – et même avant - le patronat, les syndicats, l’Etat si nécessaire se mettent autour d’une table. En France, c’est plus difficile. Nous voulons changer cela et pratiquer systématiquement le dialogue. Autre exemple : les Français possèdent de grands groupes industriels, très performants à l’international, mais nous manquons d’entreprises de taille intermédiaire, le fameux « Mittelstand » qui fait la force de l’économie allemande. Autres différences : nous, les Français, nous sommes membres permanents du Conseil de sécurité, notre langue sera bientôt parlée par 700 millions personnes, en lien avec le développement de l’Afrique et nous possédons une culture universelle, assimilée à des valeurs qui le sont aussi - liberté, égalité, fraternité. C’est une grande chance que de pouvoir allier ces deux images, ces deux forces, celle de l’Allemagne et de la France. Sans que l’une domine l’autre.

FAZ : Vous êtes à l’origine d’une initiative pour la relance de l’Europe de la défense, dont la Grande-Bretagne n’est pas partie prenante. L’Europe a-t-elle encore besoin de la Grande-Bretagne ?

L. FABIUS : La Grande-Bretagne est une puissance qui compte en matière de défense et nous travaillons avec elle, mais elle est assez réservée par rapport au concept de défense européenne. Avec l’Allemagne et la Pologne, mais aussi avec l’Espagne et l’Italie, nous nous sommes réunis la semaine dernière pour progresser concrètement autour de cette « défense européenne ». Le contexte est favorable. Le débat sur « ou bien la défense européenne ou bien l’Otan » est dépassé : nous sommes tous dans le commandement intégré de l’Otan, et les États-Unis ont cessé d’être réticents envers des initiatives européennes. D’autre part, les Américains ont le regard davantage tourné vers l’Asie et le Pacifique, il est normal que l’Europe se prenne en main sur un certain nombre de sujets qui la concernent directement. Enfin, nous connaissons tous des contraintes budgétaires : plutôt que de dupliquer un certain nombre de capacités et de démarches, mieux vaut regrouper nos forces.

FAZ : L’avenir de l’Europe est-il dans des alliances ad hoc, des coopérations à géométrie variable ?

L. FABIUS : L’Europe doit être plus souple et plus réactive. Nous sommes actuellement 27. Quand se déroulent des réunions, chaque Etat membre a en général droit à cinq minutes de parole en introduction. Faites la multiplication ! Cela signifie que plusieurs heures s’écoulent avant même d’entrer dans le vif du sujet. Cette méthode ne peut pas fonctionner durablement ; en tous les cas, elle ne peut pas donner de résultats satisfaisants. La notion de « coopération renforcée » devient donc nécessaire, elle est utilisée par exemple pour la taxe sur les transactions financières. Personnellement j’aurais d’ailleurs souhaité un mécanisme de coopération encore plus souple. De là est née l’idée, qui progresse, de rendre plus profonds le travail et l’association des pays au sein de la zone Euro. Cela pose des questions, notamment juridiques. Mais une plus grande efficacité dans la zone euro est nécessaire. C’est ce que nous appelons « l’intégration solidaire ».

FAZ : Est-il nécessaire et souhaitable d’avancer vers un nouveau Traité ?

L. FABIUS : Il y aura un traité, c’est évident. Mais faut-il poser la question institutionnelle en amont ? Ou n’est-il pas préférable d’avancer par des progrès concrets, et d’aborder les institutions seulement ensuite ? Ce qui importe avant tout, pour les citoyens de nos pays, ce sont les progrès et les avancées concrètes qui concernent leur vie.
Prenons l’exemple de l’énergie. Tout le monde est concerné, à travers les prix de l’essence ou le changement climatique. Réduire notre dépendance aux importations, encourager les économies d’énergie et les énergies nouvelles, favoriser la transition énergétique…. Tout cela, si on avance concrètement, est de nature à donner un nouveau souffle à l’Europe. N’oublions pas que c’est autour du charbon et de l’acier (la CECA) qu’est née l’Europe il y a plus de 50 ans.

FAZ : Mais en matière d’énergie nucléaire précisément, Paris et Berlin ont des positions opposées.

L. FABIUS : Concernant l’énergie nucléaire, nous avons fait des choix assez différents. Nous n’allons pas nous mêler du mix énergétique de chacun. Mais nous sommes tous dépendants de l’approvisionnement extérieur. Nous voulons tous conduire la transition énergétique, aller vers la croissance verte. Nous voulons tous réaliser des économies d’énergie, et en finir avec la précarité énergétique des foyers modestes. Donc, une intégration plus grande est souhaitable, oui, mais sur des sujets concrets. La nécessité de nouveaux textes se posera le moment venu. Dans la discussion, nos amis allemands disent souvent qu’il faut aller vers plus d’intégration. Nous répondons oui, mais nous pensons aussi au court et au moyen terme, comme par exemple sur l’union bancaire.

FAZ : Plus d’intégration, cela signifie-t-il pour vous aussi que le pays voisin fasse des recommandations en matière de réformes ou de prévisions budgétaires ?

L. FABIUS : Ce sont deux sujets un peu différents. L’équilibre nouveau qui a été trouvé et que j’approuve est le suivant : d’un côté sérieux budgétaire, de l’autre côté croissance. Les Allemands ont à juste titre insisté sur cet aspect : à partir du moment où nous sommes monétairement solidaires, il nous faut tous pratiquer le sérieux budgétaire. Les Français avaient traditionnellement la réputation de ne pas être financièrement très sérieux – pas toujours à tort. La France de François Hollande a accepté qu’il existe une discipline budgétaire, elle se l’applique, et j’en suis heureux. Il ne faut pas avoir peur d’employer le mot discipline. Symétriquement - et c’est un des grands apports de l’élection de François Hollande – l’Europe a reconnu qu’elle a aussi besoin de croissance. Budgétairement, on n’arrivera à rien sans croissance, et la récession serait une catastrophe pour l’emploi. Sérieux budgétaire et croissance : il nous faut les deux. Un oiseau ne peut pas voler avec une seule aile.
Mais qu’un pays tente de s’immiscer dans les décisions d’un autre, c’est une tout autre question. Nous devons respecter les institutions de chaque pays tout en dialoguant avec les autres. A travers ce que l’on appelle le « semestre européen », nous avons décidé que l’on débattrait entre pays européens des hypothèses budgétaires. Cela me parait excellent. Comme ancien ministre des finances, je sais qu’au moment ou vous fixez les hypothèses économiques du budget, vous avez déjà en quelque sorte déterminé le résultat. Chaque pays a un gouvernement, un parlement, et personne ne propose qu’un gouvernement se substitue à un autre pour lui dicter ce qu’il devrait faire. Il faut donc un point d’équilibre entre la mise en commun indispensable et la libre expression démocratique.

FAZ : Comment expliquez-vous qu’il n’y ait pas de débat public sur les aides accordées à la Grèce et aux autres pays européens en France ?

L. FABIUS : Les Français sont solidaires des Grecs tout en demandant que ceux-ci fassent des efforts. En France, beaucoup considèrent que le sauvetage a été trop tardif et que, si on avait décidé plus vite, celui-ci aurait été beaucoup moins onéreux. C’est vrai. Il faut donc qu’à l’avenir nos mécanismes permettent de décider plus rapidement. On ne peut pas avoir, d’un côté, un temps de l’économie qui se compte en jours et, de l’autre, un temps de la procédure européenne qui se compte en mois ou en semestres. Nous devons tirer les leçons de cette situation.

FAZ : Le Président de l’Assemblée nationale a exprimé ses doutes sur le respect de l’objectif des 3% l’année prochaine. Partagez-vous ces doutes ?

L. FABIUS : L’une de nos difficultés, tirée du gouvernement français précédent, est un déficit trop élevé. Nous avons, nous, dessiné une trajectoire de redressement, il faut nous y tenir.

FAZ : En 2005, vous étiez un des premiers à avoir senti que les Français rejetaient le Traité constitutionnel européen. Comment percevez-vous aujourd’hui la réaction face à votre discours de réduction des dépenses ?

L. FABIUS : L’opinion peut comprendre la situation et les efforts indispensables, dès lors qu’on lui explique clairement les enjeux et que ces efforts sont justement répartis. La politique, c’est rendre les gens co-intelligents des décisions à prendre. Nous avons fait le choix de dire la vérité : oui, il faut réaliser des économies, mais il faut les réaliser de manière juste et dans le dialogue – deux différences par rapport à la période précédente. Cette nouvelle méthode exige du temps. Nous voulons miser sur l’intelligence des citoyens. Il faut aussi beaucoup de pédagogie : surmonter la crise et faire face aux changements du monde, opérer un redressement et le faire dans la justice, voilà notre tâche historique.

FAZ : Quel est votre mot de la fin ?

L. FABIUS : Je l’emprunterai à Willy Brandt. J’avais pour lui beaucoup d’estime. Quand on lui a demandé ce qu’il voulait voir graver sur sa tombe, il a répondu : « J’ai fait mon possible ». C’est une phrase simple mais elle résume bien le sens d’une vie.

12 novembre
2012

Pas de différend entre la France et l’Allemagne selon Pierre Moscovici (Les Echos)

"Il n’y a pas de différend entre la France et l’Allemagne sur la politique économique et les gouvernements des deux pays s’en expliqueront si nécessaire, a déclaré lundi le ministre français des Finances, Pierre Moscovici.

Le débat monte sur un décrochage entre les deux premières économies de la zone euro, des sources indiquant à Reuters que le ministère allemand des Finances avait suggéré à un groupe d’économistes de travailler sur la France.

"Je me suis enquis de la réalité de ce rapport. Non, c’est une rumeur, cela a été démenti de la manière la plus formelle"
, a dit Pierre Moscovici, en marge d’une conférence à Paris.

"Dans les échanges que je peux avoir avec (le ministre des Finances allemand, Wolfgang) Schäuble, ils sont hebdomadaires, il n’a jamais été question de la politique que suivait l’autre", a-t-il ajouté devant des journalistes.

Pierre Moscovici rencontrera son homologue allemand en marge de la réunion de l’Eurogroupe ce lundi à Bruxelles, comme il le fait à chaque fois, a-t-il précisé.

"Cela me paraît être un peu une tempête dans un verre d’eau, nous allons nous en expliquer si cela était besoin. Mais en réalité, non, les choses vont bien entre la France et l’Allemagne, vont bien entre le président et la chancelière, vont bien entre les ministres" , a-t-il poursuivi. (...)"

10 novembre
2012

Sahel - Tribune conjointe du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, et du ministre allemand des affaires étrangères, M. Guido Westerwelle (Le Figaro, 10/11/12)

" L’Union européenne a montré dans le passé sa capacité à agir pour la paix, la stabilité et la réconciliation entre les peuples. L’attribution, cette année, du prix Nobel de la paix en constitue une reconnaissance qui est aussi porteuse d’obligations et de grandes responsabilités.

Au fil des ans, l’Union européenne a construit et renforcé des instruments politiques tels que la politique de développement, la politique étrangère et de sécurité commune et la politique européenne de défense et de sécurité. Dans chacun de ces domaines, l’Allemagne et la France ont joué un rôle d’impulsion. Aujourd’hui, l’Allemagne et la France souhaitent que ces instruments européens soient mobilisés pour résoudre la grave crise du Sahel. La situation au Mali constitue en effet un enjeu majeur pour la sécurité et la stabilité de la région sahélienne, celle de l’Afrique dans son ensemble et pour la sécurité de l’Europe. L’apparition d’un sanctuaire terroriste dans le nord du Mali et les liens qui peuvent s’établir dans cette zone entre les mouvances terroristes et les trafics illicites sont porteurs de risques graves.

Cette crise est un triple défi, à la fois politique, humanitaire et sécuritaire. Nous, Européens, devons contribuer à régler cette crise dans le cadre d’une approche globale. L’Union européenne dispose à cet égard d’une forte expertise. Elle est de longue date un acteur reconnu et déjà présent au Sahel dans le cadre de sa stratégie régionale pour le développement et la sécurité.

Nous nous sommes donc engagés, de manière équilibrée et respectueuse, en ayant à l’esprit que la solution viendra des Africains eux-mêmes et que nous voulons apporter notre aide.

Dans cet esprit, nous soutenons les autorités maliennes et les organisations régionales dans leur volonté d’agir pour que le Mali retrouve son unité et son intégrité territoriale. Animées de cette volonté, l’Allemagne et la France ont agi ensemble ces dernières semaines aux Nations unies afin notamment de faire adopter une résolution ouvrant la voie à une initiative africaine de règlement africain du conflit.

C’est pourquoi nous appelons toutes les parties, au Mali et dans la région, à chercher une solution politique. L’objectif est d’enclencher un processus politique. En particulier, nous invitons les Maliens à s’entendre rapidement sur une feuille de route crédible et réaliste afin de rétablir la démocratie. Nous reprendrons progressivement notre coopération au développement et les autres coopérations bilatérales que nous entretenons avec Bamako dès lors que la mise en œuvre de cette feuille de route aura commencé de manière crédible. Nous sommes confiants dans le fait qu’il en ira de même pour la coopération avec l’Union européenne.

Face à l’urgence de la situation, nous pensons, ensemble, utile que l’Union européenne soutienne le déploiement et l’engagement d’une force internationale au Mali. Nous souhaitons que l’Union européenne mette en place une mission de formation des forces armées maliennes sur le modèle de ce qu’elle fait déjà avec succès en Somalie.

La reconstitution des capacités militaires du Mali est indispensable. Elle est inséparable du rétablissement de l’État de droit et de l’intégrité territoriale du Mali, ainsi que d’une lutte efficace contre la menace terroriste. Nous entendons également nous mobiliser pour que l’Union européenne, comme elle le fait déjà aux côtés de son partenaire nigérien, apporte sa contribution à la lutte contre la menace terroriste qui pèse sur le Sahel mais aussi sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest et au-delà.

Nous soutenons la reconstruction de l’État malien et nous appuierons le processus de réconciliation nationale dans la perspective des prochaines élections, qui devront se tenir dès que possible.

Résumons : la crise au Mali est un défi pour l’Afrique et pour l’Union européenne ; celle-ci doit montrer sa capacité à agir dans une situation de crise qui engage la stabilité, la sécurité et le développement de nos partenaires africains et nos propres intérêts de sécurité. Allemands et Français, en liaison avec nos partenaires européens, nous sommes résolus à relever ensemble ce grand défi. "

25 septembre
2012

France-Allemagne, les jeunes à la barre : un reportage d’ARTE


" Le baromètre de la relation France-Allemagne est le deuxième du genre. Le magazine Paris-Berlin l’a réalisé cette fois avec l’Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ) et l’a donc délibérément orienté sur des questions qui concernent cette population en ciblant un panel de 1 500 jeunes de 15 à 34 ans : 750 côté Allemagne ; 750 côté France. S’il confirme des intuitions partagées par le plus grand nombre, il réserve aussi, et c’est l’utilité de ces baromètres, quelques surprises.

Tout d’abord, on ne s’étonnera pas que les jeunes Français (et les hommes plus que les femmes) associent prioritairement l’Allemagne à un modèle économique contrairement aux jeunes Allemands : la crise est là et le débat sur le modèle allemand, rebattu ces derniers mois a, à cet égard, porté ses fruits et convaincu. Pour les jeunes Allemands, la France est, elle, avant tout associée à l’art de vivre et au tourisme : les (bons) clichés ont la vie dure.

Plus étonnant peut-être, le fait que les Français de 15 à 18 ans associent en premier lieu l’Allemagne aux conflits du XXe siècle (mais il est vrai que c’est un aspect important des programmes de lycées) alors que les 19-24 ans et 25-34 citent en premier le modèle économique, les conflits arrivant en deuxième place. Sur l’aspect connaissance du "pays d’en face", les Allemands l’emportent largement puisqu’ils sont majoritaires à déclarer une bonne connaissance de la France contre seulement 39 % des répondants français qui affirment la même chose concernant l’Allemagne. Avec toutefois une tendance positive à noter qui tend à prouver que les choses bougent : ce sont les plus jeunes qui restituent une bonne connaissance du pays frontalier.

Par contre, de gros progrès restent à faire concernant l’apprentissage de la langue. Et seul l’argument des "meilleures perspectives professionnelles" semble être une motivation pour apprendre le français ou l’allemand. Une tendance qui grandit à mesure que le panel rajeunit. Cela dit, et contrairement aux Français, les Allemands manifestent un pur intérêt pour la langue de leur voisin, et ce, surtout pour les jeunes Allemandes (près de 40 %). Ce qui est loin d’être le cas côté français.

(...) Alors que faire pour améliorer et la connaissance mutuelle et l’intérêt linguistique ? Les rencontres franco-allemandes entre jeunes, les échanges linguistiques, la coopération politique sont littéralement plébiscités.

(...)"

20 septembre
2012

France-Allemagne, visions d’avenir

" La France et l’Allemagne sont au cœur de la construction européenne. Ces deux pays, qui ont opté pour un mariage de raison après la Seconde Guerre mondiale, n’ont cessé depuis lors de se rapprocher et de mieux appréhender leurs différences.

Un nouvel anniversaire permet de s’intéresser à cette relation hors norme. Il y a cinquante ans, le général de Gaulle avait effectué un voyage historique de l’autre côté du Rhin. Il avait tendu la main à l’ancien adversaire, et dit sa confiance en la jeunesse de ce pays. Quatre mois plus tard, il signait avec le chancelier Konrad Adenauer le traité de l’Élysée, socle du couple franco-allemand.

Pour examiner vers quels horizons cette relation devrait désormais tendre, La Croix a sollicité quatre auteurs allemands, amis de la France.(...)"

Découvrez le dossier spécial "France-Allemagne, au cœur de L’Europe"

3 septembre
2012

Noces d’or pour le couple franco-allemand (Nord-Littoral)

La France et l’Allemagne célèbrent en septembre leur amitié, socle de la construction européenne, à l’occasion des 50 ans du voyage historique du général de Gaulle en RFA, sur fond de tensions liées à la crise de l’euro.

" Du 4 au 9 septembre 1962, le président français avait parcouru toute l’Allemagne prononçant une dizaine de discours, dont six en allemand appris par coeur, s’adressant au grand public pour exalter le rapprochement des deux pays.

La visite de ce soldat français, qui avait combattu deux fois l’Allemagne lors des deux dernières guerres mondiales, s’était avéré un succès « au delà de toute espérance », selon les témoins d’alors, dans un pays hanté par le sentiment de culpabilité de l’Holocauste et marqué par sa défaite et sa division après la construction du Mur de Berlin en 1961.

Arrivé à Bonn (ouest), dans la capitale allemande d’alors, le Général avait continué par Düsseldorf (ouest), Duisbourg (ouest), Hambourg (nord), Munich (sud), Stuttgart (sud-ouest) pour terminer à Ludwigsburg (sud-ouest).

A Duisbourg, il s’était adressé aux ouvriers de l’usine sidérurgique de Thyssen, les appelant « Meine Herren » -Messieurs-, puis à Hambourg, il avait parlé à l’armée et à Ludwigsburg, il avait « félicité les jeunes Allemands (...) enfants d’un grand peuple qui (...) au cours de son histoire, a commis de grandes fautes ».

C’est ce dernier discours, prononcé devant plus de 7 000 personnes, symbolisant le changement de génération et par conséquent de perspective, que la chancelière Angela Merkel et le président français François Hollande vont commémorer le 22 septembre.

Plus tard que la date initiale, pour des raisons de calendrier.

Auparavant, les ministres des Affaires étrangères, Guido Westerwelle et Laurent Fabius, doivent le 5 septembre à Bonn rendre hommage au rapprochement des deux pays.

Ces festivités précèdent la grand-messe à Berlin, le 22 janvier prochain, du cinquantenaire de la signature du traité de l’Elysée, entre le Général de Gaulle et le chancelier allemand Konrad Adenauer, fixant les objectifs d’une coopération bilatérale.

(...)"

23 août
2012

"Plaies et bosses du couple franco-allemand" (Atlantico)

" Atlantico : Ce jeudi, François Hollande et Angela Merkel se rencontrent pour discuter de la Grèce, dont on attend qu’elle réalise 11,5 milliards d’euros de coupes budgétaires, alors que son Premier ministre voudrait obtenir un sursis de deux ans et renvoyer à 2016 le retour à l’équilibre budgétaire. François Hollande sera-t-il aussi offensif qu’au début de son mandat ? Y a-t-il eu une évolution récente par rapport aux premiers sommets ?

Hans Stark : François Hollande devrait être plus ouvert aux positions allemandes qu’il ne l’était pendant la campagne électorale. Toute campagne a sa logique propre, François Hollande a dû tenir compte des différentes positions au sein de la gauche, au-delà même du Parti socialiste. Maintenant qu’il est président, il a sa propre majorité, et, comme nous l’avons vu lors de la rencontre du 10 juillet dernier, il existe de la part de Paris et de Berlin une volonté de poursuivre la relation franco-allemande. Même si cela est difficile du point de vue politique, puisque les deux gouvernements n’ont pas la même idéologie ; et si les situations économiques divergent de part et d’autre. Ces divergences sont bien connues et ne devraient pas empêcher une tentative d’œuvrer pour le compromis.

La France joue le rôle d’intermédiaire entre les pays du Sud et l’Allemagne, qui doit tenir compte de la position des autres pays du Nord de l’Union Européenne. Mais dans l’ensemble, on s’achemine bel et bien vers davantage de convergence.

Rudolf Balmer : Cette relation a peut-être débuté par un malentendu, qui était prévisible, au sujet de la promesse qu’avait fait François Hollande aux Français de renégocier le pacte de stabilité et notamment la règle d’or. Ce malentendu peut être imputé à un manque de précision des deux côtés, qui a ouvert la voie de part et d’autre.

Du côté allemand, on a volontairement exagéré en disant que François Hollande voulait remettre en cause la totalité du compromis trouvé à 25. Du côté français, on avait volontairement laissé ouverte la question de savoir s’il s’agissait d’un protocole annexe ou effectivement de l’adoption d’un nouveau pacte.

Je pense que le compromis qui a finalement été trouvé montre que les deux côtés n’étaient pas si éloignés l’un de l’autre, contrairement à ce qu’on a pu faire croire pendant la campagne électorale.

Après l’élection, nous sommes sortis de ce contexte de campagne et Angela Merkel a trouvé un partenaire qui s’est avéré tout à fait acceptable(...)

Quelles sont les grandes dates qui marquent cette évolution dans la relation Merkel / Hollande ?

Rudolf Balmer  : Je distinguerais deux dates : la première rencontre officielle, où l’on a vu un François Hollande qui était encore un peu maladroit, qui cherchait ses marques ; et la rencontre à Reims, dans la cathédrale, qui a montré que les deux chefs d’Etat appartiennent à cette grande histoire de l’amitié franco-allemande initiée par Adenauer et De Gaulle. Je pense que cet événement a démontré que ces derniers s’inscrivent dans la continuation de cette coopération franco-allemande, sans vouloir la rupture.

(...)"